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Renforcement des unités par les cadres des écoles

Auteur : la capitaine Sophie Bernard - publié le
Temps de lecture: ≃7 min.
Certains cadres des écoles sont employés pour renforcer les unités locales dans le cadre des contrôles.
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Compte tenu de la crise sanitaire, les écoles de gendarmerie ont fermé leurs portes et 3 700 élèves ont été déployés en moins d’une semaine sur l’ensemble du territoire. Par ailleurs, leurs anciens cadres ne chôment pas puisqu’ils sont également employés pour renforcer les unités de gendarmerie dans le cadre de différentes missions.

Si la fin de scolarité a été pour le moins abrupte pour les 3 700 élèves concernés par le déploiement en unité, cela a également été le cas pour leurs cadres, qui ont dû organiser ce départ en quelques jours. « Nous avons dû effectuer des liaisons en urgence pour récupérer l’armement des élèves et les équiper, finaliser les notes pour établir un classement avant leur choix de poste, ainsi que faire la route pour déposer ceux qui n’avaient pas de moyen de locomotion dans leur unité d’affectation », énumère l’adjudant-chef Barbarossa, cadre à l’École de gendarmerie (EDG) de Chaumont.

Une manœuvre inédite pour les écoles de gendarmerie

Afin de se conformer aux mesures gouvernementales liées à l’épidémie de coronavirus tout en renforçant les effectifs sur le terrain pour faire face à..

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Une fois cette importante manœuvre passée, seule une poignée d’élèves est restée sur les différents sites d’instruction pour participer à la sécurité des établissements. Mais si la scolarité a cessé, ce n’est pas pour autant que les cadres des écoles chôment ! Une grande partie d’entre eux a été redéployée pour renforcer leurs camarades affectés en unité.

C’est notamment le cas à l’EDG de Chaumont, où ces militaires ont été déployés dans différentes missions, en fonction des besoins mais aussi de leurs anciennes expériences. « En accord avec le commandant de groupement de gendarmerie local, nous avons plus de 40 cadres organisés en trois pelotons, à l’image des Détachements de surveillance et d’intervention (DSI) des gendarmes mobiles, afin de renforcer les unités locales dans leur mission de sécurité publique. Par ailleurs, un de nos personnels prête main forte au Centre opérationnel de renseignement de la gendarmerie (CORG) local. Enfin, plus d’une dizaine soulagent la Brigade numérique (BNum) en répondant par tchat aux nombreuses sollicitations de la population, notamment concernant les mesures liées au confinement », explique le général de brigade Pierre Bouquin, commandant l’EDG de Chaumont.

Retour vers le futur

C’est un retour aux sources pour une grande partie de ces cadres, qui ont déjà une importante expérience du terrain. « Avant d’être cadre en école, j’ai été affecté pendant huit ans en gendarmerie mobile », explique l’adjudant Gentilhomme, en renfort DSI. « Je connais bien la mission de DSI pour l’avoir déjà pratiquée à de nombreuses reprises au profit des zones de sécurité prioritaire ou dans le cadre de renforts estivaux. »

Certains reviennent même en terrain plus que connu, comme l’adjudante Gutzwiller, en renfort au CORG de Chaumont : « Juste avant l’école, j’ai été affectée durant sept ans… au CORG de Chaumont ! C’est donc une mission que je connais bien. L’équipe a changé mais j’y retrouve quand même un ancien camarade. » L’adjudant-chef Barbarossa, lui, avait déjà une large expérience du métier de brigadier. Il a néanmoins dû se former rapidement aux outils informatiques utilisés par la Brigade numérique, pour être en mesure de la renforcer : « Nous avons été formés par l’un des militaires de la BNum en visioconférence. En cas de sollicitation particulière, nous leur transmettons pour qu'ils en assurent le traitement », explique-t-il.

Tous engagés face au COVID-19

Une fois les élèves partis, l’EDG de Chaumont, à l’image des autres centres d’instruction, s’est ainsi très vite organisée pour venir renforcer d’autres unités de la gendarmerie nationale, tout en prenant soin d’éviter la propagation du virus. « La salle de la brigade pédagogique de l’école est devenue une antenne de la brigade numérique », explique l’adjudant-chef Barbarossa. « Nous respectons les gestes barrières, en prenant toujours le même poste et en désinfectant régulièrement les claviers. »

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Certains cadres renforcent la brigade numérique depuis les locaux de l'école.

