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#RépondrePrésent : un officier du PJGN met en place une « visio » sécurisée à la maternité d'Eaubonne

Auteur : le commandant Céline Morin - publié le
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© PJGN

Assister à distance à la naissance de son enfant, continuer de le voir et de lui parler alors qu'il est hospitalisé... Des moments et des liens précieux qu'un ingénieur du pôle judiciaire de la gendarmerie nationale a contribué à maintenir au sein de l'hôpital Simone-Veil d'Eaubonne, grâce à la mise en place d'un dispositif de visioconférence. Un jeu d'enfant pour lui, qui permet de combattre l'un des effets pervers de la COVID, celui de séparer une famille alors même qu'elle vit des moments parmi les plus importants.

Assister à la naissance de son enfant, continuer de le voir et de lui parler s'il est hospitalisé en « néonat » ou en pédiatrie... Ces moments et ces contacts précieux dans la vie d'une famille, la maternité de l'hôpital Simone-Veil d'Eaubonne est parvenue à les conserver malgré les mesures liées à la crise sanitaire. Pour cela, elle a bénéficié de l'aide d'un officier du Pôle judiciaire de la gendarmerie nationale (PJGN), expert en « cyber » au sein du Centre de lutte contre les criminalités numériques (C3N), qui a mis en place une visioconférence sécurisée.

Une collaboration qui n'est pas le fruit du hasard, puisque l'épouse du capitaine Édouard K. est elle-même médecin au sein de la maternité.

Le projet d'origine n'est pourtant pas celui-là. En effet, quand l'hôpital prend contact avec l'expert informatique, c'est surtout pour mettre en place un service de téléconsultation pour continuer d'effectuer le suivi non échographique des grossesses ainsi que des personnes diabétiques.

Un jeu d'enfant pour l'ingénieur

Avec l'accord du chef du PJGN, le général Patrick Touron, le capitaine s'attaque à ce projet, qui pour lui n'est pas vraiment un défi !

« Techniquement, c'était simple. Il fallait juste mettre en place un serveur et un logiciel et s'assurer d'avoir une connexion aux endroits souhaités et suffisante pour faire passer de la vidéo, explique l'officier, qui se rend fin mars sur place pour installer le dispositif. Le souci a été de me procurer une connexion 4G. J'ai donc sollicité dans un premier temps une société partenaire, la M2M factory, dont l'un des patrons, Sylvain Lechatton, m'a prêté une box, laquelle m'a alors permis de finaliser l'installation, de tester le serveur et de régler les petits détails. J'ai alors notamment pu constater que les murs de l'hôpital ne laissaient pas passer le wi-fi et qu'il fallait vraiment mettre les box près des tablettes. On ne pouvait donc pas couvrir toute la zone voulue. »

Ayant déjà projeté de mettre en place ce service de téléconsultation bien avant la crise sanitaire, la maternité avait déjà investi dans l'achat de quatre tablettes... avant d'être freinée par des problèmes techniques pour « débrider l'accès à Internet ».

Il ne manquait donc plus que quatre airbox 4G à associer aux tablettes pour finaliser le dispositif. Grâce au réseau de la communauté de sécurité informatique, le capitaine Édouard K. entre en contact avec l'opérateur Orange, qui lui fournit les quatre box nécessaires.

Tout est finalement opérationnel fin mars. Mais un problème d'ordre administratif vient empêcher la mise en œuvre de la téléconsultation. Qu'à cela ne tienne ! Les parties prenantes décident de mettre à profit cette solution technologique pour répondre à un autre besoin révélé par la crise de la COVID-19.

Maintenir le lien entre les patients et leur famille

« Nous nous sommes recentrés sur les besoins de la maternité, et plus particulièrement de la salle de naissance, où le maintien du lien entre les patientes et leur famille était très important, explique le capitaine. Pendant un temps, tous les accouchements se sont déroulés sans la présence des pères, puis la règle s'est assouplie, sauf quand l'un des parents était atteint de la COVID. Pour eux spécifiquement, nous avons donc mis en place un système de « visio » permettant au père d'assister en temps réel à l'accouchement. »

Le principe séduit et s'étend au service de « néonat », encore plus réglementé au regard de la fragilité de ses tout jeunes patients. Les règles de visite déjà strictes sont durcies, n'autorisant plus que la présence d'un seul parent à la fois, sans accompagnant ; tout parent malade ou présentant des symptômes étant interdit d'accès. « Ce sont des moments très difficiles pour les jeunes parents, sachant que malheureusement l'issue n'est pas toujours heureuse. Il fallait pouvoir permettre au parent malade de voir son enfant », estime le capitaine.

Enfin, la pédiatrie a été le troisième service à solliciter ce dispositif de « visio », afin de conserver les liens familiaux quand l'enfant hospitalisé ou ses parents étaient atteints du coronavirus.

« Nous avons dû gérer une complexité supplémentaire en raison de l'accès très réglementé à Internet en pédiatrie, d'autant que certains enfants sont hospitalisés après avoir eu des ennuis en ligne. Il fallait un outil totalement sécurisé. La mise à disposition d'une tablette « mono-tâche », sans navigateur et avec un accès au wi-fi sécurisé, permet d'avoir ce lien social et familial mais pas un accès internet débridé », précise-t-il.

Garantir l'intimité des échanges

L'expert du PJGN s'est aussi attaché à garantir le caractère privé de ces échanges en créant pour chacun des « salons » à usage unique, auxquels les proches se connectent depuis chez eux ou depuis leur téléphone portable.

« Le nom unique donné à chacun d'eux en sécurise l'accès. Il fallait un nom facile à dicter pour le personnel soignant et facile à entendre par son interlocuteur, quelle que soit la qualité de la liaison téléphonique. J'ai opté pour une combinaison de trois mots pris au hasard dans trois longues listes. Un système simple mais sûr au regard du nombre de combinaisons possibles. Et chaque nom de salon, permettant de se connecter au serveur que je mets à disposition, est à usage unique. »

Tous les échanges sont en outre chiffrés : de la tablette du patient au serveur et du serveur à l'interlocuteur. « Il n'y a donc aucune possibilité d'accéder à un flux dont on n'est pas destinataire. »

À la maternité, l'initiative a conquis les patients comme les personnels soignants. « Le jour même de l'installation, à peine avions-nous fini de faire le tour des services, qu'une visio était déjà en cours en néonat. Les gens apprécient. J'ai de bons retours, notamment de la salle d'accouchement, où travaille mon épouse », conclut l'officier.

Ainsi, ce qui pour le capitaine n'a été qu'un jeu d'enfant a permis à de nombreuses familles de garder un contact précieux dans des moments importants de leur vie, qu'ils soient heureux ou difficiles, faisant fi de la COVID qui les séparait.