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Officiers scientifiques : « Plus on en aura, mieux ce sera pour la gendarmerie. »

Auteur : Pablo Agnan - publié le
Temps de lecture: ≃4 min.
Une gendarme enquêtrice (N'TECH) de la cellule cyber de la gendarmerie maritime de Toulon travaille sur une enquête judiciaire à partir de son poste informatique.
© Ministère de l'Intérieur/F.BALSAMO

Avec la création du Commandement de la gendarmerie pour le cyberespace, le COMCyberGEND, la gendarmerie est en quête de candidats au profil scientifique, aficionados du numérique. Si un nouveau concours permet d’attirer ces perles rares, les besoins de l’institution sont loin d’être rassasiés.

Au Forum international de la cybersécurité (FIC) de Lille, à quelques encablures de l’imposant stand du ministère de l’Intérieur, s’est installé celui du Centre de recherche de l’école des officiers de la gendarmerie nationale (CREOGN). Situé presque à l’abri des regards, il n’en attire pas moins plusieurs poignées de curieux, principalement des jeunes, désireux d’en apprendre un peu plus sur cette entité.

Les objets connectés, de véritables mines d’or pour les enquêteurs

Face à eux, se trouvent plusieurs militaires, aux profils atypiques. « Nous sommes d’abord gendarmes, et ensuite des scientifiques », résume le capitaine François, commandant du département coordination opérationnelle cyber au Commandement de la gendarmerie pour le cyberespace, le COMCyberGEND.

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Mais l’officier est surtout l’auteur d’une thèse intitulée « analyse forensique des écosystèmes intelligents communicants de l'internet des objets ». Il a mis en place « toute une démarche d’identification des équipements connectés présents sur une scène de crime, jusqu’à l’analyse en laboratoire et la valorisation de la donnée. » Son doctorat est d’ailleurs sélectionné pour concourir au prix recherche et réflexion stratégique de la gendarmerie nationale pour son édition 2022.

En clair, pour le capitaine, chaque objet connecté présent sur une scène de crime, de la montre en passant par l’assistant vocal, devient un indice précieux lors des investigations. « D’un point de vue criminalistique, ils permettent d’établir une chronologie des faits et de révéler potentiellement des événements passés. »

© Ministère de l'Intérieur

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Sa méthodologie est d’ores et déjà mise en pratique sur le territoire. Mais les enquêtes étant toujours en cours, impossible pour le capitaine François de nous en dire plus. Toutefois, à l’étranger, plusieurs faits divers ont été élucidés grâce à l’exploitation d’objets connectés.  

En 2017, les forces de l’ordre américaines ont sollicité un géant du Web afin de vérifier les connections et les enregistrements vocaux d’une enceinte connectée, pour un homicide présumé dans l’Arkansas et des violences conjugales au Nouveau-Mexique, rapporte le site 01net. L’année suivante, en Californie, les données de santé d’un bracelet connecté ont permis d’appréhender un meurtrier. Un an plus tard, mais cette fois-ci en Angleterre, le suspect d’un assassinat avait été interpellé grâce aux données de géolocalisation issues d’une montre connectée.

La gendarmerie, nouvel eldorado des scientifiques

Ces affaires ont été résolues en partie grâce au savoir-faire d’enquêteurs au profil scientifique, comme celui du capitaine François. Au sein de la gendarmerie, ils sont de plus en plus nombreux et exercent dans des spécialités aussi diverses que variées, allant de la biologie à l’informatique, en passant par la chimie, la physique, les neurosciences et les statistiques, ainsi que les mathématiques, etc. Au tout jeune COMCyberGEND, un quart des personnels détient d’ailleurs un bac+5 ou mieux, dont sept titulaires d’un doctorat.

Mais comme l’affirmait le général de division Marc Boget, les ressources humaines, notamment dans le milieu cyber, « sont très chères, dures à acquérir et à maintenir. » Un avis partagé par le colonel Dominique Schoenher, directeur adjoint du CREOGN : « C’est un domaine extrêmement concurrentiel. »

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D’où la nécessité pour la gendarmerie de rehausser le nombre d’officiers scientifiques dans son recrutement. Au milieu des années 2010, lorsque le capitaine François intégrait l’École des officiers de la gendarmerie nationale (EOGN), « nous étions quatre scientifiques sur une promotion de 130 », se souvient-il.

Aujourd’hui, « cet écart s’est radicalement réduit pour atteindre la parité », assure le colonel Schoenher. Une augmentation rendue possible par la création, début novembre 2020, d’un nouveau concours ouvert aux étudiants titulaires d’un Master 2 scientifique. De même, les « Classes Prépas Talents » accueillent à présent ces profils pour optimiser leur réussite au concours d’entrée à l’EOGN. « Ce que l’on recherche, ce sont des gens avec une tournure d’esprit scientifique, qui disposent d’un attrait pour les sciences dites dures, afin d’enrichir la culture professionnelle du corps des officiers de gendarmerie. »     

Des besoins loin d’être comblés

Dans le domaine numérique particulièrement, ce besoin de profils scientifiques se fait de plus en plus sentir, en raison de « l’apport des nouvelles technologies dans nos savoir-faire et dans nos pratiques professionnelles », explique l’officier supérieur. Mais ce besoin est encore loin d’être comblé. « La volumétrie (des candidats) n’est pas encore suffisante pour satisfaire l’ensemble des postes. »

D’autant que la gendarmerie doit se préparer à de nouvelles ruptures technologiques, comme elle l’avait fait pour l’ADN par exemple. Et pour cela, elle a besoin de personnels acculturés, disposant d’une approche scientifique, afin de « faciliter la pénétration des nouvelles technologies et leurs usages dans le quotidien des gendarmes. » Au cœur de cette préoccupation, se trouve notamment l’intelligence artificielle, un enjeu essentiel en matière de sécurité.

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