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Une délégation de l’OSCE à la découverte de l’expertise cynotechnique de la gendarmerie

Auteur : commandant Céline Morin - publié le
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La gendarmerie nationale a accueilli, du 7 au 11 mars, une délégation de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, dans le cadre de l’initiative franco-allemande de la feuille de route armes légères et petit calibre pour les Balkans Occidentaux, visant à coordonner la lutte contre la criminalité transnationale, et plus particulièrement contre les trafics d’armes à feu.

La cynotechnie en gendarmerie a déjà une longue histoire derrière elle. C’est en effet en 1943 que l’emploi des chiens a définitivement été adopté au sein de l’Institution. Aujourd’hui, ce sont près de 550 chiens et presque autant d’équipes cynophiles qui sont répartis dans diverses unités spécialisées ou non, sur le territoire métropolitain et en outre-mer. Gendarmerie départementale, gendarmerie maritime, de l'armement, des transports aériens, garde républicaine, GIGN, etc. nombreuses sont en effet les spécialités ayant recours à « l'outil cynophile » dans le cadre de leurs missions.

Réparties en trois grandes spécialités (pistage, recherche de matières et défense), il existe actuellement seize technicités auxquelles sont formées (et recylées) les « équipes cyno » de la gendarmerie, dont les plus connues sont le pistage, la défense, la recherche de stupéfiants, de billets, d'armes, de munitions, d'explosifs ou encore de produits accélérateurs d'incendie. D’autres sont plus particulières, comme la recherche de restes humaines, l’assaut, le pistage en avalanche et la Recherche d’explosifs en mouvement (REXPEMO). Pendant la pandémie, une expérimentation a également été menée pour évaluer la capacité des chiens à traquer la COVID, à l’instar d’autres programmes de recherche, comme « KDOG » (conduit par l’Institut Curie), visant à repérer à un stade précoce la présence de tumeurs cancéreuses.

Cette mission de formation incombe au Centre national d’instruction cynophile de la gendarmerie (CNICG) de Gramat, où les maîtres travaillent le dressage de leurs chiens à travers de multiples exercices, mais toujours par le biais du jeu, avant de les perfectionner dans une ou plusieurs de ces spécialités. C’est aussi là qu’est implanté, depuis 2002, le Groupe national d’investigation cynophile, exclusivement engagé pour la recherche de restes humains.

Une délégation de l’OSCE à la découverte de l’expertise gendarmerie

C’est aux fins de découvrir l’expertise de la gendarmerie dans le domaine de la cynotechnie et d’envisager comment cette dernière pourrait aider ses partenaires à se doter eux-mêmes de capacités cynophiles, de manière cohérente et durable pour produire des effets opérationnels, qu’une délégation de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) s’est rendue en France du 7 au 11 mars dernier. Une visite organisée à l’initiative de la Direction des opérations et de l’emploi (DOE), sous l’impulsion du général de corps d’armée Hubert Bonneau, avec le soutien du Commandement de la gendarmerie pour les missions extérieures (CGMEX).

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En effet, dans le cadre de la lutte contre la criminalité transnationale, et notamment de l’action de la France dans les Balkans occidentaux, depuis 2018, afin de mieux coordonner la lutte contre les trafics d’armes à feu, les partenaires multilatéraux de l’OSCE ont pris en charge l’accompagnement des pays des Balkans occidentaux dans la mise en place de capacités cynophiles. Un programme pour lequel le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères français a apporté une aide d’environ 450 000 euros en 2021 à l’OSCE.

C’est donc un aperçu complet des capacités de la gendarmerie dans ce domaine qui attendait la délégation, composée de M. Slobodan Boskovic, responsable du programme cynophile de l’OSCE et de cinq chefs de projet OSCE cyno des pays des Balkans occidentaux les plus intéressés (Pristina, Skopje, Tirana, Belgrade et Sarajevo), et accompagnée du chef d’escadron Pascal Seurre, conseiller technique militaire au pôle régional d’expertise en matière de sécurité à Belgrade, et de la chef d’escadron Agathe Védrenne, Officier de liaison au sein de l’OSCE en Autriche.

En effet, après une première journée à la DGGN, permettant de présenter la structure administrative de la chaîne cynophile, les visiteurs se sont rendus sur le terrain. D’abord en immersion à Gramat, où il ne fallait pas moins de deux journées pour saisir les missions, le fonctionnement ainsi que les contraintes d’une école cynophile (sélection des animaux et des maîtres-chiens, recyclage, etc.), avant d’aller au contact d’une unité opérationnelle, en l’occurrence le Groupe d'investigations cynophile (GIC) de Beynes, dans les Yvelines, pour en appréhender l’organisation matérielle et fonctionnelle.

En bonus, pour clore le séjour, la délégation a également été reçue au Pôle judiciaire de la gendarmerie nationale (PJGN), afin de mesurer l’apport du laboratoire en matière de sciences forensiques. Il leur a notamment été présenté le projet "empreinte olfactive", dont la finalité est de répondre à la question : peut-on faire correspondre une odeur corporelle à une et une seule personne ? Les chiens ayant prouvé qu'il est possible de remonter la piste d'une personne en suivant son odeur, l'objectif du projet "empreinte olfactive" est, en récupérant les odeurs présentes dans une pièce, de déterminer s'il est possible qu'une personne s'y soit trouvée. La présentation théorique de ce projet a été suivie par une présentation des installations matérielles nécessaires à son développement. Ces deux séquences ont généré de nombreuses discussions, notamment sur le processus de création d'un laboratoire forensique, mais également sur la formation des personnes qui y servent.

Les différentes étapes de ce programme élaboré par la DOE ont donc permis d’apporter à ces visiteurs une vision très concrète et utile de l’emploi de la technicité cynophile en gendarmerie, leur permettant d’appréhender toutes les dimensions afférant à la mise en place d’un projet cynophile et de réfléchir à des possibilités de mutualisation de moyens ou de structures au sein de la région.

L’arrivée du chien en gendarmerie ne date que de la seconde moitié du XXe siècle. Mais en quelques décennies, l'Institution a su acquérir un savoir-faire cynotechnique désormais reconnu au niveau international. La gendarmerie compte aujourd’hui quelque 534 chiens et 449 équipes cynophiles, répartis en métropole et outre-mer, aussi bien en gendarmerie départementale qu’au sein de la gendarmerie maritime, de l'armement, des transports aériens, de la garde républicaine, ou encore du GIGN. Le centre national d'instruction cynophile de la gendarmerie de Gramat les forme et les recycle à l’exercice de pas moins de seize technicités. Un dossier au poil !

La cynotechnie en gendarmerie

L’arrivée du chien en gendarmerie ne date que de la seconde moitié du XXe siècle. Mais en quelques décennies, l'Institution a su acquérir un savoir-fa..

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