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Dans le Pas-de-Calais, la gendarmerie densifie son réseau de lutte contre les violences intra-familiales (1/2)

Auteur : le commandant Céline Morin - publié le
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© Sirpa Gend - GND F. Garcia

S'inscrivant dans la droite ligne de la création des maisons de confiance et de protection des familles au niveau des départements, le groupement de gendarmerie départementale du Pas-de-Calais a décidé de placer cette nouvelle structure au centre d'un maillage territorial dédié. Avec la création d'un groupe spécifique dans chacune des six compagnies du département, ce sont ainsi une soixantaine de gendarmes qui sont désormais entièrement dédiés à la lutte contre les violences intra-familiales.

Classé au 8e rang des départements français en termes de population, le Pas-de-Calais ne se situe qu'à la 28e place en termes de délinquance générale constatée. Avec en moyenne 17 000 crimes et délits à l'année en zone gendarmerie, on pourrait presque dire que le département est « plutôt calme », indique le colonel Frantz Tavart, commandant le Groupement de gendarmerie du Pas-de-Calais (GGD 62). Il illustre d'ailleurs son propos en comparant avec la Haute-Garonne, son précédent commandement, où les gendarmes traitaient 35 000 crimes et délits à l'époque.

« Mais l'inquiétant ici, c'est que même si cette délinquance générale est maîtrisée, la part des Violences intra-familiales (VIF) est, elle, très préoccupante », annonce-t-il.

VIF, des chiffres préoccupants sur fond de dégradation du tissu social

La délinquance constatée sur le département se compose en effet à 25 % d'Atteintes volontaires à l'intégrité physique (AVIP), parmi lesquelles une bonne moitié sont le fait de VIF. Une situation parfois plus dégradée encore dans certains secteurs.

« Ce phénomène affecte souvent des zones très rurales, souvent sur fond d'alcoolisme, mais aussi de trafic de stupéfiants. Les secteurs les plus touchés par les VIF sont notamment ceux de Saint-Pol-sur-Ternoise, en limite avec la Somme, dans le sud du département, ou encore Étaples, un port de pêche qui a sombré économiquement. Nous avons aussi plusieurs points noirs au nord, notamment du côté d'Audruicq et d'Aire-sur-la-Lys. La situation est un peu plus calme sur l'Arrageois, la ville étant un peu plus préservée au plan économique. L'ancien bassin minier, qui se situe en zone police, est également confronté à cette problématique, détaille l'officier, qui a vu, en trente ans, la transformation de ce département, qu'il connaît un peu pour y avoir des origines familiales. En arrivant ici, j'ai été profondément surpris par la paupérisation très forte de la population ; un sentiment partagé par les autorités locales que je côtoie. »

Les chiffres viennent corroborer ses dires. Pour n'en citer qu'un, ce sont en effet plus de 700 enfants qui sont pris en charge par l'aide à l'enfance du conseil départemental.

L'implantation de huit Intervenants sociaux gendarmerie (ISG) sur la totalité du département est elle aussi l'illustration de la dégradation du tissu social et de cette paupérisation. Elle traduit également la prise en compte de cette problématique par les autorités, qui financent le dispositif (collectivités locales, crédits du fonds interministériel de prévention de la délinquance, conseil départemental).

La MCPF au cœur du dispositif

« L'idée était de rationaliser notre propre dispositif, en le replaçant dans la volonté de la direction générale d'affirmer la capacité de la gendarmerie à lutter contre les VIF. Nous avons donc profité de la transformation des Brigades de prévention de la délinquance juvénile (BPDJ) en Maisons de confiance et de protection des familles (MCPF), pour placer cette nouvelle structure au centre d'un maillage départemental spécifique, avec la création, dans chacune des six compagnies du groupement, d'un groupe de gendarmes dédié au suivi de ces enquêtes liées aux VIF, présente le colonel Tavart. Si la MCPF coordonne l'action des différents groupes, l'ensemble du dispositif est placé sous la tutelle de deux officiers référents au sein du groupement : l'officier adjoint police judiciaire pour sa partie, et l'officier adjoint prévention partenariat, qui veille à la coordination avec l'ensemble des partenaires. »

L'expérimentation lancée il y a quelques mois à Saint-Pol-sur-Ternoise a ainsi permis de valider la démarche, avant de l'étendre aux cinq autres compagnies. Aujourd'hui, l'activité d'une soixantaine de gendarmes, tous volontaires, est ainsi intégralement dédiée au suivi des VIF dans le département du Pas-de-Calais.

Si le groupement a imposé la création de ces structures, les modalités de mise en œuvre ont été laissées à l'appréciation du commandement local, afin de tenir compte de leurs contingences respectives. Différents modèles ont ainsi vu le jour : un groupe centralisé à l'échelon compagnie, constitué à partir de la ressource des brigades locales et de la brigade de recherches, comme à Saint-Pol-sur-Ternoise, ou en format décentralisé, comme à Écuires, où deux groupes distincts, répartis sur la compagnie, travaillent ensemble.

« Notre dispositif permet ainsi une prise en compte globale et cohérente des victimes. On veut qu'elles puissent être accompagnées pendant l'ensemble du processus par des gendarmes spécialisés, jusqu'à la prise en compte éventuelle par les services sociaux ou par la justice. Au-delà de la spécialisation de nos militaires, il était également important pour la gendarmerie d'avoir des référents identifiés pour les quatre parquets avec lesquels nous travaillons, qui disposent chacun d'une cellule dédiée aux VIF, précise le commandant de groupement. Tout cela répond véritablement à un besoin affirmé. »