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« Protéger ceux qui protègent », ou l’accompagnement des blessés en service

Auteur : capitaine Marine Rabasté - publié le
Temps de lecture: ≃7 min.
© ADC F. Bourdeau - CABCOMGR

Face au nombre de blessés en service, la gendarmerie met en place de nombreuses mesures d’accompagnement. Parmi elles, un parcours de reconstruction des blessés par le sport leur offre l’occasion, à travers le dépassement de soi, de s’adapter à leur nouvelle anatomie et d’apprendre à vivre avec.

7200. C’est en moyenne le nombre de gendarmes blessés en service, physiquement ou psychiquement, chaque année. Un chiffre élevé, qui traduit des risques pris par ceux qui au quotidien s’engagent pleinement pour la population. Si l’événement traumatique est soudain, le chemin à parcourir derrière est long et difficile. C’est tout un équilibre personnel, mais aussi professionnel, qui est bouleversé. Perte de confiance en soi et isolement s’ensuivent bien souvent. L’accompagnement de ces gendarmes blessés en service est donc un enjeu majeur, afin de les aider à se reconstruire et à retrouver des perspectives d’avenir. « Protéger ceux qui protègent ». C’est d’ailleurs la devise adoptée par la Sous direction de l’accompagnement du personnel (SDAP) de la gendarmerie nationale, en charge de la stratégie. Des mots qui ont du sens et qui reflètent la volonté de l’institution d’avoir une attention particulière à l’égard de ceux qui en ont besoin.

Un accompagnement pluridisciplinaire

«La volonté aujourd’hui est de mieux construire le parcours des blessés. Pour cela, nous apportons un accompagnement pluridisciplinaire. Cela passe par les domaines médical, sportif, psychologique et social, explique le colonel Gwendal Durand, sous directeur de l’accompagnement du personnel. Nous les aidons à retrouver confiance en eux, à se reconstruire psychologiquement et à retrouver leur place au sein de l’institution. » L’accompagnement se veut protecteur, grâce à la protection fonctionnelle d’une part, mais également à l’expression de la reconnaissance de l’institution pour le service accompli. Il est également réparateur, à travers l’aide à la recherche d’un nouvel emploi adapté, la prise en charge d’un handicap lourd, ou encore, dans le pire des cas, le soutien apporté à la famille du militaire décédé en service. « L’accompagnement du personnel va dans le sens même des valeurs portées par la gendarmerie. On est dans une logique d’entraide, de solidarité, de fraternité d’arme. Il doit être le plus englobant possible, en incluant le gendarme, mais aussi sa famille ». L’accompagnement, quel que soit la forme qu’il prend, permet également de reconstruire le lien institutionnel, de témoigner de la reconnaissance que porte la gendarmerie aux blessés. « L’enjeu est d’intégrer au plus tôt les personnels blessés dans le dispositif de reconstruction, pour éviter que le lien se détende et qu’un sentiment d’abandon s’installe ».

Aider à se reconstruire par le sport

Dans cette stratégie d’accompagnement, la reconstruction par le sport est un axe majeur. Si elle n’est pas nouvelle, de nombreuses actions interarmées étant menées depuis les années 1980, elle tend en revanche à prendre un dimensionnement supérieur au sein de la gendarmerie. « Le sport a de nombreuses vertus, indique le lieutenant Franck Martineau, référent RBS (Reconstruction des blessés par le sport). L’engagement au sein du parcours de la RBS leur permet de s’adapter à leur nouvelle anatomie et d’apprendre à vivre avec. C’est également un moyen de se dépasser». Pour ce faire, des stages sont organisés par la SDAP. Ils portent le nom de Cent’Or et Esprit de Cordée. Le premier est construit autour de l’équitation, le second autour des sports en montagne. Différents sur la forme, ils partagent les mêmes objectifs : resociabiliser les blessés et leur redonner confiance. « Il n’y a pas de jugement, pas de critiques. Ces stages apportent divers soutiens utiles dans leur quotidien. Notre accompagnement et notre bienveillance au sein des stages aident et favorisent une pratique adaptée de l’activité physique permettant à chaque blessé de constater la possibilité de réaliser encore une multitude d’activités malgré leur situation de handicap. Régulièrement en fin de stage, les militaires se confient sur les bienfaits et notamment le dépassement personnel dont ils pensaient ne plus être capables. ».

