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2001-2014 : l’engagement de la gendarmerie en Afghanistan

Auteur : Capitaine Marine Rabasté - publié le
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© F. Balsamo - DICOM

Seulement quelques mois après l’annonce de l’engagement des forces françaises, les gendarmes foulaient le sol afghan, pour ne le quitter que treize ans plus tard. Durant ces années, les forces déployées par l’Institution ont été multiples et les missions diverses. À l’occasion des 12 ans de la création des POMLT, retour sur ces années d’engagement.

11 septembre 2001. La France entière est devant son poste de télévision : les tours du World Trade Center, à New York, viennent de tomber, percutées par deux avions. À peine un mois plus tard, le 7 octobre 2001, le gouvernement américain engage des opérations militaires en Afghanistan, afin de renverser le régime des Talibans, accusé d’avoir refusé de livrer le chef d’Al-Qaïda. Le même jour, la France annonce sa participation aux côtés des États-Unis. La mission ? Sécuriser la zone afin de permettre à l’État afghan de se reconstruire.

Les premiers militaires fouleront le sol afghan en décembre 2001. En treize ans, 70 000 d’entre eux ont été déployés, dont 1 300 gendarmes. Qu’il s’agisse du Groupe d’intervention de la gendarmerie nationale (GIGN), des gendarmeries spécialisées, des gendarmeries départementales et mobiles ou encore des corps militaires de soutien, toutes les composantes de l’Institution ont été concernées par l’engagement en Afghanistan, en unité constituée ou sur engagement individuel.

Un engagement progressif

Au départ présents en petit nombre, les gendarmes avaient essentiellement pour mission d’assurer le rôle de prévôts auprès des forces de l’armée française déployées sur ce théâtre de guerre. À Kaboul et Nijrab, les deux détachements prévôtaux assuraient alors les actes de police judiciaire au profit des armées et avaient la charge des procédures contentieuses entre les militaires français et les civils afghans. Parallèlement, ils participaient également aux patrouilles avec les militaires pour la protection de la force, à l’extérieur du camp, ce qui leur permettait alors de prendre contact avec la population et d’affirmer leur présence aux abords du camp pour éviter que les insurgés n'occupent le terrain et ne soient une menace pour l’emprise militaire. Jusqu’en février 2005, était également présent sur le sol afghan un détachement du GIGN, chargé d’assurer la protection du représentant spécial des Nations Unis.

Les choses se sont accélérées en 2007, lorsque la Force internationale d’assistance à la sécurité (FIAS ou ISAF en anglais – mission OTAN) en Afghanistan définit une stratégie de sortie fondée sur une « Afghanistan de la sécurité ». L’objectif à long terme n’étant pas d’installer durablement les forces françaises dans le pays, il apparaissait nécessaire de permettre aux Afghans de pouvoir assurer leur propre sécurité. La formation et l’entraînement sont alors devenus des missions prioritaires de l’action française pour assurer la stabilisation du pays. Force armée et force de sécurité intérieure, l’implication de la gendarmerie était incontournable.

En avril 2009, lors du sommet de l’OTAN à Strasbourg, le président de la République, Nicolas Sarkozy, entérinait alors le déploiement de 150 gendarmes français pour « contribuer à former une police afghane compétente, autonome et professionnelle », un renfort dont le président américain, Barack Obama, espérait la présence quelques jours auparavant.

Un engagement diversifié

La projection d’une telle force présentait alors deux facettes. D’une part, celle de la formation pure, l’enjeu n’étant pas tant basé sur la mission elle-même, mais plutôt sur sa conduite sur un terrain aussi instable que l’Afghanistan. D’autre part, celle du « mentoring », consistant à faire progresser les forces de police afghanes vers plus d’éthique et de professionnalisme, par un accompagnement et un tutorat sur le terrain, au contact.

