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Un D-Day placé sous la protection de la gendarmerie

Auteur : le capitaine Éric Costa - publié le
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La Normandie a célébré le 75ème anniversaire du Débarquement et de la bataille de Normandie, plus particulièrement entre les 4 et 9 juin 2019, journées durant lesquelles se sont déroulées la plupart des cérémonies. Cet événement prenait essentiellement pied dans la zone de compétence de la gendarmerie nationale qui a engagé près de 4 500 gendarmes dans des missions d’escorte, de gestion de flux, d'ordre public et de renseignement, et ce, sur les espaces terrestres, fluviaux, maritimes et aériens.

Afin de sécuriser les 22 cérémonies de commémoration du 75ème anniversaire du Débarquement se déroulant, entre les 4 et 9 juin, sur sa circonscription et rassemblant plusieurs chefs d'État et de gouvernements français et étrangers ainsi qu'un public très nombreux, la formation administrative de Caen (RGN-GGD14) a déployé un important dispositif de sécurisation, sur les départements du Calvados, de la Manche et de l'Orne.

Une situation complexe

« La caractéristique principale de cet événement est la complexité car il se compose d'éléments différents, combinés d'une manière qui n'est pas immédiatement saisissable et sur lesquels nous n'avons pas la totale maîtrise. Il y a tout d'abord la vaste étendue de la zone d'action à contrôler, soit près de 1 750 km2, avec des routes qui ne sont pas adaptées au flux de circulation attendu et sur laquelle se déroulent plusieurs cérémonies simultanées ou s’enchaînant avec des niveaux de représentation imposant des exigences élevées de sécurité et de pilotage. À cela viennent s'ajouter les contraintes de coordination avec les différentes nations représentées et leur protocole, notamment les services de sécurité qui entourent les autorités alors que l’organisation des cérémonies s’est calée dans les dernières semaines voire les derniers jours. Il faut également prendre en compte le travail aux côtés des autres forces de sécurité françaises, à l'instar de la police nationale, des armées, de la sécurité civile, etc.

Enfin, la complexité existe au niveau institutionnel, du fait que l’ensemble des composantes opérationnelles de la gendarmerie est engagé, et que malgré les 4 500 gendarmes déployés, le nombre d'événements avec la présence de hautes autorités comme le Président de la République ou le Premier ministre qui enchaînent des temps forts dans des créneaux de temps très réduits, oblige à effectuer de nombreuses bascules de forces dans des délais très contraints. Toute cette manœuvre ne serait pas possible sans un travail préparatoire accompli depuis plus de 6 mois par la RGN-GGD14, associés aux services de la préfecture et, bien évidemment, appuyés par le Centre de planification et de gestion de crise (CPGC). Le CPGC dispose de moyens méthodologiques et techniques, et de capacités logistiques spécifiques qui sont mis à notre disposition pour concevoir notre planification prédécisionnelle et opérationnelle mais également pour conduire les opérations pendant l'événement », explique le général Frédéric Aubanel, commandant adjoint de la Région de gendarmerie de Normandie (RGN) et commandant le Groupement de gendarmerie départementale du Calvados (GGD14).

Contrôler la zone...

Une composante dédiée au contrôle de zone et des itinéraires a été placée sous l'autorité du lieutenant-colonel Stéphane Pous, adjoint au chef de la direction des opérations de la RGN-GGD14. Sa mission : contrôler la zone d'action où se déroulent les cérémonies, et la Zone de circulation régulée (ZCR) où l'accès est limité aux personnes autorisées (habitants, vétérans et leurs familles, presse, etc.), sans oublier les itinéraires officiels à jalonner.

Pour ce faire, le lieutenant-colonel disposait d'environ 1 000 personnels : 250 gendarmes départementaux de la région, 560 élèves-gendarmes et élèves gendarmes adjoints de Châteaulin, Tulle et Montluçon, 100 réservistes opérationnels qui armaient des Détachements de surveillance et d'intervention de la réserve (DSIR) sur les compagnies de Bayeux et de Caen.

Pour accéder aux terrains les plus difficiles, 16 militaires ont été engagés sur des motos tout-terrain et 38 cavaliers de la Garde Républicaine ont complété les patrouilles pédestres.

En parallèle, un pool police judiciaire a été positionné pour diligenter toute enquête éventuelle. Pour les faits de la délinquance de masse, 150 gendarmes de brigades territoriales ont été mobilisés.

En cas de constatation de faits plus graves, étaient présents des détachements de l’institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale, de la section de recherches de Caen et des brigades de recherches des groupements de la région ainsi que des militaires des groupes d’observation et de surveillance ou encore des techniciens en identification criminelle.

...jusque sur les eaux

Le dispositif de sécurité de l’État s’est également étendu aux voies navigables. Ainsi, la sécurisation maritime des commémorations s’est faite en étroite collaboration entre la marine nationale, les douanes et la gendarmerie nationale, le tout sous l'autorité de la préfecture maritime de la mer du Nord et de la Manche.

La gendarmerie a engagé ses deux composantes : la gendarmerie maritime et les brigades nautiques côtières de la gendarmerie départementale.

«Cette mission s’effectue sous un arrêté pris par le préfet maritime de la Manche – mer du Nord. En plus des moyens mis en œuvre par la gendarmerie maritime, quatre embarcations des unités nautiques départementales patrouillent de la pointe du Hoc, à l’ouest du dispositif, jusqu’à Ouistreham, à l’est. Nous veillons à ce qu’il n’y ait aucune navigation ou mouillage sur les zones interdites, en particulier le 6 juin, jour le plus sensible de l’événement », précise l’adjudant Yannick Lament, commandant la brigade nautique d’Ouistreham (14).

