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Des 10 ans du CHEMI à l’IHEMI

Auteur : Antoine Faure - publié le
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© MI DICOM - E.DELELIS

Lors de la cérémonie des 10 ans du CHEMI, mardi 30 juin, le préfet Stéphane Bouillon, directeur de cabinet du ministre de l’Intérieur, a annoncé la naissance de l’Institut des hautes études du ministère de l’Intérieur (IHEMI, issu de la fusion du Centre des hautes études du ministère de l’Intérieur (CHEMI) et de l’Institut national des hautes études de la sécurité et de la justice (INHESJ). Entretien avec le directeur du CHEMI, l’administrateur général Jean-Martin Jaspers.

Pour quelle raison a été créé le CHEMI il y a 10 ans ?

Jean-Martin Jaspers : Le CHEMI a vu le jour en 2010 pour compléter et consolider les savoirs des cadres dirigeants, civils et militaires, du ministère, et proposer ainsi un creuset commun de formation. En 2017, il a également été chargé de soutenir la prospective au ministère de l'Intérieur. Sa création coïncide avec le rattachement de la gendarmerie nationale au ministère de l’Intérieur. Son campus est situé au Fort de Charenton, à Maisons-Alfort, sur un site de la gendarmerie nationale depuis 70 ans.

Le CHEMI répond notamment à un besoin de formation lié à l’allongement de la durée de vie des plus hauts cadres. Renforcer les savoirs des cadres dirigeants en fin de carrière est indispensable au moment où ils font face à une accélération de la vitesse de transformation de nos métiers et de la société. Il faut réinjecter des centaines d’heures de formation pour permettre aux chefs et plus hauts cadres d’acquérir des champs de connaissance dans des nouveaux domaines, comme celui de l’intelligence artificielle, des affaires européennes, ou de la communication sur les réseaux sociaux, par exemple.

Par leurs carrières itinérantes, les cadres dirigeants sont habitués à se projeter le plus souvent à un niveau départemental. Avec l’élargissement européen, il fallait impérativement accroître leur vision internationale. Outre cette dimension spatiale, il y a également une problématique temporelle. Les directeurs et chefs ont généralement une vision stratégique trop concentrée sur le court terme, entre 6 et 12 mois. Par une réflexion partagée, avec un horizon à plus long terme, entre 2 et 10 ans, il est possible de les aider à détecter les tendances de fond, tant technologiques que pour les changements sociétaux, pour faciliter leur action pour la transformation des organisations.

Comment s’organisent les formations de ces hauts cadres ?

Jean-Martin Jaspers : Nous accueillons chaque année au CHEMI entre 1 200 et 1 500 cadres dirigeants, cadres supérieurs et experts. Le cœur de notre formation est la "promotion annuelle", qui regroupe une quinzaine d’auditeurs de toutes les composantes du ministère (police, gendarmerie, sécurité civile, corps préfectoral), sélectionnés par les directions générales, ainsi que des auditeurs venus de pays amis de la France. Le CHEMI est rattaché au préfet Christophe Mirmand, Secrétaire général du ministère de l'Intérieur, et le général Bruno Goudallier dirige les relations extérieures depuis 3 ans.

Les auditeurs suivent, sur une année entière, un cursus équivalant à 40 jours de formation, avec 120 conférenciers et experts, qui débouche sur la production d’une étude individuelle dans leur domaine d’expertise respectif. Quatre places sont réservées à des colonels de gendarmerie qui préparent le généralat. Les officiers de gendarmerie qui ont suivi le cursus cette année sont la générale de brigade Frédérique Nourdin (qui prendra ce grade au 1er août), la lieutenante-colonelle Charlotte Tournant, le colonel Hubert Charvet et le colonel Gwendal Durand.

La formation du CHEMI s’opère également pour les préfets et les généraux au travers de Journées d'Études et de Réflexion (JER), au cours desquelles des intervenants et experts reconnus apportent leur vision sur des problématiques actuelles. Plus d'une centaine de préfets sont inscrits chaque année dans ces modules de formation stratégique. Les contrôleurs et inspecteurs généraux de la police nationale et les généraux de la gendarmerie nationale en bénéficient également.

