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Quand la gendarmerie et le CNRS s’associent dans la lutte contre les violences intrafamiliales

Auteur : le chef d'escadron Sophie Bernard - publié le
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© Gendarmerie nationale

Engagés depuis trois ans dans le projet européen « Improdova » portant sur la thématique des Violences intrafamiliales (VIF), la gendarmerie et le CNRS ont développé deux outils pour mieux combattre ce fléau : un manuel pédagogique à disposition des professionnels et un cube de prévention destiné au public. En cours de déploiement, ils ont été remis officiellement, ce lundi 26 septembre, aux unités du groupement de gendarmerie de l’Essonne (GGD 91).

Au premier abord, il pourrait s’agir d’un gros Rubik's Cube. Posé sur la banque d’accueil des brigades ou sur les bureaux des enquêteurs, ses faces colorées attirent l’œil vers des messages clés destinés aux victimes ou témoins de VIF : « Ne restez pas seul », « nous vous croyons », « la loi vous protège ». Sur le cube sont également inscrits les numéros d’urgence et l’adresse du site « arrêtons les violences ».

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Un cube pour capter l’attention du public, mais aussi un manuel à destination des forces de l’ordre, qui sont issus de trois ans de réflexion.

Le fruit d’un long travail de recherche

Ces outils sont le résultat d’une étroite collaboration entre la gendarmerie nationale d’une part, avec à la fois le Centre de recherche de l’école des officiers de la gendarmerie nationale (CREOGN) et le Bureau de la prévention et des partenariats de sécurité de la Direction générale, et le CNRS de Grenoble de l’autre. Les deux entités ont postulé pour intégrer, en 2018, l’équipe Improdova (Improving Frontline Responses to High Impact Domestic Violence) et échanger avec des professionnels de la sécurité, du social, ou encore de la santé, provenant de 7 autres pays européens (l’Autriche, la Finlande, l’Allemagne, la Hongrie, le Portugal, la Slovénie et le Royaume Uni).

« C’est une chance d’avoir été sélectionnés pour Improdova qui a représenté un budget global pour les huit pays de trois millions d’euros et a génèré de nombreuses candidatures à projet », souligne le lieutenant-colonel Jean-Stéphane Nogues, chef du département prospective et publications au CREOGN, « Ces échanges européens nous ont déjà permis d’adopter certaines méthodes de nos voisins, comme la grille d’évaluation du danger inspirée des pratiques de la police écossaise. »

Par ailleurs, l’étude comparative menée par les universitaires a fait émerger l’idée d’un manuel de prise en charge des violences conjugales. « Nous avons observé les standards internationaux et nous sommes allés sur le terrain, auprès des gendarmes de Loire Atlantique et de La Réunion, pour échanger sur leurs bonnes pratiques, explique Thierry Delpeuch, chercheur du CNRS en Sociologie et Science politique. Cela a permis d’alimenter ce manuel qui va aider les chefs à gérer leurs partenariats en matière de VIF, mais aussi donner des clés aux agents pour mieux accompagner les victimes et enquêter sur ce type de faits. »

Continuer de se former pour s’améliorer

Édité à 20 000 exemplaires, le manuel a été déployé dès la rentrée, dans les unités de la gendarmerie et de la police, cette dernière ayant aussi contribué à la relecture. À réception, les services ont pu également découvrir les cubes et une lettre de présentation des outils provenant des référentes nationales VIF des deux Maisons. « Depuis un an que j’occupe cette fonction, je me suis rendue compte de l’importance de la formation : mieux comprendre pour mieux accompagner les victimes », insiste la lieutenante colonelle Dorothée Cloitre, référente de la gendarmerie.

Rappelons que la formation des gendarmes en matière de VIF s’effectue désormais à trois niveaux : en école lors de la formation initiale, en continue grâce à l’enseignement à distance avec un module en présentiel, des formations avec des partenaires extérieurs, mais aussi grâce à ce type d’outils, et enfin à travers des stages pour les personnels nécessitant une véritable expertise comme les référents VIF ou ceux affectés dans les Maisons de protection des familles.

Enfin, la gendarmerie et le CNRS vont pouvoir poursuivre leurs recherches et continuer de se nourrir de méthodes étrangères en participant au nouveau cycle « Improve » 2022-2025. «Celui-ci sera davantage tourné vers l’évaluation de la dangerosité de l’auteur et sur la prise en compte des mineurs co-victimes », décrit la chef d’escadron Magali Haudegond, affectée au Bureau de la prévention et des partenariats de sécurité à la Direction générale. Deux axes de réflexion qui devraient générer encore de nombreux échanges et des pistes d’améliorations.

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