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G7 : la Région Nouvelle-Aquitaine et le CPGC à la manœuvre d'anticipation

Auteur : le commandant Céline Morin - publié le
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Le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner, le secrétaire d'État, Laurent Nunez et le préfet des Pyrénées-Atlantiques, Éric Spitz, ont présenté les enjeux et les grandes lignes du dispositif de sécurité mis en place à l'occasion du G7.
© MDL Florian Garcia

La ville de Biarritz s'apprête à accueillir, du 24 au 26 août, le sommet du G7, où sont attendus 27 chefs d'État ou de gouvernement, accompagnés de leur délégation, ainsi que près de 3 000 journalistes venus du monde entier. Ce mardi 20 août, à Biarritz, le ministre de l'Intérieur et le préfet des Pyrénées-Atlantiques ont présenté, lors d'une conférence de presse, les enjeux et les grandes lignes du dispositif de sécurité mis en place, associant les forces de sécurité intérieure et les forces armées.

Lors d'une conférence de presse donnée ce mardi 20 août, à Biarritz, le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner, le secrétaire d'État, Laurent Nunez, et le préfet des Pyrénées-Atlantiques, Éric Spitz, ont présenté les enjeux et les grandes lignes du dispositif de sécurité mis en place à l'occasion du G7.

Après avoir rappelé la portée politique internationale de ce sommet, tout en reconnaissant les contraintes d'une telle organisation pour la ville, ses élus et ses habitants, le ministre a souligné les trois menaces auxquelles doivent pouvoir répondre les forces de sécurité intérieure : les débordements inhérents à tous les rassemblements de ce type, en vue d'entraver son bon déroulement, la menace terroriste, toujours présente, et enfin la menace cyber, « au cœur de la protection de ce sommet. »

Pendant près d'un an, la préfecture a travaillé en lien avec les différents acteurs afin de « prévenir les risques, informer la population et sécuriser le sommet ». Le dispositif élaboré s'appuie « sur les retours d'expérience, ainsi que sur une préparation rigoureuse et coordonnée au niveau national, mais également international », a expliqué le ministre, soulignant particulièrement la coopération mise en place avec l'Espagne voisine, mais aussi avec l'Allemagne, en termes de renseignement et de renforts opérationnels.

13 200 gendarmes et policiers déployés

Près de 13 200 gendarmes et policiers seront ainsi déployés au plus fort de l'événement, épaulés par les forces armées, principalement dans le domaine du contre-terrorisme aérien et maritime, et par les forces espagnoles et allemandes, avec pour mission « d'assurer une sécurité maximale avec le minimum de désagréments ».

Le ministère de l'Intérieur déploie également un important dispositif de secours, mobilisant 400 sapeurs-pompiers, les services de la Sécurité civile et un service d'urgence et de réanimation.

Pour les forces mobilisées, il s'agit donc « d'assurer la sécurité des délégations, de garantir l'ordre public durant toute la durée du sommet et d'assurer les meilleures conditions de vie pour les habitants, les touristes et les commerçants », tout en respectant la libre-expression de chacun tant que l'ordre public n'est pas menacé. « Si les débats contradictoires politiques sont légitimes, les violences ne le sont pas et nous ne tolèrerons aucun débordement », a insisté Christophe Castaner.

« Il fallait en effet trouver un juste équilibre entre la sécurité et la continuité de la vie quotidienne », a précisé à son tour le préfet, avant de détailler le dispositif mis en place à Biarritz et dans son agglomération proche, mais également au-delà. « Un certain nombre de périmètres sont tenus par des effectifs dédiés et une capacité de projection rapide est en mesure d'apporter une réponse adaptée en fonction de la nature de l'événement ». Et de souligner : « la gendarmerie s'est organisée pour sécuriser une zone allant du sud des Landes à la frontières espagnole ».

La région Nouvelle-Aquitaine et le CPGC au cœur de la manœuvre gendarmerie

« Contrairement à des opérations comme Notre-Dames-des-Landes, l'action principale du G7, c'est-à-dire le sommet des chefs d’État, va se dérouler en zone police, à Biarritz, qui sera sanctuarisée. Pour autant, la gendarmerie a un rôle important dans sa zone de compétence, que ce soit en termes de contrôle du territoire en amont, ou au regard des nombreux déplacements qui se dérouleront sur sa circonscription, à l'instar de la visite des conjoints programmée à Cambo-les-Bains et à Espelette, présente le colonel François Santarelli, commandant le Centre de planification et de gestion de crises (CPGC) de la gendarmerie. L'engagement de nos forces, à hauteur de 5 500 militaires, ne peut bien évidemment pas se faire sans une préparation rigoureuse, tant au niveau opérationnel que logistique ».

