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Le Tour de France sous la protection des anges bleus de la garde républicaine

Auteur : la capitaine Sophie Bernard - publié le
Temps de lecture: ≃4 min.
Étape du Mont Ventoux.
© Sirpa Gend - GND F. Garcia

Depuis 1953, l’escadron motocycliste de la Garde républicaine (G.R.) assure chaque année la sécurité des coureurs, de la caravane publicitaire et des véhicules suiveurs sur l’ensemble du parcours de la Grande Boucle. En route pour découvrir cette mission hors norme !

Si le Tour de France est aujourd'hui le troisième événement sportif le plus suivi au monde derrière les Jeux Olympiques et la coupe du Monde FIFA, il génère de nombreux défis, notamment en termes de sécurité routière, avec encore plus de 3 414 kilomètres parcourus cette année. Parmi les 14 000 personnels déployés par la gendarmerie, une unité demeure cruciale dans le dispositif de sécurisation : les motocyclistes de la Garde républicaine (G.R.), surnommés « les anges bleus » du Tour.

À chacun sa mission

Après avoir briefé ses personnels le matin à l’hôtel et assisté à la réunion de sécurité avant l’étape, le capitaine Jean-François Prunet, commandant l’escadron motocycliste de la G.R., leur livre un dernier message à la radio avant le grand départ : « Ça va rouler, soyez vigilants dans vos rétroviseurs et restez prudents. Merci à tous ! » Sur ses 71 personnels, 46 sont actuellement employés sur la sécurisation du Tour, dont les mécaniciens, les logisticiens, les personnels détachés au centre de coordination et les 33 motocyclistes.

Ces derniers sont répartis entre l’échelon de la caravane publicitaire (11) et celui de la course (22), avec, à chaque fois, des missions bien spécifiques : assurer la régulation des flux, gérer les véhicules hors gabarit, effectuer des contrôles de prévention sur l’itinéraire (alcool, stupéfiants, vitesse), encadrer la course à l’avant et à l’arrière, ou encore signaler les dangers par un drapeau jaune.

Des motocyclistes des Escadrons départementaux de sécurité routière (EDSR) locaux complètent le dispositif, à la fois en amont pour préparer l’axe et en aval pour gérer les évacuations sanitaires. Si chacune de ces fonctions comporte son lot de stress, toutes demeurent indispensables au bon déroulement de la course.

En tête de la course

Placés dans la voiture pilote en tête de la course, le capitaine et son chauffeur doivent à chaque étape adapter leur vitesse en fonction de celle des coureurs, pour « ne se prendre personne dans le coffre et gérer tout le monde afin qu’ils avancent au rythme qu’il faut. »

Au-delà des messages de prévention diffusés en amont par la caravane gendarmerie et le véhicule info-course d’ASO, la voiture pilote est également équipée d’une sirène sympathique, qui « permet de ne pas faire peur comme un deux-tons, mais de capter l’attention des spectateurs et surtout des enfants » avant le passage des cyclistes.

Le binôme en profite également pour repérer les lieux qui pourraient encore s’avérer dangereux malgré la signalétique, et passer le message sur les différents canaux radio. « Les plus sensibles demeurent les cols, les descentes et les traversées d’agglomérations. »

À leurs côtés, les motocyclistes de la « course avant » vont gérer tout ce qui se passe en amont des coureurs. Au-delà des deux têtes de course placées au niveau des premiers coureurs, d’autres vont décrocher en cas d’échappée (coureurs espacés avec un écart de temps), tandis que les drapeaux jaunes vont aller se positionner sur les points sensibles (pont avec un passage étroit, descente en courbe sans barrièrage, etc.). Cela demande un vrai esprit de cohésion, car « ceux en arrière n’ont d’autres choix que de faire confiance à la tête », remarque le capitaine. « En côte, l’espace se réduit, mais en descente, il faut prendre l’écart nécessaire, avoir les bons réflexes et ne pas perdre le contact visuel. C’est dangereux pour tout le monde, mais on se connaît bien, un simple regard dans le rétroviseur et on se comprend », ajoute l’adjudant-chef Valéry, responsable de la course avant.

© MAJ. F. Balsamo (photo d'archives 2018)

Attention, drapeau jaune !

Tous les motocyclistes ne sont pas « drapeau jaune », cette fonction nécessitant des aptitudes et une technicité spécifiques. En effet, bien que certains dangers soient repérés en amont par ASO, le placement d’un drapeau jaune est laissé à la libre appréciation des anges bleus.

« En fonction de notre appréhension du danger, nous allons placer un drapeau jaune équipé d’un sifflet permettant un avertissement visuel et sonore », explique le chef Sylvain, qui chapeaute ce groupe. Si le Tour est un événement international, le drapeau jaune a l’avantage d’être compris de tous. « Si vous regardez bien, sa forme triangulaire en fait une flèche et permet de le transformer en langage universel en adoptant une certaine gestuelle. »

En outre, les motocyclistes ont l’habitude de travailler avec les coureurs, sécurisant d’autres courses importantes tout au long de l’année. « Il existe une vraie symbiose entre nous. Nous sommes leurs yeux en amont de la progression. Les premiers coureurs vont pouvoir ensuite indiquer le danger par des gestes aux autres du peloton. »

Après avoir averti à l’aide du drapeau jaune, les motocyclistes doivent remonter en amont pour prévenir d’autres dangers. « Parfois cela agace les cyclistes, car on est obligé de traverser le peloton. » Mais à l’issue des étapes, le constat reste unanime « ils viennent régulièrement nous voir et nous remercient ! »

© Sirpa Gend - GND F. Garcia