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Savoie : gendarmes et pharmaciens s'associent contre les violences intra-familiales

Auteur : le commandant Céline Morin - publié le
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Début novembre, les gendarmes des vingt-sept brigades savoyardes ont distribué 50 000 sachets portant les messages de prévention, dans quelque 130 pharmacies, et ce, en zone gendarmerie comme en zone police.
© GGD 73

Début novembre, quelques jours seulement après l'entrée en vigueur du second confinement, le groupement de gendarmerie départementale de la Savoie a lancé une opération de prévention d'envergure à destination des victimes de violences intra-familiales et des seniors. Avec le soutien financier des Amis de la gendarmerie et l'appui des pharmaciens du département, 50 000 sachets portant les numéros d'appel d'urgence et des conseils ont été distribués dans les officines... avant de pouvoir pénétrer au cœur des foyers.

Pour le colonel Guillaume Chantereau, commandant le Groupement de gendarmerie départementale (GGD) de la Savoie, le constat est criant. « Depuis environ cinq ans, nous enregistrons une augmentation régulière des Violences intra-familiales (VIF) dans le département. Ce que nous constatons en zone gendarmerie est aussi vrai en zone police. Alors est-ce une augmentation effective ou le signe que la parole des victimes se libère davantage ? Il nous est difficile d'y répondre. »

Si les deux confinements ne semblent pas avoir entraîné de hausse significative de ces faits, l'officier tempère toutefois en pointant du doigt la difficulté de les mesurer pendant ces périodes là.

Cette problématique prégnante, érigée en priorité nationale par le ministère de l'Intérieur, le groupement de la Savoie la prend également à bras le corps à son niveau.

Diffuser des messages de prévention au cœur des foyers

Parmi les différents dispositifs qu'il met en place à cet effet, la dernière initiative en date porte sur la prévention, à travers une vaste campagne de diffusion des numéros d'urgence et de conseils à destination des victimes de VIF, mais aussi des seniors, autre population vulnérable.

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Pour ce faire, le colonel Chantereau s'est inspiré d'une initiative développée par le GGD des Vosges, et reprise depuis par d'autres groupements, à savoir l'utilisation de sachets d'emballage courants pour apporter au cœur des foyers des messages de sensibilisation sur différentes thématiques (VIF, cybercriminalité, cambriolages, addictions...).

« L'idée d'utiliser ces supports du quotidien, comme les fourreaux à baguettes de pain, afin d'alerter le plus grand nombre, m'a séduit. Ce sont des supports que l'on garde un certain temps chez soi, sous les yeux. Je me suis alors demandé sur quels réseaux s'appuyer en dehors des boulangers. Les pharmaciens me sont apparus comme une évidence, considérant la relation privilégiée qu'ils entretiennent avec leur patientèle, leur connaissance intime de la population et leur réseau d'officines extrêmement développé, un peu comme notre maillage territorial. »

Les pharmacies, acteurs de la prévention

Lors du premier confinement, le ministère de l'Intérieur s'est d'ailleurs rapproché de l’ordre national des pharmaciens pour mettre en place un dispositif d’alerte au sein des officines, faisant d'elles des lieux où la parole des victimes peut se libérer, et de fait l'un des pivots de la prévention en matière de VIF.

Dans la continuité, le colonel Chantereau se lance dans la concrétisation de son projet, en prenant attache avec l'ordre régional des pharmaciens et les syndicats de la profession : « L'idée de cette démarche était de valoriser ce partenariat national ainsi que l'engagement des pharmaciens, et de conjuguer nos maillages territoriaux respectifs pour entrer en contact avec toutes les victimes de violences, quelles qu'elles soient, mais aussi les seniors, souvent cibles d'escrocs et de voleurs. Avec ce projet, nous faisons des officines un relais des acteurs de la prévention, avec des vecteurs de communication qui vont pénétrer au cœur des foyers. C'est aussi pour cela que les les pharmaciens y ont été sensibles. »

Soutien des amis de la gendarmerie de Savoie

Une fois l'accord des parties prenantes acquis, un autre volet, et non des moindres, attend l'officier : trouver le financement. Et c'est grâce au soutien des Amis de la gendarmerie de la Savoie que le projet peut prendre son envol au cours de l'été. L'association finance en effet la production de 50 000 sachets.

Une société de communication et d'impression locale, plus précisément située à Aix-les-Bains, est alors contactée pour la mise en production. Le dirigeant apporte lui aussi sa pierre à l'édifice en fournissant gratuitement 15 000 sachets de pain à la gendarmerie et en mettant le « kit technique » à la disposition de tous les groupements de France.

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Ces sachets supplémentaires seront utilisés après le second confinement, cette fois dans les boulangeries, sur la thématique des cambriolages, en ciblant les communes de la zone gendarmerie les plus touchées par le phénomène.

Opération « sans frontière »

L'opération est officiellement lancée à la Motte-Servolex, dans l'agglomération de Chambéry, début novembre, hasard du calendrier, quelques jours après le reconfinement, en présence des autorités administratives et judiciaires du département.

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Au même moment, dans chacune des vingt-sept brigades savoyardes, les gendarmes distribuent les sachets dans quelque 130 pharmacies, et ce, en zone gendarmerie comme en zone police, à l'instar d'Annecy, Aix-les-Bains et Albertville. Car pour le commandant de groupement : « la prévention transcende la logique de zones de compétence. On doit aborder cette problématique de façon globale, en dépassant les frontières administratives. Notre objectif est avant tout de permettre la libération de la parole des victimes, où qu'elles se trouvent. »

Numéros d'urgence et conseils

Pour ce faire, les sachets mettent non seulement en avant, sur le verso, les numéros nationaux, tels que le 112, le 17 et le 3919, mais aussi les coordonnées de toutes les associations locales d'aide aux victimes, référencées par le Département et l'autorité judiciaire. « Les messages de prévention sont là pour donner des indications aux victimes qui hésiteraient à se confier », insiste le colonel.

S'agissant toujours des personnes vulnérables, le recto du sachet s'adresse cette fois aux seniors, pouvant être victimes de violences ou d'escroqueries, indiquant là encore les numéros d'urgence, ceux des associations, ainsi que quelques conseils.

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« Une institution qui protège »

« Je suis conscient que c'est une goutte d'eau dans l'océan de tout ce qu'il reste à faire. Cela reste une initiative de prévention parmi d'autres, et ce au crédit de la gendarmerie comme des autres acteurs, car nous n'avons pas le monopole dans ce domaine, conclut le colonel Chantereau, pour qui cette opération, « qui a un bon retour », permet aussi de mettre en lumière un autre visage de l'Institution. « La gendarmerie est avant tout une institution qui protège. Cette période voit davantage l'aspect répressif de nos missions, notamment dans le cadre du contrôle du respect des mesures sanitaires, d'autant que notre département fait partie des plus touchés par le virus. Mais aussi l'aspect offensif, mis en avant dans la lutte contre la menace terroriste ou contre l'immigration irrégulière en zone frontalière. S'engager dans une telle action de prévention permet de montrer une autre facette de notre métier et de notre engagement auprès de la population. »

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