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Luis et Brian, deux jeunes Amérindiens réservistes pour renforcer les gendarmes de Guyane

Auteur : Sophie Bernard - publié le
Temps de lecture: ≃4 min.

Si les gendarmes de Guyane doivent faire face à un environnement plutôt hostile et une délinquance bien spécifique, ils peuvent compter depuis peu sur Luis et Brian, deux jeunes Amérindiens recrutés dans le cadre de la « Réserve opérationnelle amazonienne » (ROA), pour les appuyer dans le cadre de leurs missions en forêt.

Voici plus d’un mois que Luis, 23 ans, et Brian, 24 ans, arpentent cette jungle amazonienne dont ils connaissent tous les secrets, pour accompagner les gendarmes dans leurs missions en tant que réservistes opérationnels.

Un échange de bons procédés

Cette idée de recruter des réservistes amérindiens ne date pas d’hier et s’inscrit pleinement dans une logique d’échange avec les populations locales. D’un côté, appuyée par les forces armées, la gendarmerie de Guyane doit lutter contre des réseaux structurés de criminalité organisée œuvrant au beau milieu de la forêt tropicale (orpaillage illégal, trafic de stupéfiants, etc). Malgré leur aguerrissement à travers de nombreux stages, les militaires rencontrent encore souvent des difficultés pour s’orienter dans la jungle et rester bien renseignés sur ces phénomènes de délinquance. De l’autre, les jeunes Amérindiens cherchent des débouchés professionnels, tout en espérant ne pas quitter la terre de leurs ancêtres et participer à sa sauvegarde (lutte contre la pollution des eaux, contre la déforestation, etc.). D’autant que le chômage, l’isolement et le tiraillement entre tradition et modernité génèrent des conséquences dramatiques. Ainsi, d’après un rapport de Santé publique France, le taux de suicide chez ces jeunes issus des communautés autochtones serait jusqu’à huit fois supérieur à celui observé en métropole (jusqu’à 137 suicides pour 100 000 habitants contre 16 en moyenne dans l’Hexagone, sur une année).

© Gendarmerie nationale

Une formation complète

Pour répondre à cette double problématique, la gendarmerie a souhaité créer une « Réserve opérationnelle amazonienne » (ROA). Si le projet est né en 2018, il n’a pu voir le jour qu’en 2020, faute de budget l’année précédente. À travers la presse, mais aussi grâce au Régiment du service militaire adapté (NDLR : le RSMA offre des formations aux jeunes en situation d’échec scolaire), une vaste campagne de recrutement a été lancée. Plusieurs volontaires ne répondaient malheureusement pas aux conditions médicales d’entrée dans la réserve et à la nécessité d’avoir un casier judiciaire vierge, mais par chance, Luis et Brian n’avaient pas ce problème. Une fois leurs dossiers déposés, ils ont quitté pour la première fois leurs villages respectifs d’Elahé et Kayodé, situés dans le Haut Maroni, près de Maripasoula, pour rejoindre la ville de Cayenne. Un vrai choc des cultures, néanmoins nécessaire pour suivre la formation de six mois dispensée au sein du RSMA, avant d’enchaîner avec deux semaines de Préparation militaire gendarmerie (PMG).

Une fois intégrées les missions élémentaires du gendarme, les deux jeunes recrues ont participé à quatre jours intensifs de formation plus spécifique, consacrée au secourisme et à la survie en forêt. Installation d’un carbet bâche, saut de pirogue et parcours de cohésion, une épreuve pour certains, qui s’est révélée être un véritable jeu d’enfant pour Luis et Brian !

Des missions spécifiques

Officiellement réservistes depuis mi-décembre 2020, les deux jeunes hommes ont regagné leurs villages et sont dorénavant sollicités presque quotidiennement pour effectuer des renforts dans le cadre de quatre missions bien précises : en tant que piroguier, pour piloter la pirogue ou l’orienter en se plaçant à l’avant de l’embarcation ; comme pisteur, pour guider une progression en forêt et renseigner en fonction des traces laissées ; comme conseiller prévention, pour sensibiliser les populations locales sur certains sujets de sécurité et faciliter le dialogue grâce à la maîtrise des dialectes ; comme physionomiste sur les postes de contrôle fluviaux, pour opérer le filtrage des personnes traversant en pirogue et repérer d’éventuels trafiquants.

Eux qui rêvaient de pouvoir rester dans leurs villages, tout en trouvant un travail, cet emploi pratiquement à temps plein les satisfait grandement. Si Brian a réussi à décrocher un CAP de tourisme pour devenir guide, Luis était de son côté en situation d’échec scolaire. Aujourd'hui, tous les deux sont fiers d’avoir trouvé une situation stable et d’œuvrer aux côtés des militaires pour protéger cet environnement unique. Il semblerait même qu’ils s’interrogent sur l’éventualité de devenir gendarmes ! En attendant, ils constituent un exemple de débouché pour les jeunes générations amérindiennes ; la ROA ayant vocation à s’étendre avec le recrutement de 5 à 10 réservistes par an dans le cadre des PMG à venir.

© Gendarmerie nationale