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Dans le cadre des renforts DSI, les véhicules sérigraphiés de l’école ont été rapidement équipés pour les patrouilles. « Nous sommes deux par véhicule afin de réduire le risque de transmission du virus et nous évitons tout contact physique avec les gendarmes des brigades locales. Si l’un de nous tombe malade, cela limitera ainsi le nombre de militaires à placer en quarantaine », explique l’adjudant Gentilhomme.

Par ailleurs, le commandant du groupement de gendarmerie local, en lien avec le commandant de l’école, a donné ses directives : contrôler la population dans le cadre du confinement, prévenir les exactions contre les commerces de première nécessité mais aussi les cambriolages contre les établissements fermés. « Nous avons trois secteurs définis. Au cours de nos patrouilles, nous avons déjà pris contact avec les routiers assurant les livraisons et le patron d’un supermarché. Nous contrôlons si les gens ont bien leurs attestations et dans l’ensemble, c’est assez bien respecté ! », souligne l’adjudant Gentilhomme.

Une nouvelle expérience

À travers ces différentes missions, les cadres des écoles sont heureux de pouvoir aider leurs camarades en unité, qui font face à de nombreuses demandes dans le cadre de cette crise. «C’est une nouvelle expérience ! Je suis surpris, je ne m’attendais pas à autant de sollicitations ! », s’exclame l’adjudant-chef Barbarossa, découvrant la Bnum. « Nous avons beaucoup de questions concernant les déplacements dans le cadre du confinement et nous traitons déjà à notre niveau au moins 400 questions par jour. »

 

C’est aussi le cas de l’adjudante Gutzwiller, au sein du CORG : « Avec le confinement, il y a de nombreux appels pour savoir dans quel cadre la sortie est autorisée. Le CORG souffre actuellement d’un déficit en personnels, avec l’absence de trois militaires. Je suis donc contente de pouvoir les soulager ». Il s’agit néanmoins de s’adapter à ce nouvel emploi du temps qui, contrairement à l’école, sollicite souvent les nuits et les week-ends.

« Il va falloir reprendre le rythme. L’école m’a mis à disposition une chambre pour que je puisse récupérer après les services de nuit, pendant que mon conjoint prend le relais et s’occupe de nos enfants chez nous », explique l’adjudante.

« Les jours de repos ne tombent pas forcément le week-end, donc nous essayons de nous arranger entre nous, notamment pour ceux qui ont des enfants », reconnaît l’adjudant Gentilhomme.

Des missions diverses

Tout comme l’école de Chaumont, l’ensemble des établissements de formation a mis en place ce type de renfort dans de nombreux domaines. Ainsi, les écoles de gendarmerie de Fontainebleau, de Dijon, de Montluçon, de Châteaulin, de Tulle et de Rochefort apportent également leur appui, ou s'apprêtent à le faire, aux unités locales, le plus souvent sous forme de DSI.

L’école de gendarmerie de Dijon a même mis en place la brigade d’Ouges, une unité autonome armée par ses personnels, afin de soulager le groupement de Côte d’Or. Elle sera plus particulièrement employée dans des missions de contrôle de zone et de gestion des flux, notamment pour rassurer la population, veiller au respect du confinement et, le cas échéant, réprimer les infractions, lutter contre les rassemblements intempestifs, intervenir au profit des unités locales.

Les écoles ont également été sollicitée pour renforcer la Bnum, dont l’activité s’est largement accrue depuis le début de la crise.

De leur côté, les cadres de l’école des officiers de la gendarmerie nationale renforcent principalement les directions ou structures de crise de la direction générale, ainsi que l’état major régional d’Île-de-France, tout comme les équipes d’instructeurs des Centres nationaux de formation à la police judiciaire (CNFPJ), du renseignement opérationnel (CNFRO), ou des systèmes d’information et de communication (CNFSICG), et enfin ceux du Centre national d’entraînement des forces de gendarmerie.

Pendant ce temps, les autres cadres non employés en renfort externe s’affairent à accompagner les élèves déployés en stage dans les unités et préparent déjà la sortie de crise ainsi que la reprise des formations.