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Au Kosovo, les gendarmes mobiles assurent la sécurité des populations

Auteur : capitaine Marine Rabasté - publié le
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Depuis le 18 mars 2022, un peloton de gendarmes mobiles est déployé au Kosovo. Aux côtés de quarante-deux gendarmes portugais, ils constituent la Reserve Formed Police Unit (RFPU), engagée au titre de la FGE au sein de la mission EULEX Kosovo.

Le général Francis Paccagnini, commandant le Commandement de la gendarmerie pour les missions extérieures (CGMEx), est formel : le détachement au Kosovo est une opportunité unique. « C’est une chance pour ces gendarmes de participer à cette mission hors norme. De plus, ils sont les seuls à être en unité constituée en opérations extérieures. » Le peloton est hétérogène : parmi les 25 gendarmes mobiles, certains connaissent déjà le Kosovo pour y avoir fait quelques missions, d’autres sont familiers des OPEX et, pour les plus jeunes, c’est la première mission hors du territoire national. « La diversité des profils rend la mission très enrichissante pour chacun, tant sur le plan personnel que professionnel ». Cette mission ? Garantir la tranquillité de la région durant la période des élections serbes et être en mesure de faire face à d’éventuels troubles à l’ordre public.

Faire face aux tensions

Depuis septembre 2021, les tensions sont exacerbées entre la Serbie et le Kosovo, en raison de l’affaire des « plaques minéralogiques ». Face au déploiement des forces armées des deux nations sur leurs frontières respectives, l’Union européenne avait alors entrepris une médiation afin d’apaiser la situation. Le 21 septembre 2021, un accord tacite était passé, pour une durée de 6 mois : les symboles nationaux sur les plaques devront être cachés. C’est dans ce contexte que se sont déroulées, le 3 avril 2022, les élections présidentielles et législatives en Serbie. Craignant d’éventuels troubles à l’ordre public, la mission civile EULEX Kosovo a alors été renforcée dès mi-mars, par des gendarmes français et portugais, déployés dans le cadre de la Force de gendarmerie européenne (FGE).

Le jour J, les gendarmes français ont été mobilisés sur quatre des principaux postes frontières entre le Kosovo et la Serbie. Si le trafic était important pour aller aux urnes en Serbie, aucun trouble n’a été constaté. La situation est calme dans la région. Mais le 21 avril, l’accord tacite pris en septembre dernier touchera à sa fin. Un retour des tensions n’est donc pas à exclure et la présence de la Reserve Formed Police Unit (RFPU) reste une plus-value certaine.

Rayonnement et coopération

Quelques jours après les élections, le 6 avril, le drapeau de la FGE a été remis au commandant Pedro Raposo, commandant la RFPU, par le colonel Paulo Gonçalves, commandant l’état-major permanent de la FGE. Cette cérémonie au symbolisme fort s’est déroulée en présence d’autorités diplomatiques, civiles et militaires présentes au Kosovo.

La participation de la gendarmerie nationale au renforcement de la mission EULEX a été saluée par les autorités kosovares, dont le Premier ministre. L’ambassadrice de France au Kosovo, Mme Marie-Christine Butel, a également souligné le professionnalisme dont ont fait preuve les militaires à l’occasion de leur mission. « Il y a un véritable rayonnement de la gendarmerie à l’extérieur à travers cette mission, mais pas seulement, précise le commandant du CGMEx. Elle est aussi l’occasion de crédibiliser la FGE, dont la France est à l’origine, et de valoriser la contribution de la gendarmerie au sein de ces outils européens. » La présence de forces de sécurité intérieure de différentes nations permet également de renforcer la coopération internationale. Ainsi, des exercices conjoints sont régulièrement organisés à Pristina. « Cela contribue à améliorer la synergie entre les forces de sécurité intérieure de l’Europe. »

Déploiement dans le cadre européen

Le déploiement de la FGE au sein de la mission EULEX Kosovo fait suite à une décision de l’Union européenne, dans le cadre de la Politique de sécurité et de défense commune (PSDC).

Validé par la Capacité civile de planification et de conduite (CPCC), l’engagement a été envisagé dès la fin de l’année 2021. S’en est alors suivi une manœuvre organisationnelle et logistique pour la France, dès l’accord des ministères de l’Europe et des Affaires étrangères et de l’Intérieur obtenu. « Nous avons dû désigner des unités et des personnels sans que cela n’obère nos propres capacités, explique le général Paccagnini. Puis il a fallu trouver le moyen de les projeter, avec tout leur matériel. La France ne disposant plus de forces armées au Kosovo depuis plusieurs années déjà, il a donc fallu trouver une solution pratique et la moins onéreuse possible pour le transport du fret militaire. Le CGMEx, le Centre national des opérations et le Service de soutien à la projection opérationnelle ont été au cœur du dispositif de préparation et d’engagement. »

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Engagement dans les Balkans occidentaux

Ce déploiement au Kosovo s’inscrit dans la politique d’engagement de la France dans les Balkans occidentaux. Depuis quelques années, l’État y renforce même son action, notamment à travers l’initiative franco-allemande sur la lutte contre les trafics illicites d’armes à feu dans la région, en 2017, ou par l’extension du mandat d’intervention de l’Agence française de développement à l’ensemble de la zone. S’agissant du Kosovo, la France avait par ailleurs déjà mené des actions dans le cadre de la Force pour le Kosovo (KFOR), sous l’égide de l’OTAN. Il y a deux ans, avec l’Allemagne, elle a même initié un dialogue intergouvernemental sur le différend entre le Kosovo et la Serbie.