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Des brigades aux unités spécialisées, il n’y a pas d’intervention sans risque !

Auteur : la capitaine Marine Rabasté - publié le
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Photo d'illustration
© CABCOM RGBRET - ADJ Boulais

Les gendarmes interviennent chaque jour sur des situations pouvant, à tout moment, devenir sensibles ou complexes. Pour faire face à ces risques, la gendarmerie dispose d'un schéma de formation et de montée en puissance adapté.

Mardi 22 décembre, trois gendarmes de la compagnie d'Ambert ont été mortellement blessés lors d’une intervention faisant suite à des violences conjugales. Sollicités par le Centre des opérations et de renseignement de la gendarmerie (CORG), ils se sont rendus sur les lieux afin de porter secours à une victime. Un départ en intervention comme il y en a tous les jours. Un appel, un engagement, une demande de renforts… C'est le quotidien des gendarmes. Mais aucune intervention n’est sans risque. À tout moment, elle peut dégénérer, mettant en danger la vie des militaires, même les plus expérimentés. « Cela peut arriver à chaque instant, à chacun d’entre nous », a exprimé le général d’armée Christian Rodriguez, directeur général de la gendarmerie nationale, lors de l’annonce de cette tragédie.

Confrontée à des situations susceptibles de prendre diverses formes, voire de devenir complexes et violentes, la gendarmerie a mis en place un schéma d'intervention, basé sur la formation et la capacité de montée en puissance, permettant d'agir en sécurité avec le strict niveau de force nécessaire.

L'intervention professionnelle, base de la formation initiale

La gestion des interventions est au cœur du métier de gendarme. C'est là le sens même de l'engagement : aider la population et secourir les victimes. Mais une intervention n’est jamais anodine, quelle qu’elle soit, et nécessite des pré-requis afin d’être abordée en sécurité, pour les militaires, mais également pour les personnes présentes.

Les gendarmes, tous statuts confondus, sont donc formés dès l'école, afin d'être en mesure de maîtriser, avec ou sans arme, un adversaire, dans un souci de sécurité optimale et dans le respect du cadre légal et réglementaire. Des instructions sont dispensées tout au long de la formation : tactiques d’intervention (progression au sein d’un immeuble, intervention sur une voiture volée ou sur une personne alcoolisée ou violente, etc.), maîtrise sans arme de l’adversaire ou encore maniement et usage des armes (théorie, pratique et connaissances du cadre légal et réglementaire).

Pour les officiers, une formation sur le commandement en intervention des unités dont ils auront la charge vient compléter cet apprentissage général. En arrivant en unité, tout gendarme est donc en capacité de gérer une intervention en faisant un emploi mesuré et gradué de la force, en fonction de la menace et de son évolution.

Une formation continue nécessaire

Les menaces évoluent, les modes d'action également. Les gendarmes doivent donc s'adapter. Durant toute leur carrière, les militaires s’entraînent et se perfectionnent afin de maintenir un niveau de technicité suffisant. De manière générale, des instructions sont données tout au long de l'année au sein des unités, notamment en ce qui concerne l’usage des armes. Tous les deux ans, les gendarmes sont par ailleurs soumis à un contrôle de la condition physique spécifique pour que soient évaluées leurs techniques de maîtrise sans arme de l’adversaire. Leur parcours est également ponctué de formations complémentaires au cours desquelles ils ont l'occasion d'aborder à nouveau et d'approfondir leurs savoir-faire et la façon d'aborder différentes situations tendues (stage Agent de police judiciaire, stage national de formation à l'encadrement professionnel...).

Pour certains militaires, le perfectionnement va encore plus loin. Certains disposent en effet du brevet de Moniteur en intervention professionnelle (MIP) ou d'Instructeur en intervention professionnelle (IIP). Affectés au sein des unités, ils sont en capacité de dispenser des instructions à leurs camarades, renforçant ainsi le dispositif en matière de formation continue.

