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#RépondrePrésent : des initiatives pour garantir la continuité pédagogique pour tous

auteur : le commandant Céline Morin - publié le
Dans les Vosges, les gendarmes de la communauté de brigades de Fraize mettent à profit leurs patrouilles pour distribuer des supports pédagogiques aux écoliers vivant dans des hameaux éloignés de la commune.
© LTN Bertrand Loubette - CABCOM RGLOR

Absence de couverture numérique, défaut d'ordinateur voire d'imprimante, ou tout simplement nécessité d'un support pédagogique papier... Dans plusieurs départements métropolitains et ultramarins, plus sensibles à cette fracture numérique, les gendarmes se sont mobilisés afin d'assurer la continuité pédagogique et éviter, pour certains élèves, le décrochage scolaire.

Aujourd'hui encore, 13 millions de Français se trouvent en rupture avec le monde numérique, que ce soit pour des raisons d'âge, de qualifications, mais aussi de revenus et de situation géographique, certains territoires ne bénéficiant pas d'une couverture suffisante. Mise en exergue par cette période de confinement, cette fracture touche notamment de nombreux jeunes, ces derniers ayant été contraints de poursuivre leur scolarité à domicile via Internet, au regard de la fermeture de leur établissement.

Aussi, pour pallier le défaut d'accès au numérique ainsi que l'absence de matériel informatique ou d'impression, et assurer la continuité pédagogique, de nombreux enseignants se sont tournés vers les supports éducatifs en papier.

Les gendarmes prennent le relais en Outre-mer...

Mais très vite eux-mêmes se sont trouvés confrontés aux règles de confinement et à l'absence de motif correspondant sur l'attestation de déplacement, pour effectuer la distribution des documents aux élèves les plus éloignés. Aussi, dans plusieurs départements de métropole et d'Outre-mer, les gendarmes ont pris le relais.

les gendarmes du Tamponles gendarmes du Tampon

Les gendarmes du Tampon, à La Réunion, ont pris l'initiative d'assurer le lien entre l'école et les élèves en situation de déconnexion numérique ou ceux ne donnant pas de nouvelles à leurs enseignants.

© Gendarmerie nationale

À la Réunion, par exemple, sensibles au problème de décrochage scolaire en cette période de crise, les gendarmes du Tampon ont pris l'initiative de maintenir le lien entre l'école et les élèves en situation de déconnexion numérique ou ceux ne donnant pas de nouvelles à leurs enseignants. Au cours de leurs patrouilles, ils sont ainsi passés déposer des cours au domicile d'une soixantaine de collégiens recensés par les établissements scolaires de leur secteur.

De la même manière, en Nouvelle-Calédonie, de nombreuses communes et tribus ont bénéficié d'un dispositif de distribution des supports pédagogiques, mis en place par la gendarmerie, en lien avec les mairies et les écoles. Certaines remises ont également été effectuées directement à la brigade.

remise des devoirs aux enfants de la commune de Poueboremise des devoirs aux enfants de la commune de Pouebo

Remise des devoirs aux enfants de la commune de Pouebo, en Nouvelle-Calédonie, dans le cadre de la continuité pédagogique.

© Gendarmerie nationale

… Comme en métropole, où les Vosges montrent l'exemple

Plus près de nous, à Fraize, dans les Vosges, c'est une institutrice qui a sollicité la brigade de son village. Attachée au support papier, plus adapté à la tranche d'âge de ses élèves de CP-CE1, mais surtout consciente de la difficulté d'accéder au numérique dans certaines zones mal couvertes ou parfois simplement de partager un ordinateur entre plusieurs enfants, elle avait anticipé le confinement en distribuant une première série de documents à la mi-mars, avant que les enfants ne quittent l'école.

Mais à l'approche de la rentrée des vacances de printemps, il lui fallait renouveler l'opération. Après avoir fait le tour des écoliers situés dans le périmètre qui lui était autorisé, elle s'est retrouvée dans l'impossibilité de se rendre chez ceux résidant dans les hameaux extérieurs. Par ailleurs, de nombreux bureaux de poste étant fermés et les tournées étant moins fréquentes, ce moyen n'était pas non plus envisageable. Se tournant alors vers les gendarmes pour leur demander conseil quant aux possibilités de se déplacer, l'institutrice s'est vu proposer un coup de main de leur part pour assurer la distribution.

Les gendarmes de la communauté de brigades de Fraize ont rendez-vous à l'école avec l'institutrice, afin de récupérer les documents pédagogiques à distribuer.Les gendarmes de la communauté de brigades de Fraize ont rendez-vous à l'école avec l'institutrice, afin de récupérer les documents pédagogiques à distribuer.

