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Côtes-d’Armor : des jeunes engagés du service civique associés à la lutte contre les violences intrafamiliales

Auteur : la capitaine Marine Rabasté - publié le
Temps de lecture: ≃7 min.
Chloé, ESCiv affectée à la brigade de Lamballe. Ici, à l'unité d'accueil pédiatrique Enfants en danger de Saint-Brieuc
© Brigade de Lamballe

Face à l’accroissement du nombre de Violences intrafamiliales (VIF), le groupement de gendarmerie des Côtes-d’Armor (GGD22) développe son dispositif de lutte en intégrant au sein des brigades des jeunes engagés du service civique (ESCiv), chargés d’assister les militaires dans le volet social de la procédure.

Lamballe, Loudéac, Paimpol et Tréguier. Quatre brigades du groupement des Côtes-d’Armor qui ont en commun d’accueillir, depuis le 1er septembre, un ESCiv afin d’améliorer la prise en charge des victimes de VIF. Véritable fléau de société, ces dernières restent encore souvent tues par les victimes. Peur de représailles ou minimisation de la gravité des faits, les raisons invoquées pour ne pas les dénoncer sont nombreuses. C’est pourquoi, lorsqu’une victime passe la porte d’une brigade, tout doit être mis en œuvre pour qu’elle ne fasse pas volte-face. Le phase judiciaire est une chose, mais elle doit également être accompagnée d’un volet social car, une fois la procédure entamée, une victime livrée à elle-même risque de ne pas aller au bout de sa démarche. Dans la droite ligne de la politique fixée lors du Grenelle des violences conjugales, le groupement de gendarmerie des Côtes-d’Armor œuvre pour l’amélioration de l’accueil des ces victimes. En associant des jeunes issus de la société civile aux militaires des unités territoriales, il a bien l’intention de ne délaisser aucun aspect dans le traitement des VIF.

Un dispositif novateur

Fort du constat que les intervenants sociaux gendarmerie ne peuvent absorber l’ensemble de la charge de travail induite par les VIF, le groupement de gendarmerie des Côtes-d’Armor a souhaité compléter son maillage en intégrant, directement au sein des brigades, des jeunes ESCiv pour appuyer les militaires dans le volet social de leurs procédures.

Le lieutenant-colonel Laurent Kerdoncuff, officier adjoint commandement en charge du dispositif, avait déjà pu expérimenter un fonctionnement similaire lors de sa précédente affectation, en Loire-Atlantique. « Le dispositif avait été bien accueilli par la population. Les victimes étaient souvent surprises mais satisfaites qu’on les rappelle » explique-t-il. C’est donc naturellement qu’il a proposé sa mise en place au sein des Côtes d’Armor. Des fiches de poste ont été mises en ligne sur le site du service civique afin d’organiser un appel à candidatures, au terme duquel quatre jeunes femmes ont été sélectionnées pour rejoindre les brigades de Lamballe, Loudéac, Paimpol et Tréguier. Le choix de ces unités ne s’est pas fait au hasard et résulte d’une analyse effectuée par le groupement pour identifier les lieux où la problématique des VIF était la plus prégnante.

Pendant sept mois, les ESCiv évolueront au sein même des brigades. Guidées par un tuteur et suite à la signature d’une charte de confidentialité, elles seront chargées de remplir différentes missions relatives aux VIF, en lien avec les victimes et les partenaires sociaux.

Prise en compte du volet social

Outre le volet judiciaire, les procédures de VIF présentent un fort aspect social. Pour la victime, il ne suffit pas de déposer plainte pour régler sa situation. Une information à caractère social pendant et après la phase judiciaire est donc nécessaire. C’est la mission confiée aux ESCiv, chargées d’informer, de sensibiliser et d’orienter les victimes vers les partenaires sociaux adaptés. « Les engagées constituent le lien qui peut manquer entre l’intervention et les suites à donner, hors du cadre judiciaire. Lors des interventions, les victimes ne sont pas toujours réceptives aux informations que les militaires leur donnent. Il est important de les recontacter par la suite, mais, en raison de leur charge de travail quotidienne, les gendarmes n’ont malheureusement pas toujours l’opportunité de le faire » explique le lieutenant-colonel Laurent Kerdoncuff.

