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Enjeux et implications de la militarité de la gendarmerie : le directeur général s’exprime devant la commission de la Défense

Auteur : le commandant Céline Morin - publié le
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© GEND/SIRPA/FLORIAN GARCIA

Ce mardi 25 janvier, la commission de la Défense a auditionné le général d’armée Christian Rodriguez, directeur général de la gendarmerie nationale, sur la question du modèle français de la gendarmerie.

La commission de la Défense, présidée par Mme Françoise Dumas, a auditionné, ce mardi 25 janvier, le général d’armée Christian Rodriguez, Directeur général de la gendarmerie nationale (DGGN), sur le modèle français de la gendarmerie.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, les participants ont rendu hommage au brigadier Alexandre Martin, du 54e régiment d’artillerie de Hyères, décédé dans l’après-midi du 22 janvier, dans l’attaque au mortier perpétrée contre le camp militaire de Gao.

Les enjeux et les implications de la militarité de la gendarmerie

En préambule, la présidente a souligné l’attachement de la commission de la Défense au modèle de la gendarmerie, « et plus généralement au modèle français de sécurité intérieure, qui repose à la fois sur des forces de police et sur une force armée, la gendarmerie nationale. C’est cette complémentarité qui en garantit l’efficacité. Si la gendarmerie a été rattachée au ministère de l’Intérieur en 2009, la commission de la Défense a souhaité conserver une compétence, parallèlement à celle de la commission des lois, sur la gendarmerie, au titre de sa singularité et de sa militarité. »

C’est donc ce thème que la commission a choisi d’aborder avec le DGGN, ainsi qu’avec ses directeurs et ses chefs de service au cours des prochains jours. L’objectif est de mettre en exergue « les enjeux et les implications de la militarité de la gendarmerie, qu’il s’agisse de son organisation territoriale, de ses orientations stratégiques, de l’organisation des opérations, de l’entraînement, de la formation et de la condition militaire des gendarmes, en particulier le logement en caserne, l’organisation des soutiens, de la logistique, ou encore des capacités de monter en puissance en cas de crise », a indiqué Mme Dumas, rappelant que la gendarmerie sécurise aujourd’hui 96 % du territoire et 52 % de la population.

© MINARM

L’ancrage à la famille militaire est pérenne

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Le statut militaire et la vie en caserne garants de la proximité, de la disponibilité et de la réactivité de la gendarmerie

Dans une présentation en trois temps, abordant successivement le modèle gendarmerie, le gendarme lui-même et l’approche missionnelle, le général d’armée Rodriguez a présenté aux députés l’esprit de la stratégie GEND 20.24 mise en œuvre depuis 2019, les nombreuses transformations, ainsi que les pistes de réflexion dans les différents domaines.

« Nos citoyens ont de légitimes attentes en matière de sécurité. Ils veulent des forces de l’ordre plus proches d’eux, qui protègent tout le monde et font respecter l’ordre républicain en tout temps, en tout lieu, tout en anticipant les menaces de demain. »

Dans le contexte actuel de crise permanente et hybride, de menace terroriste persistante, de haut niveau des violences, de fragilisation du lien social, de forte médiatisation et d’apparition de nouvelles menaces, « la militarité constitue un atout important pour la gendarmerie, pour remplir ses missions et répondre aux attentes de la population. » Une militarité à laquelle le président de la République a lui-même rappelé son attachement à l’occasion de ses vœux aux armées, « et qu’il nous appartient de préserver et de renforcer. C’est tout le sens de ma stratégie GEND 20.24. (…) La gendarmerie se transforme et s’adapte aux nouveaux défis, tout en densifiant ce qui fait sa force : sa militarité. »

Pour le DGGN, celle-ci s’entend au sens large, car « elle conditionne l’ensemble de la structure, les hommes, les missions et les moyens. Le modèle garantit la proximité, la disponibilité et la réactivité de la gendarmerie. » La vie en caserne, qui place le gendarme au cœur de la population et conforte son ancrage territorial, constitue l’un des piliers du système d’arme gendarmerie.

Le directeur a également abordé le principe de redevabilité et les nouveaux modes d’organisation opérationnels qui en découlent, à l’instar du Dispositif de gestion des événements (DGE), du dispositif d’appui interdépartemental, du Dispositif de consultation et d’amélioration du service, de l’élargissement de l’offre de contact, notamment via le numérique et la brigade numérique. L’occasion de rappeler l’annonce faite par le président de la République de la création, dans le cadre de la future LOPMI, de 200 brigades territoriales en zone rurale, dont un tiers verrait le jour en mode itinérant. D’autres pistes de réflexion sont à l’étude, comme la création de postes armés par des réservistes dans les mairies ou les locaux municipaux.

Les gendarmes : « un état d’esprit et des valeurs communes partagées »

Le DGGN s’est ensuite penché sur l’essence même du gendarme, « que nous souhaitons pétri de valeurs, qui protège tous les citoyens, en faisant l’effort sur les plus fragiles », soulignant la mise en œuvre d’une sécurité sur mesure à l’attention des victimes de violences intra-familiales, des personnes âgées, des élus, du jeune public, sans oublier l’opération répondre présent pendant la crise sanitaire.                                                                                                                                        

La clé de la réussite repose sur « un état d’esprit et des valeurs communes partagées », dont la formation, initiale comme continue, est la clé de voûte, garantissant « une force juste, exemplaire et transparente dans son action, à travers l’apprentissage de savoir-faire, mais surtout de savoir-être militaires : discipline, rigueur morale, loyauté, esprit de sacrifice et de corps. »

La gendarmerie conforte d’ailleurs sa militarité, notamment à travers la formation des PSIG par les régiments de l’armée de Terre, une formation accentuée des chefs, mais également un travail sur la symbolique, amplifiant la cohésion et l’esprit de corps. À ce titre, la symbolique de la journée du 16 février évolue : tout en rendant hommage aux camarades décédés, elle sera aussi l’occasion de saluer nos héros du quotidien, ces gendarmes qui, chaque jour, font acte de bravoure au service de la population.

