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Déploiement de la Force de gendarmerie européenne pour la Mission EULEX Kosovo

Auteur : la capitaine Marine Rabasté - publié le
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© Gendarmerie nationale

Afin d’assurer le maintien de l’ordre public au Kosovo, 28 gendarmes français ont été engagés au sein de la Force de gendarmerie européenne. Leur déploiement est une première dans ce cadre-là.

Le 18 mars 2022, 28 gendarmes français ont été déployés au Kosovo, à Pristina plus précisément. Ils constituent l’un des trois pelotons d’une unité d’intervention de la Force de gendarmerie européenne (FGE), mise sur pied dans le cadre des élections présidentielles et législatives prévues en Serbie au début du mois d’avril. Aux côtés des Portugais et des Italiens, ils viennent renforcer la Mission EULEX, afin de faire face à d’éventuels troubles à l’ordre public.

Premier déploiement de la FGE sous mandat de l’Union européenne

Déployée depuis 2008, la Mission civile État de droit de l’Union européenne (U.E.) au Kosovo, dénommée EULEX Kosovo, est le deuxième échelon d’intervention, après la police nationale kosovare, et avant la KFOR (Forces pour le Kosovo), mise en place par l’OTAN pour assurer la sécurité du pays. Un diplomate suédois dirige la mission EULEX, qui comprend deux piliers : l’accompagnement du système judiciaire (« Monitoring Pilar ») et l’appui aux forces de police (« Operations Support Pilar »), dont dépend une Formed police unit (FPU), armée par la Pologne.

À l’approche des élections en Serbie, le 3 avril prochain, l’Union européenne a pris la décision de la renforcer, afin de pouvoir faire face à d’éventuels troubles à l’ordre public. Les relations entre la Serbie et le Kosovo sont en effet sous tension à la suite de l’affaire dite des « plaques minéralogiques » et au refus du Kosovo d’installer des bureaux de vote sur son sol national en janvier dernier.

À noter : en septembre 2021, invoquant le principe de réciprocité des mesures, le Kosovo prenait la décision d’interdire les plaques d’immatriculation serbes sur son territoire, entraînant l’obligation de les remplacer par des plaques kosovares provisoires. Face à l’engagement de la police kosovare dans le Nord du pays, où se trouvent en majorité des Serbes, ces derniers avaient bloqué des routes et la Serbie avait mis en place des chars près de la frontière. La KFOR s’était alors déployée dans la zone frontalière pour assurer la sécurité du pays.

C’est dans ce contexte géopolitique particulier que la FGE est engagée pour la première fois sous mandat de l’Union européenne. Cette force, créée en 2004 et regroupant les sept forces de police à statut militaire en Europe, constitue un outil de gestion de crise pouvant intervenir au profit de l’OTAN, de l’ONU, de l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe, et de l’Union européenne. Elle a vocation à apporter une expertise dans le cadre du maintien de l’ordre. Lors de son déploiement au Kosovo, elle formera la Reserved formed police unit (RFPU), une réserve d’intervention de maintien de l’ordre, en appui de la FPU polonaise.

Un renfort multinational

Dans ce cadre, la FGE est armée à hauteur de 92 militaires portugais, français et italiens. En plus de leur mission principale, les trois pelotons effectuent également des missions de sécurité publique générale, afin de prévenir tout risque de troubles, en amont et en aval des élections serbes.

Les militaires sont dirigés par un commandant issu de la garde nationale républicaine portugaise, le Portugal étant la nation dont l’engagement est majoritaire. Néanmoins, c’est un officier français, commandant d’un escadron de gendarmerie mobile, qui exerce le commandement opérationnel des trois pelotons et coordonne les manœuvres de maintien de l’ordre. En complément, plusieurs autres entités sont également mises en œuvre, à savoir un groupe d’intervention portugais, une cellule IED (Engin explosif improvisé), une salle opérationnelle et une cellule « Renseignement ». C’est donc tout un dispositif de crise qui est déployé !

La préparation du déploiement

La mise sur pied du peloton de gendarmerie mobile a été conjointement validée par le ministère de l’Intérieur et le ministère de l’Europe et des Affaires Étrangères, sur proposition du directeur général de la gendarmerie. Elle a ensuite fait l’objet d’une manœuvre coordonnée entre le Commandement de la gendarmerie pour les missions extérieures (CGMEx), le Centre national des opérations (CNO), le Service de soutien à la projection opérationnelle (SSPO), la Direction des opérations et de l’emploi (DOE) et le Groupement de gendarmerie mobile II/1 de Maisons-Alfort, dont sont issus les 25 gendarmes mobiles constituant le peloton. Le détachement est complété par deux gendarmes départementaux.

Au mois de février dernier, tous les personnels projetés ont bénéficié d’une semaine de mise en condition opérationnelle, au cours de laquelle ils ont pu revoir les fondamentaux en matière de combat, de tir et de secourisme. Ils ont ensuite suivi des enseignements à distance, exigés par la Mission EULEX, puis deux jours de formation « induction training » à leur arrivée à Pristina.

Une manœuvre logistique d’ampleur

Le déploiement des gendarmes français a nécessité une manœuvre logistique conséquente, organisée par le CNO et le SSPO. Aucune présence militaire française n’étant assurée au Kosovo depuis plusieurs années, il a fallu trouver un moyen d’acheminement du fret autre que par voie aérienne militaire. Composé d’armes, de munitions et d’équipements de maintien de l’ordre, celui-ci a finalement été transporté par une société spécialisée dans les transports dangereux, qui a accepté d’affréter un avion à destination de Pristina, le 17 mars dernier, depuis Châteauroux.

Les militaires, quant à eux, sont partis de l’aéroport de Roissy Charles de Gaulle, en deux vagues (4 précurseurs le 14 mars, puis 23 militaires le 18 mars). Le 28e personnel a rejoint la mission le 17 mars, avec le fret. Le déploiement est prévu pour une durée de quatre mois maximum.