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Un nouveau Tour dans la bulle des anges bleus de la Garde

Auteur : le commandant Céline Morin - reportage photo : B. Lapointe - Sirpa-G - publié le
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Drapeau jaune de l'escadron motocycliste de la Garde républicaine signalant un point dangereux, sinon sensible, aux coureuses du Tour de France.
© Sirpa Gendarmerie - GND B. Lapointe

Depuis près de 70 ans, outre ses missions protocolaires et d’escortes sensibles, l’escadron motocycliste de la Garde républicaine œuvre à la sécurisation et à l’encadrement des épreuves sportives, essentiellement cyclistes, organisées sur la voie publique. Il roule ainsi au côté du Tour de France depuis la 40édition, en 1953. C’est donc tout naturellement que cette année, ceux que l’on surnomme les anges bleus ont encadré le Tour de France femmes, qui faisait son grand retour.

Le Tour de France féminin 2022, marquant le grand retour de l’épreuve sur les routes hexagonales, s’est achevé le 31 juillet au sommet de la Super Planche des Belles filles, au terme de huit jours de course et quelque 1 029 km. L’épreuve a naturellement nécessité la mise en place d’un dispositif de sécurisation conséquent tout au long de l’itinéraire. Mais qui d’autre que l’escadron motocycliste de la Garde républicaine pour assurer l’encadrement des 144 coureuses venues du monde entier et de la quarantaine de véhicules composant la caravane publicitaire ?

En effet, l’unité, créée le 1er janvier 1952, a très vite su se faire une place et une réputation dans l’univers du cyclisme international, intégrant l’encadrement du Tour de France dès la 40édition, en 1953. Rodé au fil des ans et des courses, le dispositif de sécurisation élaboré par l’escadron motocycliste de la Garde s’applique aujourd’hui à toutes les courses selon une organisation type, réglée comme du papier à musique, à quelques nuances près en fonction de la présence ou non d’une caravane publicitaire.

© Sirpa Gendarmerie - GND B. Lapointe

Une épreuve sur route ouverte

Comme la grande majorité des courses cyclistes sur route, à l’exception du Tour de France hommes, le Tour féminin bénéficiait d'un usage privatif exclusif temporaire de la chaussée pour l'échelon course. Seule la dernière étape s’est vu octroyer la privatisation de l’axe de bout en bout. Dans ce contexte, l’échelon course progresse dans une bulle privative mobile, mise en place par l’escadron moto de la Garde, avec un jalonnement aux carrefours les plus sensibles, voire identifiés comme dangereux, tandis que la caravane, qui bénéficie d’une priorité de passage, bénéficie d’un encadrement.

Pour ce faire, trente militaires ont été engagés du 24 au 31 juillet, dont dix déjà présents sur l’épreuve masculine, répartis entre l’échelon caravane, celui de la course, comprenant le véhicule commandement, et enfin la logistique. Parmi eux, à l'occasion de ce Tour féminin, trois motocyclistes féminines issues des Escadrons départementaux de sécurité routière (EDSR) des Landes, de Meurthe-et-Moselle et du Finistère. Recrutées sur appel à volontaire, elles ont ainsi rejoint les deux motocyclistes féminines de la Garde engagées dans la bulle de sécurité.

« C'est vraiment un régal de participer à des événements de ce type. C'est une ambiance particulière. Les gens nous voient autrement, il n'y a plus le côté répressif », confie l'une d'elle. Et même si sur sa circonscription, elle est ponctuellement engagée sur des épreuves cyclistes, elle avoue : « C’est une mission de prestige pour nous de travailler aux côtés de la Garde. »

D’autres militaires des Escadrons départementaux de sécurité routière (EDSR) locaux complètent systématiquement le dispositif en amont et en fin de course.

Motocyclistes d'EDSR et de la Garde œuvrant côte à côte.

© Sirpa Gendarmerie - GND B. Lapointe

Le format est donc le même pour toutes les courses cyclistes, et tout au long de l’épreuve, chaque garde se voit attribuer un poste bien spécifique, qu’il occupera tous les jours. « Il y a une organisation préétablie, mais rien n’est figé. En fonction des retours de la veille, le chef de mission peut décider de modifier la distribution des rôles », explique le lieutenant David, adjoint au chef de l'escadron motocycliste de la Garde et chef du détachement sur le Tour féminin.

