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L'inclusion et le partage par le sport

Auteur : le commandant Céline Morin - publié le
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Mi-février, un événement sportif autour de la boxe, organisé par le boxing club Satory et l'association World Solidarity Boxing, présidés par un gendarme, a réuni 150 participants de 5 à 63 ans, dont 15 personnes en situation de handicap. Au-delà du sport et du partage, cette journée a permis de récolter des fonds au profit d'une autre association, « Dans tes pas », qui a pour projet de créer une école innovante au profit de personnes en situation de handicap à Versailles.

L'adjudant Youcef, gendarme sur le plateau de Versailles-Satory est un sportif de longue date. La boxe, cela fait presque 25 ans qu'il la pratique. Mais pour lui, cette discipline va bien au-delà des compétitions et des affrontements. La boxe et le sport en général sont un vecteur de valeurs communes aux armées et à la gendarmerie, comme le dépassement de soi, la confiance, le respect, et l'humilité, mais aussi un pont entre les gens de tous horizons.

Responsable de la section boxe du CSLG (Club Sportif et des Loisirs de la Gendarmerie) de Satory, le militaire de 39 ans est également le président de l'association World Solidarity Boxing, créée en 2020. « L'appellation « boxing », c'est moins pour la discipline en elle-même, même si je l'utilise beaucoup, que pour le message que je veux faire passer, celui que la vie est un combat. »

Par l'entremise de ces deux associations et des événements qu'elles organisent, l'adjudant Youcef, qui s'investit dans le handisport depuis 2018, poursuit un noble objectif : favoriser l'inclusion et le vivre ensemble à travers le sport et la culture, non seulement des personnes en situation de handicap, mais aussi de celles en difficulté économique et sociale ou en rupture avec la société, comme les jeunes suivis par la protection de la jeunesse, et placés à la suite de problèmes avec la justice ou au sein de leur famille. « J'aspire à une inclusion totale », insiste-t-il. Pour l'appuyer dans sa démarche, il sollicite régulièrement des personnes connues, comme le rugbyman Gaël Fickou ou le chanteur Stommy Bugsy, ainsi que la Fédération française de boxe.

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« Le bien-être à travers le partage »

La section boxe du CSLG de Satory accueille ainsi des adhérents de 5 à 61 ans, valides mais aussi en situation de handicap. Quant à l'association World Solidarity Boxing, elle accompagne des personnes en situation de handicap dans le cadre d'activités sportives, mais aussi des jeunes en difficulté. Elle conduit par ailleurs une troisième activité, qui est de collecter du matériel de sport et médical à destination des personnes en situation de handicap, des orphelins et des gens dans le besoin, principalement sur le continent africain. Plusieurs envois ont déjà été effectués, à Mayotte, au Maroc, en Tunisie, au Cameroun et en Afrique du Sud.

« Je travaille principalement avec des personnes qui ont un souci dans leur vie. J'essaie à ce titre d'inclure de plus en plus les handicapés dans nos événements. D'ailleurs, depuis un an, j'interviens aussi dans le cadre du championnat de France militaire de boxe, où j'essaie d'intégrer davantage les blessés des armées. Et j'accompagne aussi les jeunes dans les quartiers. Le point commun dans tout ça, c'est le bien-être à travers le partage, insiste le militaire. J'essaie de mélanger les genres, de gommer les barrières entre les gens. À chaque face-à-face sportif, je les invite à se présenter pour qu'ils échangent. Ce n'est pas toujours évident. L'idée est d'amener les gens à réfléchir, mais de le faire avec bienveillance. »

Ainsi, à la fin des séances avec les jeunes de quartiers populaires ou en difficulté, l'adjudant propose des discussions sur des thématiques. « On aborde l'école, la nécessité de s'instruire, de lire, d'être ouvert d'esprit, d'avoir des objectifs, mais aussi de se faire plaisir. On discute. Chacun apporte quelque chose. L'idée n'est pas de leur faire la leçon, ce qui pourrait les braquer, mais qu'ils se rendent compte par eux-mêmes de certaines choses. Ce sont des graines que l'on plante », insiste le gendarme, qui ne divulgue toutefois pas sa qualité à ces occasions : « Pour eux, je reste un simple éducateur sportif, car ces jeunes sont en rupture avec le monde adulte, avec les représentations de l'autorité. Quand on dit qu'on est gendarme, on projette avant tout la représentation de l'uniforme et de la répression, mais nous sommes des êtres humains. »

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Soutien à l'association « Dans tes pas »

Dimanche 13 février dernier, le Boxing club Satory et l'association World Solidarity Boxing ont organisé un rendez-vous sportif handi / valides à Versailles-Satory, autour de la boxe éducative, discipline où les coups ne sont pas portés. L'événement a également permis de mettre à l'honneur l'association « Dans tes pas », dont l'objet est de créer une école innovante au profit de personnes en situation de handicap à Versailles. « Cette association, également présidée par un gendarme du plateau, espère pouvoir ouvrir l'école en septembre prochain à Versailles. Son projet est bien avancé. C'est pour ça que je souhaitais apporter ma pierre à l'édifice. Faire connaître les associations et leur travail, c'est aussi important. »

Quinze clubs, dont quatre CSLG, essentiellement de région parisienne, sauf deux clubs venus de Belfort et de Reims, soit 150 participants de 5 à 63 ans, dont 15 personnes en situation de handicap, ont ainsi été réunis autour du sport et de ses valeurs de partage.

Après une matinée dédiée à l'interclubs, l'après-midi a été consacrée à un stage animé par un champion du monde de boxe, lui-même orphelin depuis l'âge de 17 ans et dont la sœur jumelle souffre d'un handicap lourd. Après une séquence d'aéroboxe en musique sans contact, le sportif a animé un cours et fait la démonstration de ses techniques.

« L'idée générale, c'est vraiment de passer un bon moment tous ensemble, enfants, ados, adultes, valides et handisports, et que les gens se rendent comptent qu'on est tous pareils. »

L'objectif de 5 000 euros visé par la cagnotte mise en place au profit de l'association « Dans tes pas » a ainsi été largement atteint grâce à la cagnotte en ligne, à la vente de t-shirts, au produit de la buvette et des ventes de crêpes, que l'on doit à « une bonne équipe de bénévoles ».

« Il y a plusieurs possibilités dans la vie, soit on ne fait rien, soit on critique, ou bien on choisit d'être acteur. J'ai choisi la dernière solution. Si chacun fait quelque chose, on peut avancer », conclut l'adjudant Youcef, illustrant bien par ces mots sa philosophie empreinte de sagesse.

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