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Rodéos urbains : la gendarmerie fortement mobilisée

Auteur : Antoine Faure - publié le
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Saisie de trois scooters à Trets par les gendarmes de la compagnie d'Aix-en-Provence, qui seront ensuite détruits.
Saisie de trois scooters à Trets par les gendarmes de la compagnie d'Aix-en-Provence, qui seront ensuite détruits.
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Après le drame survenu vendredi 5 août à Pontoise, dans le Val-d’Oise, le ministre de l’Intérieur et des Outre-mer, Gérald Darmanin, a demandé le 8 août aux forces de l’ordre d’accentuer les efforts en matière de lutte contre les rodéos motorisés et de se focaliser sur les saisies. Sur tout le territoire, les gendarmes sont déjà fortement mobilisés pour faire cesser ces infractions. Exemple avec la compagnie d’Aix-en-Provence, dans les Bouches-du-Rhône.

Vendredi 5 août, à Pontoise, dans le Val-d’Oise, deux enfants ont été fauchés par le conducteur d’un deux-roues lancé à vive allure dans un rodéo urbain. L’un d’eux est toujours dans un état grave. Cet accident dramatique est venu tristement le rappeler : les rodéos urbains sont des actes irresponsables, qui présentent un grand danger, à la fois pour les conducteurs, le plus souvent des mineurs, et pour les tiers, eux-mêmes conducteurs ou piétons.

Partout sur le territoire national, en métropole comme en outre-mer, les forces de l’ordre sont mobilisées pour interpeller les délinquants, limiter le risque de récidive en saisissant les véhicules, et faire également de la prévention auprès des jeunes, pour leur rappeler les risques encourus, à la fois pour leur intégrité physique et au plan légal. En zone gendarmerie, on a constaté une hausse de 50 % de ces faits entre 2019 et 2021. À titre d’exemple, de mai à juillet 2022, les gendarmes ont procédé à plus de 13 200 verbalisations et réalisé plus de 300 saisies.

En lien étroit avec la police municipale

Répartis en sept Brigades territoriales autonomes (BTA) et deux Pelotons de surveillance et d’intervention (PSIG) Sabre, les 200 gendarmes de la Compagnie de gendarmerie départementale (CGD) d’Aix-en-Provence, dans les Bouches-du-Rhône, luttent quotidiennement contre ces rodéos urbains, notamment sur la commune de Gardanne, située en Zone de sécurité prioritaire (ZSP). « Actuellement, avec le renfort des seize gendarmes mobiles de l’escadron 31/7 de Reims et de quatre réservistes, dans le cadre du Dispositif estival de protection des populations (DEPP), nous sommes montés en puissance sur les opérations de sécurité routière, avec une attention particulière sur les rodéos urbains, décrit le lieutenant-colonel (LCL) Loïc Py, qui commande la compagnie. Chaque jour, une opération anti-délinquance de deux heures est ainsi menée. »

Ici comme ailleurs, la gendarmerie s’appuie sur chaque police municipale et sur les images des caméras des Centres de surveillance urbains (CSU). « Les policiers municipaux peuvent nous aider lors des opérations de contrôle, poursuit le commandant de compagnie, mais nous avons surtout besoin d’eux pour obtenir du renseignement sur ces rodéos, lorsqu’ils se produisent, pour procéder à des interpellations en flagrant délit, ou a posteriori pour identifier les véhicules, même si ceux-ci sont souvent non immatriculés, volés ou loués, et interpeller les délinquants à leur domicile. »

Exemple de cette complémentarité, à la fin du mois de mai, à Trets. Un rodéo urbain est signalé en centre-ville par des riverains. Un dispositif d’interpellation est immédiatement mis en place, engageant les militaires de la brigade de Trets et du PSIG d’Aix-en-Provence. Grâce aux images de vidéo-protection de la police municipale, les gendarmes ont pu suivre « en direct » ce rodéo, interpeller les auteurs en flagrant délit et saisir les véhicules. Les trois scooters ont été ultérieurement détruits, sur décision judiciaire, et les trois jeunes ont dû suivre un stage de sensibilisation à la sécurité routière.

Le flagrant délit reste bien sûr le moyen d’interpellation privilégié, quand cela est possible, puisqu’il permet la mise en fourrière des véhicules. Mais cela suppose un délai d’intervention extrêmement court. Autre difficulté : les lieux qui compliquent souvent les interventions. « À Gardanne, par exemple, ces rodéos ont lieu dans un labyrinthe de ruelles, où il est quasiment impossible de circuler en voiture, décrit le LCL Py. Il est très complexe, dans ces conditions, d’interpeller en flagrant délit. Nous devons engager des moyens sur plusieurs axes pour une manœuvre qui doit se dérouler en toute sécurité. »

La sécurité demeure en effet le maître mot, pour les délinquants comme pour les gendarmes. Il faut faire cesser l’infraction sans causer d’accident. Pas question de se lancer dans des courses-poursuites avec des conducteurs, le plus souvent mineurs et non casqués, entraînés aux sports mécaniques, équipés de véhicules puissants, et prenant tous les risques. Le jalonnement dynamique par une ou plusieurs patrouilles reste la méthode privilégiée. « D’autant que si un gendarme causait un accident grave, les troubles à l’ordre public seraient beaucoup plus grands », rappelle le commandant de compagnie.

Répression et prévention

La réponse pénale est également essentielle. Les contrevenants risquent de 1 à 5 ans de prison, et de 15 000 à 75 000 € d'amende. Une peine suffisamment lourde pour prévenir la récidive des primo-délinquants. Depuis janvier 2022, la loi a évolué pour permettre de mieux identifier les véhicules utilisés, et d'aligner la réponse pénale pour ce genre de délit avec les refus d'obtempérer, ce qui donne une plus grande marge de manœuvre administrative pour les confiscations. Sans oublier la suspension du permis de conduire, ou l’interdiction de se présenter à l’examen, qui peut avoir un effet très dissuasif pour des jeunes qui sont mineurs ou tout juste majeurs.

En complément de cette indispensable répression, les gendarmes multiplient également les actions de prévention dans les établissements scolaires et au sein des associations de quartier, ainsi que sur les réseaux sociaux. « La Maison de protection des familles du Groupement de gendarmerie départementale (GGD) des Bouches-du-Rhône aborde ce sujet lors de ses actions de prévention dans les collèges et les lycées, confirme le lieutenant-colonel Py. Et tous les gendarmes font aussi de la prévention auprès des jeunes détenteurs de deux-roues, dans le cadre du service courant et de leurs missions de contact. »