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Dès le deuxième semestre 2009, des Police Operational Mentoring and Liaison Team ( POMLT), armées par des escadrons de gendarmerie mobile, sont alors déployées dans les bases françaises de Nijrab, Tagab et Tora. Les forces de gendarmerie en Afghanistan, déployées par mandat de six mois, atteignent alors plus de 200 militaires.

Au fil des années, les missions des gendarmes français se sont multipliées. Des techniciens en identification criminelle ont été projetés pour réaliser les constatations sur les lieux d’attentats ou lors de découvertes d’engins explosifs improvisés (WIT). Six gendarmes ont intégré la mission EUPOL, dont l’objectif était de participer à la réorganisation du ministère de l’Intérieur afghan et à la reconstruction de la police afghane en uniforme (Afghan Uniform Police). Quant au GIGN, il n’a cessé de déployer ses forces en Afghanistan durant ces 13 années, à l’occasion de missions multiples, telles que les reconnaissances et la réalisation de coups de main au cœur des zones rebelles, contribuant ainsi à sécuriser les actions menées par les troupes internationales, ou encore la sécurisation du centre de formation de la police nationale afghane dans la province du Wardak, cible quotidienne de tirs de roquette.

Un engagement marquant

S’engager en Afghanistan est une expérience marquante. Partir dans un pays où la guerre faire rage, c’est prendre le risque de ne jamais revenir. Au cours de ces treize années, la gendarmerie n’a heureusement pas eu à déplorer de décès dans ses rangs, à la différence des armées qui ont payé un lourd tribut.

Néanmoins, les gendarmes étaient tout autant exposés aux risques. En témoignent les attaques dont ils ont pu être victimes, notamment par engins explosifs (IED) ou les engagements par le feu. Le 23 août 2011, le convoi reliant Kaboul à l’Afghan National Police Training Center (ANPTC), dans lequel circulait notamment le colonel commandant les forces de gendarmerie en Afghanistan, est attaqué par un IED, détruisant un véhicule et blessant les gendarmes mobiles présents. « À deux kilomètres de l’ANPTC, où nous étions employés en tant que peloton de protection, les militaires afghans nous préviennent de faire attention. À peine quelques secondes après, un IED explose juste devant le véhicule. Il s’agissait d’une bombe artisanale qui nous était destinée. Là-bas, les attaques sont quotidiennes. Un mois auparavant, par exemple, un véhicule « Suicide bomber » avait explosé près de la FOB américaine », explique l’adjudant Fabian, affecté à l’EGM 26/2 de Bouliac, qui se trouvait dans le VAB (Véhicule de l'avant blindé). Blessé à la suite de l’explosion de ce dernier, il avait alors été rapatrié avec d’autres camarades blessés dans cette attaque.

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À leur départ de France, les gendarmes sont conscients des risques qu’ils encourent, la formation qu’ils suivent en amont les préparant aux conditions hors normes d’exécution de la mission. Même s’ils ne sont pas destinés à mener des missions d’engagement au combat comme leurs camarades de l’armée de Terre, tous ont suivi un entraînement et un aguerrissement leur donnant la capacité de faire face à tout, tout spécialement à une prise à partie par des insurgés au cours de leur mission. Secourisme, tir, actes réflexes du combattant et automatismes de riposte jusqu’à la gestion d’un appui-feu aérien… Tout cela était essentiel pour assurer la sécurité des militaires de la gendarmerie.

De même qu’il fallait préparer la mission, il fallait également préparer « l’après ». Vivre dans un pays en guerre pendant plusieurs mois laisse des traces, dans un contexte de risque constant et d’engagement sous le feu. À l’issue, les gendarmes devaient se réhabituer à vivre « normalement », et pour cela, une escale par Chypre était imposée, avant le retour en France. Un véritable sas de décompression imposé à tous les militaires français.

Dix ans d’engagement en Afghanistan ont permis de confronter les gendarmes au cœur même de leur raison d’être et de leur statut. Aucun n’oublie ce qu’il y a vécu. Beaucoup en portent fièrement le souvenir sur leur poitrine, certains l’ont imprimé dans leur chair ou dans leur esprit.