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Alpes-Maritimes : à l’école, des copains bienveillants luttent contre le harcèlement

Auteur : la capitaine Sophie Bernard - publié le
Temps de lecture: ≃6 min.
© D.R.

Dans les Alpes-Maritimes, le concept lancé en 2016 par la Brigade de prévention de la délinquance juvénile (BPDJ) de Cagnes-sur-Mer est en train de gagner du terrain. Au sein de divers établissements, des élèves référents appelés « copains bienveillants » participent à la lutte contre le harcèlement scolaire.

Le 5 novembre dernier, se tenait la journée internationale contre le harcèlement scolaire. Ce phénomène n’est malheureusement pas nouveau, mais les enquêtes se sont multipliées ces dernières années, laissant apparaître un chiffre éloquent : 700 000 élèves seraient harcelés chaque année (source enquête victimation 2015 – DEPP).

S’il est particulièrement observé à la fin du primaire et au collège, le harcèlement touche tous les milieux scolaires et ne s’arrête pas aux portes de l’école, puisqu’il envahit désormais la Toile ! Les conséquences peuvent être dramatiques pour les victimes : échecs scolaires, troubles du comportement, dépression, et même parfois suicide, comme ce fut le cas pour Marion Fraisse, une collégienne de 13 ans, retrouvée pendue à son domicile par sa mère en 2013.

Non au harcèlement : des dispositifs nationaux

À travers sa campagne « Non au harcèlement », l’Éducation nationale a institué plusieurs dispositifs pour combattre ce fléau. Le numéro gratuit 3020 permet aux élèves victimes ou témoins, mais aussi aux parents ou aux professionnels, de signaler de telles situations, tout en étant écoutés et conseillés. De la même manière, le numéro vert national 0800 200 000 prend en compte les situations de cyberharcèlement scolaire et peut aider à faire retirer des images ou des propos blessants sur Internet.

Enfin, répartis dans chaque académie, 335 référents « harcèlement » supervisent des actions de sensibilisation, tout en accompagnant les victimes et leurs familles confrontées à de telles situations. Aux côtés de ces référents, des élèves peuvent se porter volontaires pour devenir ambassadeurs. Déjà au nombre de 10 000 sur le territoire, ces jeunes sont à la fois des lanceurs d’alerte mais aussi des acteurs de prévention en la matière.

Des capteurs de mal-être

Ce concept d’ambassadeur n’est pas nouveau ! Il a en réalité été adopté, dès 2016, dans le collège Yves-Klein de La Colle-sur-Loup et a, depuis, fait des émules parmi les différents établissements de la Côte d’Azur. La Brigade de prévention de la délinquance juvénile (BPDJ) de Cagnes-sur-Mer, en lien avec les équipes pédagogiques, a en effet eu l’idée de faire appel à des élèves volontaires afin qu’ils deviennent des appuis pour leurs camarades et qu’ils détectent des cas parfois invisibles aux yeux des adultes responsables : ce sont les « copains bienveillants » !

« Ces jeunes vont agir comme des capteurs. Ils vont pouvoir repérer plus facilement à leur niveau un élève harcelé dans la classe, dans la cour de récréation ou à proximité de l’école. C’est facile à mettre en place et cela parle à tout le monde ! », résume l’adjudant-chef Éric Rebufat, à la tête de la BPDJ.

© GENDARMERIE/SIRPA/F.Balsamo

Avant toute chose, les gendarmes de l’unité présentent le dispositif aux parents, aux professeurs et à l’équipe éducative. Avec l’accord de l’établissement, mais aussi de la commune et de leurs polices municipales lorsqu’il s’agit de primaires, ils interviennent dans les classes en privilégiant celles qui seraient déjà concernées par ce type de problématique. En l’espace d’une heure, ils sensibilisent et définissent avec les jeunes ce que sont les violences et le harcèlement, puis laissent libre cours aux questions. « Les élèves n’ont souvent pas conscience de la gravité des faits et de ce que cela peut engendrer, du mal-être que cela peut provoquer. Certains s’insultent comme ils se disent bonjour, la frontière est parfois très mince pour eux ! », remarque l’adjudant-chef.

À l’issue de cette intervention, les gendarmes demandent si des élèves seraient motivés pour devenir des « copains bienveillants ». « Il n’y a pas de souci pour trouver des volontaires ! Il y en a toujours au moins un ou deux par classe. Lorsqu’ils sont plus nombreux, l’équipe éducative les désigne, en veillant à ce que ce soient des jeunes dignes de confiance et qu’ils ne soient pas trop fragiles pour endosser cette responsabilité. »

Des lanceurs d’alertes

En tant que référent, l’élève a pour rôle d’observer ce qu’il se passe au sein de son établissement mais aussi sur Internet. « En tant que jeune parmi leurs pairs, ils sont souvent les seuls à pouvoir accéder à certains comptes et commentaires en étant abonnés ! »

Il n’est effectivement pas évident de détecter une situation de cyberharcèlement pour les adultes, qui sont souvent démunis face à l’impact des nouvelles technologies. L’adjudant-chef Rebufat invite donc les familles à rester très vigilantes : « À seulement 11 ans, certains ont déjà leurs comptes sur différents réseaux sociaux. Il ne faut pas hésiter à leur demander d’expliquer et de montrer ce qu’ils y postent. Lors de nos interventions, nous essayons de leur faire relativiser ce qui se trouve en ligne, afin qu’ils évitent de repartager des fake news, des photomontages, etc. »

Si le « copain bienveillant » a connaissance d’une situation de harcèlement touchant un camarade, il a pour rôle d’alerter un adulte responsable. Ce dernier pourra observer à son tour ce qu’il se passe avant d’intervenir en prévenant les parents. « S’il existe effectivement une problématique, les gendarmes peuvent revenir dans la classe concernée pour effectuer un rappel sur ce point précis, en expliquant que ce type de comportement est interdit et doit s’arrêter. Dans le même temps, ou en fonction de la gravité, si la situation perdure, une sanction pourra être prise par l’établissement, voire pénalement si les parents souhaitent déposer plainte. »

La bande de copains s’élargit !

Depuis la naissance du dispositif, en 2016 à La Colle-sur-Loup, les copains bienveillants n’ont cessé de se multiplier ! Au regard de l’efficacité de ce concept novateur, la BPDJ s’est vue récompensée par le prix de la prévention de la gendarmerie dès l’année suivante et a poursuivi ses actions dans les établissements d’autres communes du département comme à Mougins ou au Rouret. À Cannes, s’inspirant de ce type de dispositif, un « banc de l’amitié » a même trouvé place dans la cour de l’école Sainte-Marie. « J’avais remarqué que parfois, certains élèves restaient seuls, sans parler à personne. Ce banc permet de voir si quelqu’un ne va pas bien. S’il s’y assied, ça veut dire qu’il a besoin qu’on l’aide », a confié, à Nice Matin, Alicia, une élève à l’origine de ce banc.

« Le collège de Saint Martin du Var et la commune de Biot sont également intéressés pour développer le dispositif dans leurs établissements. Avec l’ensemble des personnels de l’unité, nous allons les accompagner pour que cela soit mis en place dès début 2021. C’est le résultat de la proximité de mes personnels avec les équipes éducatives locales et d’une confiance réciproque », se félicite l’adjudant-chef Rebufat.

Vous l’aurez compris, la bande de « copains bienveillants » n’a pas fini de s’élargir et les gendarmes de la BPDJ comptent bien ne laisser aucun enfant seul sur le banc !