 

Vous proposez également un cycle supérieur réservé aux femmes, baptisé ARIANE.

Jean-Martin Jaspers : Le cycle supérieur ARIANE permet, depuis 2012, à des femmes à haut potentiel, identifiées par leur direction, de suivre six séminaires présentiels et un parcours de formation à distance consacrés aux techniques de management et de leadership. Le programme d’ARIANE 10 a été suivi cette année par 14 auditrices. La générale de division Anne Fougerat, Secrétaire générale de la Garde nationale, y a notamment participé par le passé. La générale de corps d’armée Isabelle Guion de Méritens préside chaque année l’ouverture de ce cycle ARIANE 100% féminin.

« Une attente très forte en matière d’études stratégiques et prospectives »

D’importantes transformations interviendront dans les prochaines semaines. Pouvez-vous en expliquer les grandes lignes ?

Jean-Martin Jaspers : Dès le 2e semestre 2020, le CHEMI fusionnera avec les quatre départements de l’INHESJ, pour donner naissance à une nouvelle structure, qui sera un Service à compétence nationale (SCN). Ce mariage a été décidé par le Premier ministre et le ministre de l’Intérieur. Le préfet Stéphane Bouillon, directeur de cabinet de M. Christophe Castaner, l’a annoncé mardi 30 juin, lors du 10e anniversaire du CHEMI, en précisant le nom de ce nouvel ensemble : Institut des hautes études du ministère de l’Intérieur (IHEMI).

L’IHEMI accueillera en formation entre 4 000 et 5 000 cadres par an sur deux sites : le Fort de Charenton et l’École militaire. Cette organisation dépendra du Secrétaire général de l’Intérieur, et la Direction générale de la gendarmerie nationale (DGGN) disposera de la capacité de donner directement ses orientations pour construire des actions. Un comité interministériel ouvert sur les ministères des Armées et de la Justice aidera au pilotage de l’IHEMI.

C’est une réforme importante et difficile car elle s’accompagne d’un resserrement budgétaire. Son succès dépend de la capacité d’une équipe de 45 collaborateurs à inventer de nouveaux modèles, à conserver 700 à 800 formateurs et conférenciers, à devenir plus performante en prospective et à toujours mieux maîtriser le travail à distance. L’e-formation sera aussi un vecteur clé de l’action internationale et européenne de l’IHEMI.

Quels sont les principaux enjeux de cette réforme ?

Jean-Martin Jaspers : Cette refondation peut permettre de placer la démarche doctorale au cœur du projet et d’accroître la coopération avec les universités. L’un des principaux enjeux pour la période de 2020 à 2030, outre la réalisation d’une session en sécurité et justice ou l’importance accordée à la gestion de crise, sera la délivrance du doctorat à des chercheurs de haut niveau.

Un CTP ministériel examinera la semaine prochaine le projet, qui n’est pas encore entièrement stabilisé pour ce qui concerne l’arrêté fondateur de l’IHEMI, et bien entendu ses programmes, qu’un futur comité ministériel de pilotage devrait valider en octobre.

L’IHEMI devra également répondre à une attente très forte exprimée par le ministre de l’Intérieur en matière d’études stratégiques et prospectives. La Direction des affaires stratégiques et internationales (DASI), qui pourrait comprendre les affaires internationales et les départements de gestion de crise et de sécurité économique, serait confiée au colonel Sylvain Rénier, ancien commandant du groupement de gendarmerie départementale du Tarn et conseiller du Préfet de police à Marseille. Dès le mois d’août 2020, cet officier supérieur, choisi par le général d’armée Christian Rodriguez, directeur général de la gendarmerie nationale, prendra ses fonctions de directeur au sein de l’IHEMI, si le rythme espéré pour cette réforme peut se maintenir.

Notre rôle d’appui de l’IHEMI au Livre blanc de la sécurité intérieure (LBSI) sera essentiel pour soutenir la modernisation du ministère de l'Intérieur. Maintenir une capacité interministérielle, notamment en prospective, en lien avec les ministères de la Justice et des Armées, s’imposera naturellement.