Si elles ne sont bien évidemment pas en mesure de procéder à des auditions, elles peuvent néanmoins échanger avec la victime à l’issue de sa déposition afin de l’orienter dans ses démarches. Issues de la société civile et sensibilisées aux relations humaines lors de leurs études, elles apportent un regard neuf et différent de celui de l’enquêteur. « Mais ce ne sont pas des assistantes sociales ! Leur rôle n’est pas d’assurer une écoute active comme le font les travailleurs sociaux ni de régler les problématiques rencontrées par les victimes, mais plutôt de les informer des possibilités qui s’offrent à elles. Les liens qu’elles tissent quotidiennement avec les acteurs locaux leur permettent justement d’orienter efficacement les victimes vers les structures et les interlocuteurs adaptés » précise le lieutenant Sylvain Beutier, commandant la Brigade territoriale autonome (BTA) de Lamballe.

Actions de prévention

La lutte contre les violences intrafamiliales passent également par la prévention. Parler des risques, savoir les identifier, avoir la bonne réaction … Tout cela s’inculque. La lutte contre les VIF doit faire l’objet d’une sensibilisation dès l’adolescence. Par conséquent, des interventions en milieu scolaire sont nécessaires. Aux côtés des militaires de brigade, les ESCiv animeront ces actions. « Entre le gendarme, l’engagé du service civique et le représentant d’association, nous espérons bien faire passer un message avec une tonalité pluridisciplinaire qui peut avoir du sens » énonce le lieutenant-colonel Laurent Kerdoncuff. Les quatre ESCiv ont donc la tâche de réaliser des supports de présentation à destination des collégiens et de préparer ces interventions. Et la mission n’est pas aisée : sur ce sujet d’actualité sensible et complexe, il faut trouver les mots justes pour faire comprendre aux jeunes son enjeu.

Une plus-value partagée

Chloé, 21 ans, est affectée à la BTA de Lamballe. Souhaitant réaliser son service civique dans le monde de la justice ou de la gendarmerie, elle a répondu sans hésiter à l’appel à volontaires diffusé par le groupement. Depuis trois semaines, ses journées sont bien rythmées : elle rappelle les victimes post intervention, complète l’information après leur audition au besoin, développe le contact avec les partenaires sociaux et prépare les interventions de sensibilisation en milieu scolaire. Elle a également déjà eu l’occasion d’échanger à plusieurs reprises avec des victimes de VIF. Suite à la publication d’un article dans la presse locale, elle a même été directement sollicitée par une personne lui demandant des informations sur les démarches à suivre. La présence de Chloé dans les locaux semble donc déjà concluante et les retours du public sont bons. « Une dame avec qui j’ai eu contact par téléphone m’a dit que ça lui avait fait du bien de discuter avec moi. Parfois, l’uniforme et la qualité d’enquêteur peuvent impressionner les victimes. Comme je suis pleinement intégrée à la vie civile, j’apporte le côté plus citoyen, qui permet d’échanger d’égal à égal, peut-être plus librement. » explique Chloé. Pour le lieutenant Sylvain Beutier, sa présence est un plus afin de renforcer le lien avec la population sur cette problématique majeure aux forts enjeux.

La plus-value est également partagée à l’autre bout du département, par le lieutenant Louis-Charles Roussel, commandant la BTA de Paimpol qui accueille, lui aussi, une jeune ESCiv âgée de 22 ans. « Avec Lyse, nous sommes sûrs de ne plus passer à côté de certaines victimes » exprime-t-il. A Paimpol, les attributions sont sensiblement les mêmes qu’à Lamballe. Lyse guide les victimes et prend contact avec elles une fois la procédure terminée. La prise en compte des requérants est donc totale et le suivi se fait du début à la fin de la procédure.

Le lieutenant-colonel Laurent Kerdoncuff rejoint la position des deux commandants d’unité. « La plus-value des ESCiv est d’apporter une information complète aux victimes et de soulager le travail des militaires, de le compléter. De plus, elles apportent un regard extérieur, jeune, sur un sujet majeur d’actualité » explique-t-il.

Au service de la population

Avec l’intégration des ESCiv au sein de son dispositif, le groupement de Gendarmerie des Côtes -’Armor offre un nouveau service à la population. L’association avec le monde civil est en effet essentiel dans le traitement d’un sujet majeur comme celui des VIF. La présence de ces jeunes au sein des unités est susceptible d’inciter les victimes à se rendre dans une brigade et est donc facilitatrice de dépôts de plainte. Mais le dispositif mis en place par le groupement va encore plus loin. D’une manière générale, les ESCiv ont en effet vocation à traiter du volet social de l’ensemble des faits d’atteintes aux personnes et auront pour tâche d’effectuer des interventions dans le milieu scolaire sur des thèmes variés, tels que les dangers d’internet. Par cette démarche, la gendarmerie montre sa faculté à #RépondrePrésent en faisant preuve d’un esprit novateur et en exploitant toutes les possibilités d’action existantes.