Une capacité d'anticipation et de planification que le CPGC a su roder en douze ans d'expérience, enchaînant des engagements majeurs et emblématiques, quelle que soit la nature de la crise, comme le crash de la Germanwings, l'ouragan Irma ou encore l'évacuation de la ZAD de Notre-Dames-des-Landes.

C'est d'ailleurs dès septembre 2018, à peine cette opération terminée, que la gendarmerie s'est attelée à la préparation du G7 de Biarritz. En véritable outil opérationnel, le CPGC s'est alors mis à la disposition du général de corps d’armée Jean-Pierre Michel, commandant la Région de gendarmerie de Nouvelle-Aquitaine et Commandant des forces gendarmerie (COMFORGEND) pour le G7.

« Notre rôle n’est pas de nous substituer aux échelons locaux, mais de faire le lien avec le niveau central et de proposer des options opérationnelles, puis de les mettre en musique une fois qu'elles ont été validées par l’autorité préfectorale, qui a de son côté mis en place une cellule de planification, et par le COMFORGEND, pilote de la manœuvre gendarmerie, précise le colonel. Mon but, en qualité de chef d’état-major de la planification et des opérations, est de faire en sorte que les différentes lignes progressent au même rythme et qu’il n’y ait pas de retard dans le rétroplanning que nous nous sommes fixé. »

Dans le cadre du dispositif global de sécurisation du G7, la gendarmerie mobilise environ 5 500 militaires, d’active et de réserve, dont 2 700 militaires issus de la gendarmerie départementale et des gendarmeries spécialisées, comme les Forces aériennes de gendarmerie (FAG), la Gendarmerie maritime (GMAR), la Gendarmerie des transports aériens (GTA) ou encore la Garde républicaine (GR), et 2800 gendarmes mobiles.

© MDL F. Garcia

Mise en place d'un Groupe de planification opérationnelle

Comme pour chaque opération d'ampleur à laquelle la gendarmerie prend part, un Groupe de planification opérationnelle (GPO), associant les principaux sachants du CPGC, en matière de transmissions, de logistique ou encore de géomatique, et de la sous-direction de l'anticipation opérationnelle a été mis en place au niveau central, tandis qu'une structure miroir était établie au niveau de la région.

Cette phase de planification s’intéresse non seulement aux modes d’action de l’adversaire, mais également à ceux que l'Institution va mettre en œuvre. Elle permet d'aborder, en étroite collaboration avec les échelons territoriaux, l’ensemble des problématiques, de la génération de forces décidée à l'échelon central, au volet logistique, en passant par la manœuvre renseignement.

« La menace terroriste, toujours présente, est bien entendu prise en compte. Mais lors de ce type de sommet, qui attire forcément un grand nombre d'opposants, ce que l’on redoute le plus, c'est la présence de mouvances ultra comme les Black Blocks, qui sont à l'origine de violents dérapages. On s'attend d'ailleurs à ce que des ressortissants étrangers, notamment allemands, fassent le déplacement. Il y a également un appel à la convergence des luttes le 24 août, ainsi qu'un contre-sommet prévu à quelques kilomètres au sud de Biarritz, à cheval sur la frontière franco-espagnole, à Hendaye, côté français et à Irun, côté espagnol », poursuit l'officier.

La manœuvre élaborée par la gendarmerie repose sur deux piliers. Tout d'abord un contrôle de sa zone de compétence de manière anticipée, dès le 5 août, de façon à atténuer la menace.

Puis, la constitution de groupes de force robustes et manœuvrables, formés par l’ensemble des subdivisions de la gendarmerie (gendarmes départementaux et mobiles, réservistes, gendarmes spécialisés), dont la mission est d’empêcher l’adversaire de porter atteinte aux différents sites du sommet.

Après avoir établi des cartes de propagation d’ondes, de manière à déterminer les zones blanches, la gendarmerie a par ailleurs déployé, par l'intermédiaire des techniciens des systèmes d'information et de communication locaux, son système de radiocommunication mobile PTN (Projectable Telecommunications Network), afin d'assurer une couverture optimale de la zone le jour J.

Terre, air, mer : 5 500 gendarmes mobilisés

Suivant une logique de terrain et d'axes, la zone gendarmerie est divisée en quatre secteurs (Nord, Est, Centre et Sud), chacun placé sous le commandement d'un Groupement tactique intersubdivisions (GTIS), intégrant un Groupement tactique de gendarmerie (GTG) et les unités de gendarmerie départementale affectées à ce secteur. Un cinquième GTG est en charge des autoroutes A63 et A64, avec pour mission d'empêcher le franchissement de cette ligne par des groupes de contestataires violents et de permettre la libre circulation sur ces axes. Enfin, un dernier GTG assure la sécurisation de la plateforme aéroportuaire de Biarritz et de ses abords.

