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Gendarme et chasseur de cyberdélinquants

Auteur : la capitaine Sophie Bernard - publié le
Temps de lecture: ≃4 min.
© D.R.

Tandis que, face à l’augmentation croissante des actes d’exploitation sexuelle de mineurs sur Internet, des citoyens s’improvisent enquêteurs et partent en croisade contre les pédocriminels sur les réseaux, ce gendarme en a fait sa spécialité. Affecté au Centre national d'analyse des images de pédopornographie (CNAIP), du Centre de lutte contre les criminalités numériques (C3N), l’adjudant Jérôme Duhamel raconte et dispense quelques conseils.

« L’imagination humaine n’a pas de limite dans la monstruosité ! » La phrase de l’adjudant Jérôme Duhamel fait froid dans le dos et laisse présager toutes les horreurs qui peuvent défiler sous ses yeux au quotidien.

« Après un bac scientifique, je suis entré en gendarmerie et, dès l’école, mon profil cyber a été remarqué. Après avoir passé l’examen d’officier de police judiciaire et suivi la formation de Correspondant nouvelles technologies (CNTECH), j’ai intégré le Service central de renseignement criminel (SCRC), explique-t-il. Au CNAIP, mes missions sont diverses : enquêter pour identifier les pédocriminels et leurs victimes sur la toile, analyser des fichiers photos ou vidéos récupérés par les unités pour procéder à ce travail d’identification, se coordonner avec la police nationale mais aussi avec les autres forces à l’international. Nous sommes également force de projection pour assister les unités sur place sur des enquêtes complexes. »

Traquer les prédateurs

De quels moyens les enquêteurs disposent-ils pour agir contre ces prédateurs cachés derrière leur écran ? « Susceptible d’être considérée auparavant comme un recueil déloyal de la preuve, la cyber-infiltration nous est autorisée depuis 2007. Dans un premier temps, nous ne pouvions l’utiliser que dans le cadre des atteintes aux mineurs, puis cela a été étendu à l’ensemble des crimes et des délits punis d'une peine d'emprisonnement, ayant été commis par la voie des communications électroniques. Nous pouvons, par exemple, nous faire passer pour un mineur et donner rendez-vous au pédocriminel. Certains sont tellement pris dans leur chasse qu’ils ne comprennent pas que le mineur avec qui ils étaient en contact était en fait un membre des forces de l’ordre. Même après que nous avons décliné notre qualité, ils nous demandent où est l’enfant ! » Mais comment retrouver ces dangereux individus dans la masse d’informations brassées par Internet ? « Nous avons des outils particuliers de surveillance de flux de données. Nous utilisons notamment celui du FBI, qui est très performant ! Néanmoins, cela reste une course à l’innovation avec les cyberdélinquants, qui nécessite de se former et de se mettre à jour continuellement. »


© Elsa Vives Servera

Bien que la cause soit particulièrement noble, cette traque n’est donc pas à la portée de tous ! D’autant que la mission, obligeant ces gendarmes à visionner quotidiennement des images d’agressions sexuelles mettant en scène des mineurs, peut être particulièrement violente psychologiquement : « Nous avons un suivi psychologique chaque année qui nous est imposé et la grande cohésion qui règne dans l’équipe nous aide également beaucoup. Nous avons aussi le luxe de pouvoir être muté à tout moment dans un autre poste en cas de problème. »

Réagir face au cyberharcèlement

Mais au-delà des fichiers matérialisant l’exploitation sexuelle des mineurs, l’adjudant tient à prévenir des dangers liés au cyberharcèlement. « Ce sont des violences physiques, verbales ou psychologiques répétées à travers Internet. Cela touche des victimes de tous les âges, personne n’est à l’abri ! »

Durant le confinement, et plus généralement ces dernières années, ces pratiques ont explosé : comptes « ficha », revenge porn, sextorsion, dont le chantage à la webcam, etc. Bien que touchant également les adultes, c’est un phénomène qui fait malheureusement de plus en plus de victimes chez les adolescents ! « Je conseillerais une règle simple pour les parents : conserver un ordinateur familial placé dans le salon ou dans une pièce où il y a du passage et éviter toute webcam dans les chambres ! Après, nous ne sommes pas à l’abri avec les téléphones portables. Il faut donc rester vigilant à tout changement de comportement chez les enfants. Pour les victimes, il faut avant tout ne pas rester seul. En parler à quelqu’un de confiance, sans minimiser les faits, et aller déposer plainte ! »

Le ministère de l’Intérieur propose également une plateforme permettant de lancer l’alerte et de faire supprimer le contenu :www.internet-signalement.gouv.fr.

Enfin, la Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL) rappelle les bonnes pratiques à adopter si le cas se présente : ne pas répondre au cyberdélinquant, verrouiller tous ses comptes sociaux, prévenir son entourage, vérifier sa réputation sur Internet. Si le contenu gênant a été diffusé, il convient de demander au site concerné de le retirer ou aux moteurs de recherche de déréférencer la page.