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Application Gendlucse : de la théorie à la pratique

Auteur : Lieutenante Floriane Hours - publié le
Temps de lecture: ≃5 min.
© GGD 78 - GND S.VERMEERE
Un an et demi après sa création, l’application Gendlucse, outil numérique créé par des gendarmes des Yvelines pour lutter contre les contrefaçons, a été complètement adoptée. Preuve en est ce contrôle coordonné avec les douanes, organisé mardi 22 mars, à la gare de péage de Saint-Arnoult-en-Yvelines.

Ce mardi 22 mars au matin, sur la barrière de péage de Saint-Arnoult-en-Yvelines, une vingtaine de gendarmes issus du peloton d’autoroute de Saint-Arnoult et de la brigade motorisée de Rambouillet procèdent, au côté d’une dizaine de douaniers, à une opération de contrôle bien particulière. Ce jour-là, en effet, ce ne sont pas seulement les stupéfiants ou l’alcoolémie qui sont au centre des préoccupations, mais un autre délit moins connu mais tout autant répandu : les contrefaçons.

À l’intérieur des coffres, dans des sacs, cachés sous un siège, au milieu de bagages ou directement sur les individus, les faux sacs de luxe, faux vêtements de marque, faux parfums ou fausses cigarettes sont en effet devenus monnaie courante ces dernières années. Pour aider leurs camarades à y voir plus clair, trois militaires du Groupement de gendarmerie départementale des Yvelines (GGD 78) se sont penchés, il y a deux ans, sur un projet d’application mettant en contact quasi-direct les marques les plus concernées par les contrefaçons et les gendarmes. C’est ainsi qu’est née l’application Gendlucse, contraction de GENDarmerie pour la LUtte contre la Contrefaçon et pour la Sécurité Économique.

Quatre fonctionnalités

L'application, dont le fonctionnement se veut le plus simple possible, est téléchargeable sur tout type de terminaux via un lien sécurisé. Elle permet à un gendarme qui doute de l’authenticité d’un produit, de prendre, en quelques minutes seulement, deux ou trois photos, puis de les envoyer directement au référent de la marque, qui est répertorié sur l’application. Quelques minutes plus tard, le référent se prononce et le verdict tombe. Si un doute persiste, le référent peut demander en direct aux militaires de prendre de nouveaux clichés ou de vérifier un point précis de la marchandise.

L’application propose quatre fonctionnalités : un annuaire avec l’e-mail et le numéro de téléphone des référents des marques, une base documentaire avec des fiches de formation et des modules de procédure, des fiches réflexes et une base de courrier en français et en anglais, pouvant être copié-collé directement dans un mail, pour demander différentes informations au référent. Depuis sa création, l’application a connu de légères améliorations, mais aucune restructuration majeure, comme le précise l’un de ses créateurs, le commandant de réserve Adrien : « Elle a été créée dès le départ par des gendarmes, pour des gendarmes, avec en tête, les besoins du terrain. Il n’a donc pas été nécessaire de procéder à d’importantes évolutions. »

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169 nouvelles références de marque en un an

Si l’application n’a pas subi de transformation conséquente, elle s’est en revanche largement enrichie. Il y a un an, en avril 2021, elle comptait dans son annuaire 94 marques. Aujourd’hui, il y en a 263. Une évolution rendue possible grâce à la coopération entre UniFab (Union des Fabricants) et la gendarmerie, témoignant ainsi d’un véritable intérêt pour cette problématique.

Un intérêt partagé par les marques, mais aussi par les gendarmes employés sur le terrain. « Avant, les militaires rencontraient beaucoup de personnes porteuses de contrefaçons, mais ils étaient un peu démunis face à cette problématique. Selon moi, l'application a renforcé cette capacité à effectuer des contrôles plus intéressants, qui aboutissent, et cela grâce aux partenariats avec les marques, qui fournissent des réponses assez rapidement. C’est un point important, parce que derrière, il y a le Parquet, il y a l’information du procureur de la République, à qui il faut pouvoir dire si c’est ou non un article contrefait, et si on a un dépôt de plainte de la marque. Et ça, grâce à l’application, ça va très vite. On arrive à boucler des procédures très rapidement, et sans que les enquêteurs ne rentrent dans une procédure interminable. C’est tracé, c’est lisible. Et forcément, le gendarme est preneur de tout ce qui est plus simple et qui peut lui faciliter le travail sur le terrain », indique le capitaine Karim, commandant de l’escadron départemental de sécurité routière des Yvelines, durant le contrôle, avant de préciser : « C’est un peu comme le contrôle de stupéfiants. Avant, on avait la contrainte de devoir aller à l’hôpital à chaque fois pour soumettre les gens à une prise de sang. Maintenant, grâce à la généralisation des tests salivaires, on y va quasiment plus, et on le voit sur les résultats, puisqu’on fait beaucoup plus de contrôles. C’est un peu la même idée. »

« C’est une vraie réussite locale »

Sur la barrière d’autoroute de Saint-Arnoult-en-Yvelines, ce mardi 22 mars, la récolte a en effet été plutôt bonne pour les militaires : plusieurs vêtements contrefaits ont été saisis ainsi qu’un faux sac, copie d’une grande marque de luxe française, et plusieurs parfums. Des saisies qui sont devenues monnaie courante dans les Yvelines.

Aujourd’hui, les militaires ont un nouvel objectif : exporter Gendlucse vers d’autres groupements de France, dont certains ont déjà fait part de leur intérêt. « C’est une vraie réussite locale, comme en attestent les dernières affaires. Localement, et plus particulièrement sur ce péage de Saint-Arnoult, on peut dire qu’on multiplie les prises, et que ça prend bien. D’ailleurs, maintenant, c’est un domaine que les personnels ont de plus en plus envie d’investir. Désormais, en effet, l’enjeu et le défi, c’est de passer à l’échelle », indique le commandant du GGD 78, le colonel Sylvain Tortellier.

Plus d’un an et demi après sa création, c’est donc un carton plein pour l’application. Aujourd’hui reprise au niveau de la Direction générale de la gendarmerie nationale (DGGN), elle pourrait en effet continuer de se développer, pour devenir, comme souhaité par ses créateurs, un outil incontournable dans la lutte contre les contrefaçons, fléau qui coûte chaque année 121 milliards d’euros à l’économie européenne, selon un rapport de l’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle, actualisé en 2019.

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