© ADC F. Bourdeau - CABCOMGR

Encadrés par des gendarmes diplômés et des psychologues, les blessés participent à toute sorte d’activités, qui leur permettent de se réapproprier leur corps et parfois même, de dépasser leur peur de mourir. Escalade, parapente, randonnée, équitation adaptée … Tout est réalisé en groupe. « Ce sont aussi des moments d’échange, de camaraderie. Les stagiaires partagent et communiquent entre eux. Certains réapprennent à s’ouvrir aux autres et à retrouver l’esprit de camaraderie au sein de notre institution».

Intégrer la famille au processus de reconstruction

Dans le cadre de la reconstruction par le sport, un troisième stage est également proposé, incluant cette fois-ci les familles des blessés. « Il est important d’inclure les familles dans le processus. Les gendarmes vivent en caserne, la famille est donc, indirectement, impliquée dans l’institution et d’autant plus impactée lorsqu’un accident survient » explique le référent. C’est pourquoi, un stage incluant conjoints et enfants est également organisé. Il porte le nom d’Ad Refectio et se déroule lors des vacances scolaires. « Après un accident, la famille est bien souvent en souffrance, les liens du couple se distendent.. L’objectif du stage est de ressouder la famille ». Durant une semaine, de nombreuses activités sont proposées, en famille certes mais également entre militaires ou encore entre adultes seulement. La dimension psychologique est, là encore, très présente, avec notamment la mise en place de plusieurs groupes de paroles : entre conjoints, entre militaires et avec la chaîne d’accompagnement.

Un impact bénéfique dans la reconstruction

« Les retours que nous avons sont très positifs, confie le colonel Durand. Les participants disent avoir ressenti une vraie solidarité et apprécient l’attention portée par l’institution. A travers la présence d’autorités sur les stages, ils ont le sentiment d’avoir une réelle reconnaissance ». Des propos corroborés par les gendarmes eux-mêmes.

© ADC F. Bourdeau - CABCOMGR

Mi-septembre, la gendarme Laëtitia participait au stage Cent’Or. Elle en garde un très bon souvenir. « Nous avons été chaleureusement accueilli par les gardes républicains qui nous ont encadrés toute la semaine, au côté un moniteur ORFA de la gendarmerie mobile, un militaire du CNSD et le référent RBS de la gendarmerie. Le programme nous a été expliqué au fur et à mesure, ce qui a permis de ne pas créer de stress ou d’angoisse sur l’activité à venir. Nous avons pu tisser une cohésion entre les cadres et nous ». Pour la militaire, ce fut belle expérience et « une nouvelle façon d’apprendre sur soi afin d’avancer dans [sa] reconstruction ».

Mais le chemin de l’accompagnement des blessés n’est pas terminé. « Nous avons encore d’autres ambitions. En 2023, nous proposerons un nouveau stage, orienté vers les activités nautiques. Nous voulons également développer d’autres projets de soutien, à travers des manifestations sportives et culturelles. Et il y a également la construction du Village des blessés qui doit voir le jour à Fontainebleau en 2024, pour laquelle la gendarmerie est très engagée et qui nous ouvre des perspectives très intéressantes pour augmenter le nombre de blessés accompagnés. » conclut le colonel Durand.

À noter : Le dispositif de reconstruction des blessés n’est qu’une partie de la stratégie d’accompagnement menée par la gendarmerie. Certains personnels, valides, sont également confrontés à des situations de handicap, celui de leur conjoint, de leur enfant, d’un parent … Ils sont alors en situation de proche aidant, c’est à dire de « personne qui vient en aide, de manière régulière et fréquente, à titre non professionnel, pour accomplir tout ou partie des actes ou des activités de la vie quotidienne d’une personne en perte d’autonomie, du fait de l’âge, de la maladie ou d’un handicap ». La prise en compte de cette situation, par des mesures d’aide à la mobilité par exemple, fait également pleinement partie de la politique d’accompagnement.