Sécuriser les sites

La sécurisation des cérémonies qui se sont essentiellement enchaînées sur une grande partie du littoral de la Manche et du Calvados dans des délais très restreints, a nécessité la mise en place d’un Groupement opérationnel de maintien de l’ordre (GOMO) sous l’autorité du colonel Olivier Capelle, commandant le groupement de gendarmerie mobile IV/7 de Dijon.

En plus des 2 000 gendarmes mobiles des 31 unités de force mobile engagées, il a bénéficié de moyens spéciaux du groupement blindé de gendarmerie mobile de Versailles Satory (78), à l’instar de six Véhicules blindés à roue de la gendarmerie (VBRG) ou encore de dix Dispositifs de retenue autonome du public (DRAP) pour faire face à d’éventuels troubles à l’ordre public.

De plus, la Cellule nationale d’aide à la mobilité (CNAMO) a, comme sur tous les grands événements sensibles, été mobilisée.

Des effectifs des gendarmeries départementale, maritime, de l’air et des transports aériens ainsi que des réservistes opérationnels ont également été placés sous les ordres du colonel pour couvrir tous les espaces.

Les spécialistes de la 3D

Les Forces aériennes de gendarmerie ont apporté leur concours en déployant trois hélicoptères pour renseigner dans la profondeur et être en mesure d’alimenter en images, directement visibles sur tablette ou smartphone viaNeogend, le Poste de commandement opérationnel (PCO), basé à la RGN-GGD14 à Caen.

Trois hélicoptères supplémentaires ont été placés en appui des forces du Groupe d’intervention de la gendarmerie nationale (GIGN).

Concernant la 3D également, la section protection anti-drone de la garde républicaine et des militaires du Psig Sabre d’Orly ont été engagés, avec leurs moyens spécifiques, pour détecter et neutraliser les éventuels drones qui pourraient survoler les espaces interdits.

« En plus d’assurer la police aéronautique, la gendarmerie des transports aériens a positionné des personnels à l’aéroport de Cherbourg dans la Manche, et à celui de Deauville dans le Calvados pour accueillir et escorter les autorités arrivant par voie aérienne. Pour l’occasion, un Psig sabre associant des gendarmes des Psig d’Orly et de Roissy est venu renforcer le dispositif », détaille le chef d’escadron Fabien Pestourie, commandant la compagnie de gendarmerie des transports aériens de Brest (29).

Gérer les déplacements

Le convoyage d’environ 25 000 personnes et 40 délégations officielles sur l’ensemble des sites des cérémonies, a nécessité la mise en place d’un Groupement opérationnel mouvements (GOMOUV), placé sous l’autorité du chef d’escadron Loïc Loupret, commandant de l’escadron départemental de sécurité routière du Calvados, contenant 4 sous-groupements et composé de 465 personnels dont 420 motocyclistes (330 provenant de renforts extérieurs à la RGN).

Le premier sous-groupement était dédié à l’escorte des chefs d’États, de gouvernements et des délégations officielles, le deuxième aux convois des invités (presse, vétérans, etc.), le troisième à la fluidification et à la régulation de la circulation routière ainsi qu’au stationnement des convois, enfin, le quatrième a été placé en réserve d’intervention pour les missions supplémentaires.

Faire face à la menace terroriste

La menace d’une attaque terroriste ou d’une tuerie de masse ne devant pas être négligée, en plus des effectifs du GIGN, des tireurs d’élites de la garde républicaine ont été positionnés sur les toits surplombant les lieux de cérémonie les plus sensibles.

La Cellule nationale nucléaire radiologique biologique chimique était également en alerte sur zone, en mesure d’intervenir rapidement.

Huit équipes cynophiles de la gendarmerie, spécialisées en détection d’explosifs, ont intégré le dispositif de déminage de la sécurité civile pour décontaminer les sites.

Au plus près du public, quatre équipes cynophiles spécialisées en Recherche d’explosifs sur personne en mouvement (Rexpemo) ont également été sollicitées.

La logistique, mère de la bataille

L’exécution d’une telle opération ne serait pas possible sans une logistique à toute épreuve pour équiper, alimenter et héberger les forces déplacées au plus près de leur zone d’emploi dans un contexte de forte sollicitation des structures d’accueil. 

Placée sous la direction de la LCL (R) Brigitte Slawinski et de la commandante Gwenaël Foll, la section logistique, composée de six sous-cellules (hébergement, alimentation, transports, mobilité matériel, marchés publics), a notamment lancé les premières réservations pour l’hébergement dès le mois de novembre 2018.

Les effectifs ont été repartis sur une cinquantaine de sites de type camping ou centre de vacances. Quant à l’alimentation, un plan a également été élaboré pour assurer la subsistance des personnels, soit environ 4.000 repas midis et soirs, et jusqu’à 5.000 le 6 juin.

En avance de phase, une Base de soutien logistique (BSL) a provisoirement été créée pour stocker les matériels et véhicules avant leur déploiement.

Le Service de soutien à la projection opérationnelle (SSPO) a logiquement été associé à ce dispositif logistique, notamment avec sa chaîne de recomplétement en vêtements ou en divers équipements de protection, pour les gendarmes mobiles mais également pour les motocyclistes.