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Pas-de-Calais : des cellules locales dédiées à la prise en charge des violences intra-familiales (2/2)

Auteur : la capitaine Sophie Bernard - publié le
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© GEND/SIRPA/F.GARCIA

Pour lutter de façon plus efficace contre les Violences intra-familiales (VIF), problématique particulièrement ancrée sur le territoire du Pas-de-Calais, des cellules d’appui à la Maison de confiance et de protection des familles (MCPF) ont vu le jour dans les différentes compagnies du groupement. Focus sur les cellules de Saint-Pol-sur-Ternoise et de Béthune.

Enregistrant en moyenne un fait de Violences intra-familiales (VIF) chaque jour, la compagnie de Saint-Pol-sur-Ternoise s'est voulue pionnière pour combattre ce fléau, en créant, dès mars 2019, un Groupe de lutte contre les violences intra-familiales (GLVIF). L'unité a inspiré par la suite les compagnies voisines, notamment celle de Béthune, qui a institué sa propre cellule en septembre dernier.

Un gage d’efficacité

Le principe est assez simple : la cellule comprend six à huit gendarmes, volontaires et particulièrement sensibles à cette problématique. Issus des brigades locales, ils connaissent non seulement les territoires et leur population, mais peuvent échanger plus facilement avec leurs camarades et les différents partenaires du secteur. Ces enquêteurs ont vocation à soulager les unités de la compagnie, en traitant spécifiquement des procédures de VIF, et ce, du simple signalement à la prise en compte des auditions, voire de la garde à vue, grâce aux permanences toujours assurées par un binôme.

« On sort de la logique de polyvalence pour aller vers une certaine spécialisation, qui permet de gagner en efficacité. Dans le domaine des violences intra-familiales, il fallait homogénéiser le traitement de ces nombreuses procédures sur la compagnie et offrir, dans un temps le plus réduit possible, de l'ordre de la semaine, une qualité d'investigation qui satisfasse le Parquet, prenne en compte de façon adaptée les victimes et limite la récidive des auteurs »,explique le chef d’escadron Julien Noret, à la tête de la compagnie de Saint-Pol-sur-Ternoise.

Demeurant au cœur du dispositif, la MCPF, de son côté, appuie les enquêteurs, notamment s'agissant des auditions de mineurs de moins de 8 ans ou des procédures les plus complexes. Elle complète aussi leur action à travers sa mission de prévention auprès des personnes vulnérables, en lien avec les correspondants territoriaux des brigades.

Motivés et formés pour écouter

Avant de rejoindre la cellule, les gendarmes sont reçus en entretien par le commandant de compagnie pour exprimer leurs motivations. Si les volontaires s'avèrent être le plus souvent des femmes gradées de gendarmerie, d’autres profils sont également les bienvenus. À Saint-Pol-sur-Ternoise, c’est le maréchal des logis-chef Nicolas, issu de la brigade de recherches, qui chapeaute la cellule et met à profit son expérience en unité de recherches. « L’auteur de violences ou un jeune garçon maltraité peut se sentir parfois plus à l’aise avec un homme pour parler », remarque sa camarade, l’adjudant Typhanie. Jeune gendarme en brigade, Sandra a pu bénéficier de son côté d’un détachement au GLVIF : «C’est une expérience très enrichissante. J’ai déjà pu être binômée sur des gardes à vue et faire des compte-rendus au parquet. C’est un bon entraînement avant de passer l’examen d’Officier de police judiciaire (OPJ) !»

Quels qu'ils soient, tous les gendarmes rejoignant ces cellules continuent de se former sur ce sujet particulièrement complexe. Ils suivent un enseignement à distance sur « la prise en compte des VIF », se perfectionnent dans l’écoute des victimes et des mineurs (« auditions Mélanie »), et participent même parfois à des stages proposés par des intervenants extérieurs, comme des psychiatres ou des associations (La vie active, le Centre d’information sur les droits des femmes et des familles, France victimes, etc.). Pour évacuer tout en progressant, les militaires du GLVIF de Saint-Pol-sur-Ternoise bénéficient même d'une formation aux techniques d'optimisation du potentiel et rencontrent deux fois par an un psychologue.

Comme dans un cocon

Au-delà de la qualité d’écoute des militaires, il s’agit également de « prévoir des locaux dédiés, pour créer comme un cocon, où les victimes se sentent protégées », souligne le capitaine Adrien de Lépine, à la tête de la compagnie de Béthune. L’officier a ainsi fait réaménager, au sein de la caserne, un logement déclassé, pour le transformer en « une mini MCPF », qui comprend une salle de réunion, des bureaux, une salle d’audition et même bientôt une salle Mélanie, qui permettra d’entendre les mineurs dans un environnement rassurant.

© GEND/SIRPA/F.GARCIA

« Nous bénéficions d'un financement de la communauté d’agglomération. Nous avons aussi récupéré des jouets via les familles de gendarmes et la MCPF, ainsi que du matériel informatique saisi par la cellule régionale d’avoirs criminels. Les murs ont également pu être égayés grâce aux dessins faits par les élèves d’une école voisine », raconte le capitaine.

Un accompagnement social

Dans ces mêmes locaux, se tiennent les permanences des Intervenantes sociales gendarmerie (ISG), qui travaillent main dans la main avec les enquêteurs, pour une prise en charge globale. Après avoir vérifié s’il existait déjà un signalement auprès des services sociaux, elles contactent et reçoivent les victimes, les informent sur leurs droits et les orientent vers des associations pour trouver une solution de relogement, refaire leurs papiers administratifs, etc. « C’est un suivi au long cours, puisque nous les rappelons a posteriori pour savoir où elles en sont », explique Sonia, intervenante à Béthune. « Parfois, elles retournent avec l’auteur, malgré les mesures d’éloignement, et il y a récidive. Dans ce cas, elles n’osent pas alerter à nouveau les gendarmes et nous recontactent plus facilement », remarque Charlotte, son homologue de Saint-Pol-sur-Ternoise.

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Alors, les ISG tentent aussi d'agir bien en amont : elles incitent les brigades à leur signaler les situations conflictuelles, même en l'absence d'infraction, et reçoivent également la synthèse des interventions, afin de repérer d'éventuelles problématiques. Un véritable travail de fond, qui nécessite également de s'intéresser aux auteurs. « Je les reçois et tente de déterminer avec eux s'il existe une addiction ou s'il s'agit, par exemple, de reproduction transgénérationelle. Je peux les orienter ensuite vers une structure de soin ou un centre de suivi », explique Charlotte. Une collaboration qui passionne Louise, jeune étudiante en social, venue accomplir son service civique au sein de la cellule de Béthune : « C'est très intéressant, car cela permet d'agir dans l'urgence sur des situations encore toutes fraîches, en adoptant une autre approche, complémentaire à celle du gendarme ! »

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Le dispositif VIF s'articulant autour de la MCPF avec des cellules antennes dans les compagnies semble donc être la combinaison gagnante pour le groupement du Pas-de-Calais. Si la cellule de Saint-Pol-sur-Ternoise a déjà traité 530 procédures depuis sa création, celle de Béthune s'avère aussi active, avec déjà 80 procédures au compteur et 12 défèrements au tribunal en à peine trois mois d'existence ! « Aujourd'hui, nous ne pourrions pas faire marche arrière ! », résume le chef d'escadron Noret, très satisfait du travail accompli par ses gendarmes.

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