Des itinéraires minutieusement étudiés

La journée, orchestrée tel un ballet mécanique, commence par la réunion sécurité de l’épreuve, à laquelle assistent le chef de détachement et le chef de mission. Ces derniers informent ensuite leurs personnels sur les attentes du jour et alertent plus particulièrement les drapeaux jaunes sur les points de vigilance, comme les passages à niveau, les terre-pleins centraux, les ponts avec un passage étroit, les descentes en courbe sans barriérage, etc. « Il n'y a pas de reconnaissance du parcours. Mais chaque étape est étudiée avec attention en amont, non seulement par le chef de mission et moi-même, mais aussi par les personnels, qui étudient le roadbook et les particularités de chaque étape. La réunion de sécurité nous apporte des éléments complémentaires sur l'allure attendue de la course, d'éventuels risques de manifestation… que nous transmettons aux différents chefs d'élément. Elle nous permet aussi de compléter notre analyse du parcours avec les points jugés dangereux par les organisateurs, que nous communiquons aux drapeaux jaunes. À ces points préalablement identifiés, s'ajoutent ceux qui peuvent survenir pendant la course ou ceux que les drapeaux jaunes eux-mêmes vont identifier sur l'itinéraire, poursuit le lieutenant. Le Tour de France hommes se déroulant sur route fermée, il comporte moins de risques, mais il compte plus de coureurs, une plus grande caravane et attire plus de spectateurs. Nous déployons la même vigilance quelle que soit la course. »

Une fois ce point de situation effectué, chacun peut se préparer pour sa mission, avec plus ou moins de temps devant lui.

La caravane passe !

Les premiers à s’élancer sont en effet les motocyclistes encadrant la caravane, qui part généralement une heure avant la course. Au nombre de trois sur le Tour féminin 2022 (contre onze sur l’épreuve hommes), ils sont renforcés par une dizaine de bénévoles de l’association des motards civils, que les gardes ont aussi pour mission d’encadrer. Positionnés à l’avant, au milieu et à l’arrière du convoi, dont l’allure est donnée par la voiture ASO, les gardes assurent son passage fluide et en sécurité. Ils empêchent aussi la remontée de véhicules extérieurs. Une mission délicate sur route ouverte, nécessitant une vigilance de tous les instants.

© Sirpa Gendarmerie - GND B. Lapointe

Rapidement les éléments de la course se préparent à leur tour non loin de la zone de départ. Un véhicule de l’EDSR local et deux de ses motocyclistes sont les premiers à ouvrir la voie. Leur mission : déclencher, en lien avec les gendarmes ou bénévoles jalonneurs, la fermeture des carrefours, ronds-points et autres accès. « Les EDSR que nous sollicitons pour nous renforcer sur chaque étape facilitent notre travail en termes de connaissance du terrain », souligne le chef de détachement de l’escadron moto.

Puis, 15 km derrière leurs camarades, quatre motocyclistes de la Garde en position « d'ouverture de route » font un deuxième passage afin de s’assurer que l'axe est dégagé. Au passage du véhicule commandement, qui effectue une ultime vérification, tout doit être bouclé. « On doit malgré tout toujours vérifier, car il peut toujours y avoir des personnes qui sortent par exemple d'un chemin privé, d'où l’importance du dispositif de sécurité avant », précise-t-il.

Une bulle de sécurité orchestrée tel un ballet mécanique

Le véhicule commandement, où prennent place le chef de détachement et son chauffeur, se positionne entre 500 mètres et 1 km en amont du premier coureur.

En lien avec les deux motocyclistes au contact du peloton, ils sont informés en temps réel de la position et du rythme des coureuses, ce qui leur permet d'adapter leur vitesse pour maintenir un écart suffisant entre elles et eux, et d'impulser l'allure adéquate au reste du dispositif avant. Sur leur passage, au moyen d’une sirène, ils préviennent les spectateurs de l’arrivée imminente des cyclistes. Inversement, ils signalent par radio au dispositif toute zone dangereuse qui n'aurait pas été préalablement signalée. Le chef de détachement est également en contact avec tous les autres intervenants (SDIS, groupements, compagnies, etc.) et les différentes autorités, comme le préfet, qui peuvent avoir besoin d’en connaître.

Au côté du véhicule commandement, quatre autres motocyclistes de la Garde ont pour mission de gérer tout ce qui se passe en amont des coureurs, prenant notamment en compte les échappées du peloton. En fonction de la physionomie de la course, ils peuvent également être appelés en renfort sur le dispositif arrière si le nombre de cyclistes « lâchées » est trop important.

