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Avec les armées, la gendarmerie s’entraîne à des engagements de haute intensité

Auteur : Pablo Agnan - publié le
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© SIRPA - GAV. M-A. Saillet

Une centaine de gendarmes de la compagnie de Remiremont, dans les Vosges, ont participé à un entraînement interarmées, avec leurs camarades du Régiment de marche du Tchad (RMT). Baptisé Belzébuth, cet exercice, qui s’est déroulé du 18 au 21 octobre, avait pour but de tester les capacités opérationnelles des militaires à un engagement dit de « haute intensité ».

Avec le déclenchement de l’opération Sentinelle en 2015, il est apparu nécessaire, aux yeux de l’armée de Terre (AdT) et de la gendarmerie nationale, de mener des actions conjointes. Ce rapprochement avait donné lieu à la signature d’un premier accord de coopération en mai 2018. D’une durée de trois ans, cette convention a été reconduite fin août dernier par les majors généraux des deux institutions, le général de corps d’armée Bruno Jockers pour la gendarmerie et le général de corps d’armée Hervé Gomart pour l’armée de Terre.

Développer les synergies tactiques

L’objet de cette nouvelle union « gagnante-gagnante » vise à « renforcer et à élargir la coopération institutionnelle dans quatre domaines », à savoir les ressources humaines, les partenariats, l’interopérabilité et la préparation opérationnelle. Concernant ce dernier point, il est notamment question pour l’AdT de fournir un « appui à l’instruction des Pelotons de surveillance et d’intervention de la gendarmerie (PSIG). » Ainsi, fin septembre, les gendarmes des PSIG affiliés au groupement de gendarmerie départementale de l’Ain ont, pendant deux jours, suivi une formation tactique dispensée par des instructeurs appartenant au 68e régiment d’artillerie d’Afrique.

En ce qui concerne le domaine de l’interopérabilité, dont l’objectif est ici de favoriser une synergie sur les plans stratégiques, opératifs et tactiques, l’armée de Terre et la gendarmerie misent sur la réalisation de manœuvres conjointes, de grande ampleur comme locales. C’est en ce sens qu’a été mis en place l’exercice Belzébuth. Du 18 au 21 octobre, les gendarmes de la compagnie de Remiremont, dans les Vosges, ont ainsi participé à cet entraînement interarmes, aux côtés de leurs camarades du Régiment de marche du Tchad (RMT).

S’initier à la « haute intensité »

Au total, Belzébuth a rassemblé environ 90 gendarmes, sur un total de 200 militaires ; la centaine issue du RMT jouant le rôle de « l’ennemi », et non pas de « l’adversaire », terme que préfèrent employer habituellement les gendarmes pour désigner leurs antagonistes. « Nous nous trouvons ici sur le haut du spectre de l’engagement, précise d’ailleurs le chef d’escadron Philippe Mouly, commandant de la compagnie de gendarmerie départementale de Remiremont. Un engagement dit de "haute intensité" pour les militaires de l’armée de Terre », c’est-à-dire contre un adversaire aux capacités comparables.

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L’adversaire, ou plutôt l’ennemi des gendarmes donc, ce sont en l’occurrence les militaires du RMT. Ces derniers jouent le rôle de troupes d’un pays imaginaire voisin, baptisé « Titane », dont l’un des hélicoptères a été abattu par l’armée française dans les Vosges. La mission des soldats de « Titane » est de retrouver la carcasse de l’aéronef, afin de récupérer des documents ainsi que du matériel.

« Un tel dispositif pourrait, à titre d’exemple, être déployé si nous devions, un jour, rechercher une bande de malfaiteurs armés. »

« Il y a peu de chances de vivre un jour ce type de situation ici », sourit le chef d’escadron Mouly. Néanmoins, l’officier y voit d’un bon œil le moyen pour ses personnels de s’exercer à une mission qu’il a lui-même effectuée il y a quelques mois. « Lorsque j’étais commandant d’escadron de gendarmerie mobile, j’ai participé à la traque de l’auteur présumé du double homicide dans les Cévennes. » L’opération avait alors mobilisé près de 500 gendarmes, ainsi que des moyens cynophiles et héliportés. « Un tel dispositif pourrait, à titre d’exemple, être déployé si nous devions, un jour, rechercher une bande de malfaiteurs armés. » Pour l’officier, ce type d’exercice constitue une occasion rêvée pour « tester nos capacités de montée en puissance, de coordination et de conduite des opérations sur un engagement qui, en l’occurrence, pourrait tout à fait avoir lieu dans les Vosges. »

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Sur Belzébuth, la configuration du dispositif est peu ou prou similaire, même si les moyens humains et matériels ne sont pas aussi imposants qu’en mai dernier, dans la région PACA. Ainsi, sont engagées différentes unités aux fonctions variées, dont des gendarmes départementaux du Groupement des Vosges (GGD88) pour renseigner, surveiller et contrôler la zone. En plus de l'appui du CSAG d'Epinal, un hélicoptère EC135 du détachement aérien de la gendarmerie de Colmar est également mobilisé pour l’occasion, dans le but de localiser l’ennemi et d’orienter les équipes au sol.

Sur terre, justement, l'EDSR des Vosges, les brigades territoriales et la brigade de recherches de la compagnie, les PSIG d’Épinal, de Remiremont, de Neufchâteau et de Saint-Dié-des-Vosges, ainsi que le peloton d’intervention de l’escadron de gendarmerie mobile 25/7 de Saint-Étienne-lès-Remiremont et l’équipe cynophile du PSIG de Creutzwald (57) ont pour mission de renseigner, de fixer l’ennemi et de ralentir sa progression vers sa zone d’exfiltration.

Objectif Orion 2023

Pour les PSIG du groupement de gendarmerie des Vosges, « il s’agit de mettre en œuvre leurs savoir-faire et les moyens de la gendarmerie pour progresser en milieu hostile », insiste l’officier, avant d’ajouter : « Et de mettre en place une première instruction avec leurs camarades de l’armée de Terre, dans le cadre de leur professionnalisation. » Une coopération jugée « particulièrement fertile en matière d’échanges et de retours d’expérience. »

Belzébuth constitue ainsi le point de départ, sur le plan tactique, d’une coopération d’envergure entre les deux institutions. Le protocole d’accord prévoit la mise sur pied d’autres exercices, conduits entre les groupements de gendarmerie et les régiments.

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Le point d’orgue de cette association devrait être la participation de la gendarmerie à l’exercice Orion, en 2023. Lors de sa dernière audition devant le Sénat, en qualité de chef d’état-major des Armées (CEMA), le général François Lecointre avait précisé qu’Orion serait un exercice « multi-milieux, interarmées, interalliés, de niveau divisionnaire, et qui impliquera entre 17 000 et 20 000 hommes et 500 véhicules, deux porte-hélicoptères amphibies, le porte-avions Charles-de-Gaulle et 40 aéronefs. » Du jamais vu depuis la fin de la guerre froide !

D’autres coopérations, notamment sur le volet stratégique, sont déjà effectives. C’est le cas de celle menée entre la gendarmerie prévôtale et la Direction du renseignement militaire (DRM).

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