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Une référente nationale « violences intra-familiales » pour la gendarmerie

Auteur : Capitaine Marine Rabasté - publié le
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© SIRPA - Gend. F.Garcia

Depuis le 1er septembre 2021, le lieutenant-colonel Dorothée Cloître exerce les fonctions de référente nationale « violences intra-familiales » au sein de la gendarmerie nationale. Portrait.

Érigée en grande cause nationale par le président de la République, la lutte contre les Violences intra-familiales (VIF) est au cœur de la politique suivie par le ministère de l’Intérieur. Bien que légèrement en baisse, le nombre de féminicides (102 en 2020) continue en effet d’alerter les autorités. Après de nouveaux drames ayant particulièrement choqué l’opinion publique, le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, a poursuivi le renforcement des moyens de lutte contre ces violences et annoncé, début août, la mise en place de nouvelles mesures. Parmi elles, la nomination d’un référent national « violences intra-familiales », directement rattaché aux directeurs généraux et au préfet de police, est effective depuis le 1er septembre. Au sein de la gendarmerie, c’est le Lieutenant-colonel (LCL) Dorothée Cloître qui a été investie de cette fonction.

Une fonction nouvelle

Diplômée de l’École des officiers de la gendarmerie nationale (EOGN) en 2006, le LCL Dorothée Cloître a depuis lors occupé plusieurs postes opérationnels à responsabilités, au cours desquels elle a évidemment été confrontée à la problématique des VIF. Commandante de la communauté de brigades de Montrevel-en-Bresse, dans l’Ain, puis de la compagnie de gendarmerie départementale de Palaiseau, en Essonne, après un passage au sein de la Direction générale de la gendarmerie nationale (DGGN), l’officier a animé et contrôlé la prise en compte de cette catégorie de victimes et d’interventions particulièrement sensibles. Elle s’est notamment appuyée sur les liens développés avec les acteurs institutionnels et associatifs locaux. Après trois ans à la tête du Département des partenariats de l’EOGN, lauréate du concours de l’Enseignement supérieur 2nd degré (ES2), le LCL Cloître est aujourd’hui la première officière nommée référente nationale « violences intra-familiales » auprès du directeur général de la gendarmerie nationale. « Une création de poste, c’est un vrai challenge. Tout est à définir et à appréhender : l’environnement interministériel avec l’appui de la DGGN, les champs de vos domaines de compétence et le réseau que vous allez construire. Néanmoins, pour me guider, j’ai reçu une lettre de mission très précise du directeur général : le pilotage de la chaîne opérationnelle, la densification du réseau partenarial national, une collaboration étroite avec l’IGGN pour les dysfonctionnements internes et le suivi, en lien avec le cabinet du ministre de l’Intérieur, des dossiers initiés ou à venir dans ce domaine », exprime-t-elle.

Appréhender le traitement des VIF

« Dans un premier temps, je vais devoir appréhender la matière dans toute sa complexité, explique la référente nouvellement nommée. Il y a eu énormément de travail fait par les échelons locaux en termes de bonnes pratiques, mais aussi par la DGGN, au niveau de la doctrine. » Avec le Grenelle contre les violences intra-familiales, lancé le 3 septembre 2019, de multiples dispositifs nationaux comme locaux ont vu le jour, associant l’ensemble des acteurs institutionnels et sociaux. Les procédures de prise en charge et d’accompagnement des victimes ont été adaptées, les formations à destination des militaires se sont multipliées et de nouvelles structures ont été mises en place, comme les Maisons de protection des familles (MPF) au sein de chaque groupement de gendarmerie. « Bien qu’il soit toujours perfectible, car il faut rester humble face à ce sujet qui recouvre la complexité de l’humain, le dispositif est d’ores et déjà solide et éprouvé. Que ce soit dans la prise en compte des victimes, dans la formation de nos personnels, dans le lien avec l’intervenant social gendarmerie, dans l’organisation des unités et leur contrôle, il y a eu une vraie impulsion suivant une politique très claire d’éradication de ce type de violences inadmissibles en 2021 en France », a conscience le LCL Cloître.

Une action à plusieurs niveaux

Afin de mettre en œuvre les orientations données par le directeur général, le général d’armée Christian Rodriguez, dans sa lettre de mission, le LCL Dorothée Cloître prévoit de décliner son action en plusieurs axes. « Dans un premier temps, concernant l’action auprès de la chaîne opérationnelle, j’ai prévu de me déplacer dans les unités afin d’identifier les bonnes pratiques, comprendre comment et pourquoi ça fonctionne… ou pas. » Elle entend en effet se placer comme un relais, « une courroie de transmission courte », entre le directeur général et le terrain, afin de porter à sa connaissance les projets locaux opportuns à généraliser au niveau national ou les difficultés rencontrées par les gendarmes. Une mission d’ailleurs expressément confiée par le général Christian Rodriguez lors de sa nomination.

Sur le plan national, le LCL Dorothée Cloître souhaite approfondir encore les liens avec les associations et les fédérations de victimes, « dont on ne peut pas se passer dans le traitement des affaires de VIF », précise-t-elle. « La prise en compte des VIF, ce n’est pas uniquement l’affaire des forces de l’ordre. Il y a tout un environnement qui s’avère indispensable : les intervenants sociaux, les psychologues, les associations, même les préfectures s’agissant des hébergements d’accueil d’urgence. C’est un travail collectif qu’il faut systématiser, même si chaque territoire et chaque cas sont différents. On peut renforcer encore ce travail collectif. Je vais m’y atteler au niveau national pour faciliter les connexions au niveau local. »

Création d’un fichier des auteurs de VIF

Dans sa lettre de mission, le LCL Dorothée Cloître a également été chargée de suivre, pour le directeur général, tous les dossiers engagés et à venir au titre de la lutte contre les VIF. Annoncée en juin 2021 par le Premier ministre, la création d’un fichier des auteurs de VIF sera le chantier principal auquel la nouvelle référente nationale devra s’atteler, la gendarmerie étant pilote sur le projet. « Cette création demande un pilotage au niveau interministériel, car elle n’implique pas que la gendarmerie, mais également la direction des libertés publiques et des affaires juridiques, la direction de la police nationale, l’administration pénitentiaire, ou encore la direction des affaires criminelles et des grâces. Il y a également un pilotage au niveau de la DGGN à mener, car une task force de la gendarmerie est indispensable pour mener à bien cette création très attendue politiquement. »