Les gendarmes de la communauté de brigades de Fraize ont rendez-vous à l'école avec l'institutrice, afin de récupérer les documents pédagogiques à distribuer.

© LTN Bertrand Loubette - CABCOM RGLOR

Une mission embrassée par le référent scolaire et le référent contact

Le 26 avril au matin, après avoir préalablement averti les parents de la visite des gendarmes dans le cadre de cette mission atypique, l'institutrice remet donc un lot d'enveloppes à la patrouille, qui affiche pour l'occasion un casting de choix, ne s'agissant pas moins que du référent scolaire et du référent contact, accompagnés d'un gendarme adjoint volontaire.

L'initiative séduit et la semaine suivante, une autre enseignante fait appel au binôme pour distribuer une vingtaine de plis, cette fois à destination des élèves de CM1-CM2.

« Nous nous partageons la tâche avec les institutrices, en nous occupant des élèves éloignés, certains hameaux de notre circonscription étant quand même à 15-20 minutes en voiture », explique l'adjudant Gil Masson, référent contact de la brigade de Fraize, avant d'appuyer le bien-fondé de la démarche : « Internet, c'est bien, mais certaines personnes vivent dans des zones où le débit est limité, d'autres n'ont pas Internet volontairement, et certains privilégient le papier au numérique... Là, par exemple, dans les documents, il y a un livre. Le télécharger au complet et l'imprimer, ce n'est pas terrible, d'autant que certaines personnes n'ont pas d'imprimante, ou simplement plus d'encre. Et globalement, les gens n'apprécient pas trop non plus les livres en version numérique. »

action au profit des écoliersaction au profit des écoliers

L'action conduite au profit des écoliers s'intègre parfaitement dans la mission de surveillance générale et de contact des gendarmes de Fraize.

© LTN Bertrand Loubette - CABCOM RGLOR

D'une pierre deux coups

Forcément, l'arrivée des gendarmes à son domicile a de quoi en surprendre plus d'un, et parfois susciter un questionnement quant à l'exécution de cette mission par la gendarmerie. Pourtant, celle-ci, aussi atypique qu'elle paraisse, s'intègre parfaitement dans la mission classique de surveillance générale et de contact. « Les gens n'ont généralement pas l'habitude de voir arriver les gendarmes chez eux. Mais une fois l'étonnement passé, ils sont contents de la démarche. Il faut d'ailleurs souligner qu'elle entre bien dans le cadre de nos patrouilles quotidiennes, et qu'en aucun cas elle ne s'accomplit au détriment d'autre chose, insiste l'adjudant Masson. On en profite pour échanger avec eux, pour savoir comment se passe leur confinement ou s'il y a des personnes vulnérables dans leur secteur, même si on sait que les communes y font attention. Cela peut nous permettre de détecter des problèmes ou des événements suspects. C'est une tout autre dynamique. Cela montre une autre facette de notre travail. Et puis, tout simplement, cela permet d'avoir une continuité du service public. »

Cette mission a aussi l’avantage de conduire les gendarmes dans des quartiers isolés, où ils ne sont pas souvent amenés à aller. L'occasion pour eux de surveiller les résidences fermées.

Quant aux enfants, il y a ceux qui sont ravis de voir les gendarmes et d'autres plus surpris, voire impressionnés. Les militaires ont donc profité de cet échange avec les institutrices pour leur proposer, dès que la situation le permettra, d'organiser une visite de la brigade. « Nous le faisons régulièrement pour expliquer notre métier aux enfants, mais nous n'en avions pas encore eu l'occasion avec celle-ci, poursuit l'adjudant. Cela leur permet de mieux nous connaître et, plus tard, d'être plus réceptifs aux messages de prévention qu'on leur fera passer. »  

militaires de la brigade de proximité de Putanges-le-Lacmilitaires de la brigade de proximité de Putanges-le-Lac

Les militaires de la brigade de proximité de Putanges-le-Lac ont apporté des ordinateurs portables à des lycéens qui en étaient dépourvus, afin qu'ils puissent suivre leurs cours par Internet.

© Gendarmerie nationale

Distribution d'ordinateurs dans l'Orne

Dans l'Orne, plus exactement à Putanges-le-Lac, les militaires de la brigade de proximité se sont quant à eux chargés de renouer le lien numérique, en apportant des ordinateurs portables, récupérés auprès du proviseur du lycée Flora-Tristan de La Ferté Macé, chez une dizaine de lycéens n'en disposant pas, afin qu'ils puissent suivre leurs cours à distance.

Ces actions à destination des scolaires ne sont que quelques exemples des nombreuses initiatives, individuelles ou collectives, qui ont spontanément vu le jour à travers le territoire pour accompagner la population, et particulièrement les personnes vulnérables, tout au long de la crise.