Les GTG sont placés sous le commandement d'un Groupement opérationnel de maintien de l'ordre (GOMO), le colonel Philippe W.

L’opération déploie environ 5 500 militaires, d’active et de réserve, dont 2 700 militaires issus de la gendarmerie départementale et des gendarmeries spécialisées, comme les Forces aériennes de gendarmerie (FAG), la Gendarmerie maritime (GMAR), la Gendarmerie des transports aériens (GTA) ou encore la Garde républicaine (GR), et 2800 gendarmes mobiles, soit 48 escadrons (dont 28 déployés en zone police), auxquels s'ajoutent les unités et moyens spéciaux de la gendarmerie mobile (C2NRBC, douze VBRG, CNAMO, CNOEIL, CBH, EGAME, DRAP) et le GIGN.

Patrouille de gendarmes mobiles dans les rues de Bayonne. 2 800 gendarmes mobiles sont déployés sur le G7, soit 48 escadrons (dont 28 en zone police), auxquels s'ajoutent les unités et moyens spéciaux de la gendarmerie mobile (C2NRBC, douze VBRG, CNAMO, CNOEIL, CBH, EGAME, DRAP) et le GIGN.

© MDL F. Garcia

Un base logistique avancée gendarmerie est également mise en place, avec l'appui du SSPO, assurant le soutien de l'ensemble de la manœuvre gendarmerie.

L'engagement de ces forces permet ainsi de couvrir toutes les dimensions du terrain et de la menace potentielle, en remplissant des missions de contrôle de zone et de surveillance du territoire, de gestion des flux et de sécurisation des escortes, de police judiciaire, de renseignement, de maintien de l'ordre...

La 3e dimension est particulièrement prise en compte grâce au déploiement de huit hélicoptères, en mesure de retransmettre des images en direct vers les postes de commandement et ainsi de renseigner et de faciliter la prise de décision. Des télépilotes de drone, ainsi qu'un dispositif de lutte anti-drone armé par des militaires de la GTA et de la garde républicaine sont également déployés. Outre cette mission et celles liées au protocole, la garde assure également des missions de sécurité grâce aux patrouilles de cavaliers aux abords de Biarritz et aux pelotons d’intervention motorisée.

Les différentes composantes de la Brigade de gendarmerie des transports aériens (BGTA) de Biarritz, renforcée par d'autres BGTA et de nombreux réservistes, ont la mission primordiale de sécuriser l'arrivée des délégations.

S'inscrivant dans le cadre du dispositif particulier de sauvegarde maritime, placé sous l'égide de la Marine nationale, le groupement de gendarmerie maritime de l'Atlantique, appuyé par les brigades nautiques d'Arcachon et de La Tremblade, assure la sécurité de la zone côtière de Biarritz.

À noter également l'engagement de quelque 33 équipes cynophiles, ainsi que de 250 motocyclistes, répartis en sept brigades motorisées de circonstance, afin d'assurer principalement des missions de contrôle de flux et d'escortes.

Enfin, dans le cadre de la coopération internationale, la Guardia civil espagnole est également impliquée dans la sécurisation du sommet, par le biais de services conjoints maritimes et terrestres, ainsi que de missions de surveillance à la frontière et de renseignement. De même, la toute jeune Unité opérationnelle franco-allemande, unité de circonstance composée de dix gendarmes français et de dix policiers allemands, est une nouvelle fois engagée.

Dans le cadre de la coopération internationale, la toute jeune Unité opérationnelle franco-allemande (UOFA) est engagée dans la sécurisation du sommet. La Guardia civil espagnole est également impliquée, par le biais de services conjoints maritimes et terrestres, ainsi que des missions de surveillance à la frontière et de renseignement.

© MDL F. Garcia

Une montée en puissance progressive

Programmée en trois phases, la mise en œuvre de ce dispositif a débuté il y a plusieurs semaines, avec une prise en compte du terrain grâce aux moyens mis en œuvre par la RGNA, permettant la montée en puissance différée de l'ensemble des forces, avec divers paliers. « Il est important de s’approprier le terrain largement à l'avance afin de conduire des actions dissuasives pour atténuer le niveau de la menace », estime le colonel Santarelli, qui est à la tête de l'état-major des opérations.

L'ensemble de la manœuvre est orchestré depuis le poste de commandement interministériel, implanté à Biarritz, qui abrite également le P.C. forces gendarmerie.