Aujourd’hui, c’est une logique du « pas-de-porte » que nous développons, c’est-à-dire « un gendarme qui ira vers l’usager, au moment et au lieu où la victime souhaite rencontrer le gendarme. » Rendu possible par le déploiement des ordinateurs Ubiquity, ce mode d’action est d’ores et déjà expérimenté dans plusieurs départements, dans le cadre des violences intra-familiales et des relations avec les élus.

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Une force de gestion de crise

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Anticiper, planifier et manœuvrer

Concernant l’approche missionnelle, le général Rodriguez a estimé que « chaque événement est important ou peut le devenir. (…) Les petites crises du quotidien doivent être abordées avec la même rigueur et selon les mêmes méthodes que les crises d’ampleur. Cela impose du drill, l’acquisition d’automatismes et un nécessaire rôle de régulation. »

Cette approche nécessite d’être « capable d’anticiper les facteurs d’adversité, de planifier des opérations et de manœuvrer sur la totalité du spectre. (…) Cela impose une complémentarité de l’ensemble des moyens de la gendarmerie, mis à disposition d’un chef unique, dont la montée en puissance doit être rapide en tout point du territoire. »

Elle nécessite aussi robustesse et résilience pour être en capacité de « tenir dans le temps et sur les terrains les plus difficiles », impliquant « un soutien intégré et une interopérabilité » au sein de la gendarmerie, mais également avec les armées, sur les théâtres d’opérations extérieures comme sur le territoire national, citant pour exemple la sécurisation du référendum en Nouvelle-Calédonie.

C’est l’esprit qui a guidé la profonde transformation du GIGN en 2021, de même que celle de la direction générale, au sein de laquelle a été créé le Centre national des opérations (CNO), ou encore la mise en place des Détachements d’intervention augmentée de la gendarmerie (DIAG), qui offrent la capacité de faire manœuvrer ensemble, et sous l’autorité d’un seul chef, blindés, GIGN, antennes GIGN, escadrons de gendarmerie mobile et forces aériennes de gendarmerie, dès lors que le niveau de violence requiert toutes ces compétences.

En termes d’opérations et d’emploi, le DGGN a souligné les capacités de projection opérationnelle de la gendarmerie sur l’ensemble du territoire national (métropole et outre-mer), comme à l’étranger, le renforcement de la formation tactique des chefs et la réforme du diplôme d’arme, qui comporte désormais une formation au combat délivrée par l’armée de Terre et sera dorénavant ouvert aux gendarmes des Pelotons de surveillance et d’intervention de gendarmerie (PSIG).

Des réflexions sont également en cours sur la densification de la gendarmerie mobile à travers le durcissement de la formation et une meilleure prise en compte de l’instruction physique en gendarmerie départementale.

Enfin, le général Rodriguez a abordé l’importance de l’innovation, notamment en lien avec les armées, et celle d’investir les nouvelles frontières de la délinquance, que ce soit dans la dimension cyber ou environnementale, où la criminalité organisée s’installe.

« On va continuer à anticiper les enjeux et investir ces nouvelles frontières à travers notre démarche capacitaire », citant à ce titre le recrutement accru de scientifiques (à hauteur de 52 % en 2021 chez les officiers), l’organisation de l’événement AGIR, la création du ComCyberGend et l’objectif d’ici deux ans de 10 000 cyber enquêteurs, ou encore la création des antennes de l’OCLAESP… « La question que l’on doit se poser, c’est comment considère-t-on la gendarmerie dans 10 ans ? (…) Puis, à partir des présupposés et des conclusions que l’on tire des évolutions, tant sociétales que scientifiques, on définit un cap. »  

En conclusion de son propos le DGGN a insisté : « Ce n’est pas la mission qui est militaire, mais la façon dont elle est anticipée, planifiée, conduite et exécutée au moyen de militaires bien formés, d’un collectif soudé, doté de matériels innovants et adaptés au besoin. C’est aussi la façon dont on tire les enseignements par la culture du retour d’expérience et de la redevabilité. »

Il a ensuite répondu aux questions des six représentants des députés, sur des thématiques particulières, telles que le rapport de la cour des comptes et les mutualisations entre les forces de sécurité intérieure, le bilan et les perspectives de la stratégie GEND 20.24, l’innovation au service du contact avec la population, le plan 10 000, le parc immobilier, les pistes de réflexion pour garantir la spécificité de la vocation « gendarmique », l’articulation police-gendarmerie plus de dix ans après le rattachement de cette dernière au ministère de l’Intérieur, la continuité des moyens de transmission en cas de crise, la problématique des moyens affectés à la gendarmerie, ou encore les mesures prises ou à venir à la suite du drame de Saint-Just... 

Dans la continuité, le général de division Bruno Arviset, adjoint au directeur des personnels militaires de la gendarmerie nationale et M. François Desmadryl, directeur des soutiens et des finances ont été auditionnés par la commission de la Défense sur le thème : « Le statut et l’organisation militaires : un gage d’efficience de la gendarmerie ».