Drapeaux jaunes : un rôle essentiel !

Dans le dispositif de la course avant se trouvent également cinq drapeaux jaunes, qui ont la particularité d'être mobiles dans la bulle. Ces motocyclistes vont se projeter loin en amont de la course pour matérialiser les points préalablement identifiés dangereux ou qu'ils jugent comme tel. « Le responsable d'ASO nous laisse une marge de manœuvre pour juger de la dangerosité ou non de certains points, ce qui nous autorise d'initiative à en retirer ou au contraire à en ajouter », précise le lieutenant David.

Drapeau jaune signalant un passage dangereux ou difficile.

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Ils signalent ainsi les dangers le long de l'itinéraire au moyen de leur drapeau jaune triangulaire, laissant passer tous les coureurs, avant de remonter le peloton pour renouveler l'opération. « Mais par exemple, vendredi 29 juillet, sur la 6étape, il y avait de nombreux points à signaler et ils ne pouvaient pas remonter, donc je n'avais plus de drapeaux jaunes devant moi », note-t-il, avant d’expliquer : « La remontée est vraiment un exercice très particulier, qui revêt une grosse responsabilité au niveau de la sécurité des coureurs et des spectateurs. Ça ne se fait pas comme ça. Il y a des endroits où l’on ne peut pas remonter le peloton, car cela pourrait s’avérer dangereux, comme au niveau des points de collecte ou dans une commune. De nombreux paramètres sont également à prendre en compte, comme le vent. C'est donc une mission essentielle et délicate que l'on confie à des personnels qui ont déjà un certain nombre d'années d'expérience au sein de l'unité et qui ont suivi une formation spécifique. Sur ce Tour, par exemple, ils ont entre 16 et 8 ans d'ancienneté. »

Un binôme en tête de course !

Après un départ fictif faisant office de défilé, la course commence véritablement au PK zéro, « où tout le monde remet son compteur à zéro. Et là, les accélérations commencent », explique la garde Fanny.

Au plus proche des coureuses, deux motocyclistes, progressant côte à côte, matérialisent la tête de course et informent le véhicule commandement de son évolution. Sur ce Tour de France féminin, cet élément, baptisé Alpha 8, est composé de deux personnels féminins issus de la Garde et d'un EDSR.

Binôme de tête de course lors du franchissement d'un col sur la 8e et dernière étape.

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« Ce poste est très important. Il faut mettre assez de distance pour laisser les coureuses tranquilles, mais pas trop non plus pour éviter que des voitures ne viennent s'insérer et génèrent un danger. On passe donc énormément de temps à regarder dans son rétro, surtout sur les courses d'ASO, où il y a énormément de véhicules d'invités, des organisateurs, de la presse, des motos partout. En général, on n'est pas trop proche, on les garde à vue, mais parfois on ne les voit pas tellement il y a de véhicules. »

Fin de course

Enfin, cinq motocyclistes forment le dispositif de « course arrière » ; l'un d'eux fermant le peloton et trois autres naviguant au niveau des véhicules des directeurs techniques, afin de sécuriser la fin de course et prendre en compte l'élongation du peloton et les attardés. « Si la course s'arrête, si quelqu'un change de vélo… Ils ne vont jamais dépasser le dernier coureur », précise le lieutenant.

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Enfin, un dernier motocycliste progresse à côté du véhicule « fin de course » de la Garde, faisant également office de véhicule mécanique, avec à son bord une moto de rechange et un mécanicien issu d'un Centre de soutien automobile de la gendarmerie (CSAG). Ce véhicule marque la fin de la bulle de sécurité, mais derrière, quatre gendarmes de la départementale suivent, en mesure de procéder aux évacuations sanitaires. « Cela nous permet de ne pas retirer d’effectifs de l’échelon course en cas de chute. Bien sûr, en fonction de l'importance de l’incident, nous serions en mesure d’intervenir aussi. »

Fin de mission ou presque…

La mission des motocyclistes ne s'arrête pas une fois la ligne d’arrivée franchie par les cyclistes. Ils doivent encore rejoindre leur hôtel, au plus proche du départ de l’étape suivante ; un camion logistique, piloté par un personnel de l'unité ou du 1er Régiment d’infanterie, transportant leurs affaires. « Il peut encore y avoir 100 à 200 km supplémentaires à parcourir en fin d'étape », confirme le lieutenant David… Avant la remise en condition opérationnelle des machines et enfin un repos salutaire pour les pilotes !

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