La capacité de montée en puissance

Pour faire face à tout type de situation, la gendarmerie dispose d’une capacité de montée en puissance conséquente, de l’unité territoriale au Groupe d’intervention de la gendarmerie nationale (GIGN). En fonction de l’intensité, l’engagement des forces est progressif et mesuré. L’analyse de la situation par les primo-arrivants permet d’adapter le dispositif au juste besoin. Ceux-ci, généralement issus des unités territoriales, sont particulièrement exposés aux menaces. Lors du déclenchement de l'intervention à la suite de l'appel au CORG ou à la brigade, les militaires ne disposent bien souvent que de peu d'éléments leur permettant d'évaluer précisément les risques. Mais du cambriolage au différend familial, en passant par le conflit de voisinage, aucune intervention n'est sans risque. Face à des individus instables, alcoolisés ou violents, la situation peut vite dégénérer. C'est pourquoi, à chaque sollicitation, les gendarmes prennent toutes les précautions et mettent en application les règles fondamentales de l'intervention professionnelle acquises lors de leur formation. Agir en sécurité est essentiel.

Sur le terrain, l'action des brigadiers est complétée par celles des Pelotons de surveillance et d'intervention de la gendarmerie (PSIG), en mesure de gérer des situations d'un niveau supérieur, en raison de leurs équipements et de leur entraînement. Depuis 2016, certains PSIG sont également qualifiés « Sabre » et disposent d'un panel de missions élargi, avec les moyens matériels adaptés. Les militaires qui les composent ont par ailleurs vu leur formation renforcée, afin d'être en mesure de réagir rapidement à une tuerie planifiée.

Enfin, à un niveau intermédiaire, les Pelotons d'intervention (P.I.) des escadrons de gendarmerie mobile ou de la garde républicaine ainsi que les Pelotons spécialisés de protection de la gendarmerie (PSPG) sont en mesure d'intervenir sur toute situation nécessitant une technicité supérieure, sans pour autant avoir besoin des unités spécialisées.

Les unités d'intervention spécialisée

Formés en intervention spécialisée lors d'un stage de 6 semaines, les militaires des Antennes GIGN (AGIGN) sont engagés lorsque l’utilisation de techniques et de moyens particuliers d’intervention dépassant le savoir-faire des autres unités est nécessaire. Implantées localement, les antennes sont en mesure d'intervenir rapidement, puisque soumises à un délai de mise en route de 30 minutes. Elles sont par ailleurs sollicitées en complément du GIGN, lorsque son intervention est nécessaire, pour stabiliser la situation et renforcer la sécurité du dispositif.

En haut du spectre se trouve enfin le GIGN, unité d'élite de l'Institution. Au terme d'une sélection de 9 semaines, les militaires qui le composent se voient dispenser une formation d’un an, au cours de laquelle ils acquièrent les compétences nécessaires à la réussite de leurs missions (tir, interpellation, observation, combat…). Du contre-terrorisme aux prises d'otages, en passant par les ouvertures de feu sur les personnes, le GIGN est engagé lors de crises complexes nécessitant des capacités humaines, techniques et matérielles dont il est le seul à disposer. Sa projection est rapide et ses moyens conséquents. Ce mardi 22 décembre, à Saint-Just, les membres du « Groupe » de Satory étaient sur place et pleinement opérationnels quelques heures à peine après le déclenchement de l'intervention par le CORG. Face à la complexité de la situation, leur engagement était indispensable. Rechercher en milieu ouvert un individu lourdement armé et ayant ouvert le feu à plusieurs reprises, tout en mettant en sécurité l'ensemble de la population alentour, nécessite un savoir-faire particulier, acquis grâce à une formation et à un entraînement de haut niveau.

Au fil des années, la gendarmerie a mis en place un schéma d'intervention performant, permettant à ses militaires d'agir en sécurité et selon le strict niveau de force nécessaire. Malheureusement, face à certains déferlements de violence, cela ne fait pas toujours le poids. C'est ce qui s'est passé ce mardi 22 décembre, à Saint-Just, pour Cyrille Morel, Rémi Dupuis et Arno Mavel, mais aussi en juillet 2020, pour Mélanie Lemée, et en 2012, à Collobrières, pour Alicia Champlon et Audrey Berthot. Entre les tués et les blessés en service, la liste est encore tristement longue ! Car les gendarmes prennent quotidiennement des risques pour accomplir leur mission et aller jusqu'au bout de leur engagement, parfois jusqu'au sacrifice ultime…