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Harcèlement en milieu scolaire : les gendarmes de l'Essonne en appui des établissements

Auteur : Pablo Agnan - publié le
Temps de lecture: ≃5 min.
Photo d'illustration
© GENDARMERIE/SIRPA/F.GARCIA

Journée nationale de lutte contre le harcèlement scolaire, ce 7 novembre est l’occasion de mettre en lumière l’action des gendarmes de la Maison de prévention et de protection des familles (MPPF) de l’Essonne. Toute l'année, ils écument les collèges du département, non pas pour mener des enquêtes directement dans les classes, mais plutôt pour sensibiliser les élèves sur ce sujet.

2 716. Il s’agit du nombre de signalements effectués auprès des référents « harcèlement académique », dans le milieu scolaire en 2019. Cette même année, le numéro vert, 3020, affilié au site Non au harcèlement, a enregistré 77 742 sollicitations, selon le ministère de l’Éducation nationale.

Si du côté de l’hôtel de Rochechouart, des contre-mesures de lutte contre le harcèlement en milieu scolaire sont déjà en place, d’autres institutions viennent se greffer à ce combat. C’est notamment le cas de la gendarmerie. Chaque semaine, partout en France, des militaires interviennent dans les collèges et les lycées, pour sensibiliser les élèves sur ce sujet.

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Dans l’Essonne, ce sont les classes de cinquième qui sont initiées à cette thématique. L’objectif de cette initiative, à raison d’une heure par classe, n’est pas de faire peur aux élèves, comme le confirme le maréchal des logis-chef Richard : « On n’est pas là pour leur dire : le harcèlement scolaire est puni, au minimum, de six mois de prison et d’une amende de 7 500 euros et puis de s’en aller ! »

Spécialiste de la prévention et de la protection des personnes vulnérables, le sous-officier effectue là l’une des missions allouées à la Maison de prévention et de protection des familles (MPPF)* de l’Essonne : la prévention justement. Chaque semaine, il écume les établissements scolaires pour permettre aux élèves de mettre des mots sur des actes violents, parfois banalisés par les enfants.

« Fais pas ça »

Pour leur permettre de bien comprendre cette notion complexe que peut être le harcèlement (pour un enfant de 12/13 ans), la séance de prévention commence par la diffusion d’un court-métrage. Baptisé « Fais passer », il raconte, en cinq minutes, l’engrenage pernicieux dans lequel tombe toute une classe, pour martyriser l’un de leurs camarades.

Au lever de rideau, le maréchal des logis-chef Richard ne va pas se contenter de réciter son texte. Au contraire, il préfère interroger son auditoire : « Qu’est-ce que le harcèlement ? Qu’est-ce que la violence ? », demande-t-il aux élèves. Par ces questions, l'objectif du gendarme est de les pousser à disséquer eux-mêmes le concept de harcèlement, en commençant par le plus évident, la violence physique.

« Vous préférez vous prendre une gifle ou que votre mère se fasse insulter ? »

Elle constitue la forme de harcèlement la plus manifeste. « Parce qu'elle fait mal », renchérit l'un des élèves. Mais le harcèlement ne se limite pas à la brutalité corporelle. Pour leur faire deviner quelles sont les autres formes de harcèlement, le maréchal des logis-chef Richard a une méthode bien à lui : « Vous préférez vous prendre une gifle ou que votre mère se fasse insulter ? »

La question soulève évidemment un vif débat dans la salle de classe. Mais elle a le mérite de créer un déclic chez les pré-ados : « Ils commencent à comprendre que des mots peuvent faire aussi mal que des coups, si ce n'est plus. » D'autres insistent qu'ils « ne pensent pas ce qu'ils disent, que c'est seulement pour rigoler. » À cela, le sous-officier répond du tac au tac : « Pourquoi vous le dites si vous ne pensez pas ? » Silence dans les rangs.

En parler

Une fois les différentes notions bien comprises, le maréchal des logis-chef Richard ne va pas laisser les élèves plantés là, à méditer sur les situations qu'ils ont, peut-être, déjà pu rencontrer. Non. Le but sous-jacent de cette intervention est bien de donner aux élèves des clés pour se sortir d'une situation où ils seraient eux-mêmes victimes de harcèlement.

Et finalement, cette clé tient sur un seul trousseau. Lorsque la question est soulevée par le gendarme, elle fait l'objet de quelques remarques, type loi du talion. En clair, « je rends les coups. » Mais comme le faisait très justement remarquer Michel Audiard, « quand les types de 130 kg disent certaines choses, les types de 60 kg les écoutent. » Le ou la harceleur(se), sans tomber dans les clichés, éprouve un fort besoin de domination et cherche à apparaître comme un « dur » aux yeux des autres. Ou bien, comme c'est également le cas dans le court-métrage, le harcèlement scolaire est parfois le fait d'un groupe d'élèves. Difficile donc, quel que soit le cas de figure, de se faire justice soi-même. 

Dans tous les cas, la seule solution pour se défendre, selon le maréchal des logis-chef Richard, est « d'en parler. Cela permet de faire peur à l'auteur des violences, qui craindra les conséquences de ses actes, car il sera puni. »

La prévention effectuée en milieu scolaire par les gendarmes de la MPPF de l'Essonne ne s'arrête pas au harcèlement. Ils abordent toutes les thématiques liées aux violences, qu'elles soient intra-familiales ou autres. Ces sessions s'adressent aussi bien aux enfants et aux adolescents, qu’à un public vulnérable, comme les personnes âgées et handicapées.

Dans l'Essonne, comme dans d'autres départements, la mission de prévention ne constitue pas la seule activité des Maisons de protection des familles (MPF). Spécialisés dans les violences intra-familiales, leurs personnels fournissent également un appui judiciaire dans ce type d'affaire, aux enquêteurs de la gendarmerie.

À noter : Le nom officiel donné par la direction générale de la gendarmerie nationale est MPF, pour Maison de Protection des Familles. Mais chaque groupement peut choisir entre MPF, Maison de Confiance et de Protection des Familles (MCPF) ou MPPF, sigle retenu par le groupement de l’Essonne.