Actualités

Collégiens et experts de l’IRCGN unis dans la quête de la vérité

Auteur : Antoine Faure - publié le
Temps de lecture: ≃5 min.
© GEND/SIRPA/T.DOUBLET

Encadrés par leurs enseignantes en Sciences de la vie et de la Terre (SVT) et physique-chimie, et appuyés par les experts de l’Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale (IRCGN), les collégiens de 4e de la Cité scolaire Michelet de Vanves sont parvenus à résoudre un crime, dans le cadre de l’opération Experts à l’école, pilotée par le dispositif ministériel Sciences à l’École. Retour sur une enquête exemplaire.

C’est un crime odieux, un peu passé sous les radars, qui a été perpétré au sein même de la Cité scolaire Michelet, à Vanves, dans les Hauts-de-Seine. La gardienne de l’école a été assassinée. Pas moins de 150 enquêteurs, tous élèves de 4e, appuyés par des experts de l’Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale (IRCGN), ont mené les investigations. Sur la scène de crime, ils ont notamment pu marquer de nombreux indices : une balle, avec un impact au mur, une larve de mouche sur le cadavre, du sang, une substance liquide indéterminée, des traces de pas, de la terre, des fibres textiles…

© Tous droits réservés

Très vite, les soupçons se concentrent sur les participants à la réception organisée le soir du crime par l’Amicale des anciens élèves du collège. L’exploitation des images des caméras de surveillance a permis de savoir qui s’était absenté lors de cette soirée, et l’analyse des différents éléments de la scène de crime d’éliminer un par un les suspects…

© Tous droits réservés

Une mallette précieuse

Cette enquête s’est déroulée dans le cadre de l’opération Experts à l’école, qui offre la possibilité à des enseignants de matières scientifiques d’établissements - collèges, lycées généraux et lycées professionnels -, retenus après un appel à projets, de proposer à leurs élèves un projet éducatif, à l’aide d’une mallette, prêtée pour une durée de trois ans par l’Observatoire de Paris qui héberge le dispositif Sciences à l’École, comprenant un kit complet : matériel de mesure balistique, cartouches usagées, assortiment de poudre et de pinceaux pour la révélation d’empreintes, piluliers de prélèvement, lampes, microscope et appareil photo numériques, microphone, centrifugeuse, terrarium.

© Tous droits réservés

Du 25 au 27 octobre 2021, dix enseignants de cinq collèges et lycées d’Île-de-France ont suivi, sur le site de l’IRCGN, une formation destinée à manipuler ce matériel, afin de travailler sur des scénarios qu’ils ont reproduits ensuite avec leurs élèves.

Quand les experts forment les enseignants

Dans le cadre de l’opération « EXPERTS à l’École », pilotée par le dispositif de l’Éducation nationale « Sciences à l’École », destiné à soutenir et p..

Lire la suite...

C’est le cas notamment de Marie et de Mélanie, respectivement professeurs de Sciences de la vie et de la Terre (SVT) et de physique-chimie à la Cité scolaire Michelet, qui ont monté ce projet très ambitieux, destiné aux 150 collégiens des cinq classes de 4e. « Cette enquête nous a permis d’illustrer différentes parties du programme de manière concrète », se félicite Marie. Mélanie confirme : « C’est une mise en application très intéressante de méthodes scientifiques, qui permet de répondre à une question qui revient régulièrement dans la bouche des élèves : à quoi ça sert ? »

Afin de soutenir l’action des équipes pédagogiques, et les élèves dans leur enquête, le colonel Grégory Briche, chef de la division criminalistique physique et chimie de l’IRCGN, membre du comité scientifique de l’opération Experts à l’école, et le maréchal des logis-chef Louis Philippe, expert au sein du département empreintes digitales de l’IRCGN, se sont rendus à la Cité scolaire, jeudi 14 avril 2022.

Marie et Mélanie ont déjà prévu de reconduire le projet l’an prochain, « mais sans doute avec deux classes, car cinq, c’était un peu ambitieux », reconnaît Marie. « Et on voudrait aussi l’étendre à d’autres disciplines, avec des collègues qui se sont montrés intéressés, ajoute Mélanie. Notamment l’anglais et l’allemand pour mener les interrogatoires ! » Experts en sciences et experts en langues vivantes pourront ainsi mêler leurs compétences, comme en gendarmerie.

Un travail collectif

Ce jeudi 2 juin, dans la salle de théâtre de la Cité scolaire, avait lieu la restitution de cette enquête hors-norme, en présence du général de division Patrick Touron, commandant du Pôle judiciaire de la gendarmerie nationale (PJGN), accompagné de la capitaine Élodie et de l’adjudant-chef Stéphane, respectivement experts des départements expertises génétiques et microanalyse de l’IRCGN, qui ont présenté l’institut, leur parcours et leurs missions, avant de répondre aux nombreuses questions des collégiens.

© GEND/SIRPA/T.DOUBLET

« La raison initiale de la création d’Experts à l’école était de profiter d’une évolution de la société, avec une appétence pour les séries comme les Experts ou les Escape games, pour faire connaître à un jeune public le rôle des experts de la gendarmerie, qui sont des gens fiables, rigoureux et méthodiques, et valoriser leur travail au quotidien au profit des justiciables, dont font partie les adolescents et leurs parents, explique le général Touron, lui-même scientifique et membre du premier comité scientifique de l’opération Experts à l’école. La science est une école de la vie, par la rigueur qu’elle impose, la nécessité de la confrontation, la mesure d’une incertitude et l’acceptation de l’erreur. Par ailleurs, la gestion d’une scène de crime est un travail collectif, qui nécessite de nombreuses et très fortes spécialités. Il est important d’être un spécialiste dans son domaine, mais aussi d’écouter les autres spécialistes ! »

À l’instar des experts du PJGN, les élèves de 4e de la Cité scolaire Michelet le savent désormais : le fait d’observer et de réfléchir ensemble, en suivant des protocoles, permet de rechercher une vérité et de s’en approcher au plus près.

© GEND/SIRPA/T.DOUBLET