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La plateforme Pharos renforcée pour mieux lutter contre la cybercriminalité

Auteur : la capitaine Sophie Bernard - publié le
Temps de lecture: ≃4 min.
© Ministère de l'Intérieur

La Plateforme d’harmonisation, d’analyse, de recoupement et d’orientation des signalements (Pharos) traite des signalements des contenus illicites publics diffusés sur Internet. Particulièrement sollicitée ces dernières années, le Premier ministre a annoncé qu’elle bénéficierait très bientôt de renforts. Retour sur le fonctionnement de ce service en 5 questions.

Qu’est-ce que Pharos ?

Créée à l’origine pour lutter contre la pédopornographie, le spectre des domaines traités par Pharos s’est généralisé à l’ensemble des contenus illicites du Web à partir de 2009. La plateforme est installée à Nanterre, au sein de l’Office central de lutte contre la criminalité liée aux technologies de l'information et de la communication (OCLCTIC), de la Sous-direction de la lutte contre la cybercriminalité (SDLC) de la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ).

Mais le Web n’ayant pas de frontière, Pharos permet de centraliser tous les signalements d’internautes concernant des contenus illicites publics diffusés sur la toile (escroqueries, incitation à la haine, pédopornographie, vente de produits stupéfiants, proxénétisme, etc.) à travers son site : www.internet-signalement.gouv.fr.

En quelques clics, l’internaute peut signaler le contenu en précisant la date et l’heure d’observation, son support, le type d’infraction concerné, en ajoutant le lien menant vers celui-ci. Rappelons que la plateforme n’a pas vocation à traiter des contenus à caractère privé (insultes, harcèlement, appels à l’aide, etc.) pour lesquels le 17 doit être privilégié.

Comment s’organise le traitement des signalements ?

À ce jour, la plateforme est composée de 28 enquêteurs policiers ou gendarmes, répartis en trois cellules. Si la première est généraliste, la deuxième se concentre exclusivement sur la lutte contre la haine en ligne. Enfin, la troisième réalise la veille sur Internet et s’adresse aux opérateurs des sites et réseaux concernés pour retirer, bloquer ou déréférencer des contenus terroristes ou pédopornographiques. En effet, la plateforme n’a pas le pouvoir de retirer de son propre chef les contenus.

Par ailleurs, pour chaque signalement, Pharos se charge du traitement, à savoir : vérifier l’existence du contenu en question, qualifier les faits juridiquement, prendre des mesures pour conserver les preuves et, enfin, au besoin, localiser le suspect afin que les services compétents soient saisis et qu’une enquête soit ouverte sous l’autorité du procureur.

La plateforme diligente également elle-même des enquêtes, qui sont ensuite transmises directement aux services compétents pour poursuite des investigations. Cette dernière hypothèse concerne très majoritairement les atteintes aux mineurs.

Quelle est l’activité de la plateforme ?

Le nombre de signalements à Pharos a augmenté progressivement et s’élève à présent à plus d’un million et demi depuis 2009. Ces dernières années ont été particulièrement révélatrices de cette montée en puissance : si 228 545 signalements ont été enregistrés en 2019, soit 4 395 en moyenne par semaine, la tendance reste à la hausse en 2020, avec déjà plus de 237 000 signalements à ce jour. Plus de la moitié d’entre eux concernent des escroqueries et extorsions, 11 % sont des atteintes aux mineurs et près de 8 % s’avèrent être des discriminations. Les signalements liés au terrorisme ne représentent que 3 % du volume global, mais n’en demeurent pas moins essentiels pour lutter contre le cyber-islamisme.

Quel rôle joue Pharos face au « cyber-islamisme » ?

La plateforme a dû faire face à des pics d’activité durant le confinement, particulièrement propice aux arnaques, mais aussi après les différents attentats terroristes. Ce fut le cas en 2015, mais aussi, plus récemment, à la suite de l’attentat de Conflans-Sainte-Honorine, où environ 10 700 signalements ont été recensés, dont plus de 80 ont donné lieu à une procédure.

« Les signalements à la plateforme Pharos ont été très nombreux. Nous avons déjà ouvert 66 enquêtes suite à ces signalements et fait des interpellations », a affirmé le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, devant la commission des lois de l’Assemblée nationale, le 2 novembre dernier.

Trois jours après l’assassinat du professeur Samuel Paty, la ministre déléguée chargée de la citoyenneté, Marlène Schiappa, s’est rendue sur le site de Pharos pour étudier des pistes d’amélioration pour une meilleure détection des contenus haineux sur Internet. « La plateforme Pharos est bien identifiée par la population. Il s’agit de voir comment on peut améliorer l’articulation entre les différents services. Pharos ne peut pas être le régulateur des réseaux sociaux, ils doivent également prendre leur responsabilité », a insisté la ministre.

Quelles devraient être les prochaines évolutions concernant Pharos ?

Dès le lendemain de sa visite à Pharos, Marlène Schiappa s’est entretenue avec les représentants français des géants du Net (Facebook, Google, YouTube, Twitter, Snapchat, Tiktok, Pinterest, Wikipédia et Le Pot commun). La ministre a insisté pour qu’ils répondent systématiquement aux sollicitations des enquêteurs de la plateforme, quitte à ce qu’ils désignent au sein de leur réseau un contact privilégié. Par ailleurs, le groupe de contact permanent entre les autorités et les réseaux a été réactivé afin de fluidifier les échanges.

Le 23 octobre dernier, le Premier ministre, Jean Castex, a également annoncé que « la surveillance des réseaux sociaux et la lutte contre la haine en ligne seront intensifiées ». Dans ce cadre, il a affirmé que la plateforme Pharos serait renforcée « sans délai » au niveau de ses effectifs.

Enfin, un pôle spécifique devrait être créé au sein du parquet de Paris, pour centraliser les enquêtes sur la haine en ligne et travailler en lien avec les enquêteurs.