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Les acteurs de la police technique et scientifique de la gendarmerie

Auteur : le capitaine Éric Costa - publié le
Temps de lecture: ≃5 min.
Le TIC et le TICP s’équipent afin de ne pas polluer la scène de crime durant les constatations.
© SIRPAG - BC F. Garcia

La Police technique et scientifique est assurée par une chaîne criminalistique aux compétences complémentaires.

Un matin de septembre, deux explosions résonnent dans les rues de Minorville, petit village de Meurthe-et-Moselle (54). Les riverains se réveillent en sursaut. Le bruit provient de la propriété du maire de la commune. L’élu fait immédiatement appel à la gendarmerie. Les premiers à marcher de la BTA de Liverdun sont engagés. Parmi eux, le gendarme Philippe Pierrat, récemment affecté, est Technicien en identification criminelle de proximité (TICP). Il est habilité pour réaliser les actes simples de Police technique et scientifique (PTS) : prélèvements des traces ADN et digitales, et prise de photographies.

Premier maillon de la chaîne PTS

Le gendarme Pierrat s’affaire prioritairement à préserver les traces et indices en effectuant le gel des lieux au moyen d’une rubalise. Puis il photographie la scène d’infraction de manière générale. Il recherche les potentielles traces de semelles ou d’effraction laissées par le ou les auteurs. Lors des premières constatations, des débris de bouteilles en plastique et des traces de liquide sont découverts dans la rue longeant la propriété ainsi que dans la cour intérieure à l’arrière du domicile. Une forte odeur d’acide se fait sentir.

Le TICP revêt ses équipements de protection individuelle (combinaison, gants et masque). Il procède aux relevés métriques pour coter le croquis de l’état des lieux, pièce essentielle du procès-verbal de transport, constatations et mesures prises qu’il aura à rédiger. Il positionne des repères numérotés au plus près de chaque indice.

Le TICP ne pouvant opérer que sur des infractions relatives à la délinquance de masse (cambriolages, dégradations, atteintes aux biens), il se rapproche du chef de patrouille, le maréchal des logis-chef Benjamin Caro, Directeur d’enquête (D.E.), et lui propose de solliciter l’avis de la Cellule d’identification criminelle (Cic) du GGD54. Les faits concernent un élu local. De plus, l’explosion de ce qui semble être deux bombes artisanales relève d’un niveau d’intervention technique supérieur à ses prérogatives.

Engagement de la Cic

Le major Corine Bohler, Technicien en identification criminelle (Tic) de permanence à la Cic54, est requis par le MDC Caro. À partir des éléments recueillis par téléphone, le Tic fait le rapprochement avec un fait similaire survenu, il y a peu de temps, à la brigade de proximité de Nomeny, à une quarantaine de kilomètres de Minorville. Le même type de bombe, à base d’acide chlorhydrique et d’aluminium mélangés dans une bouteille en plastique, avait été projeté dans l’enceinte de l’unité sans faire de blessés. L’affaire n’est toujours pas élucidée. En raison de la spécificité de la scène de crime et de cet aspect sériel, le major Raphaël Thomas, Coordinateur des opérations de criminalistique (Cocrim) est aussi avisé et se transporte sur les lieux.

D’étranges spécialistes en action

Dès son arrivée, le major Bohler fait un point de situation avec le TICP. Le gendarme Pierrat devient alors son assistant. Il l’appuiera pour les divers prélèvements et prises de notes. C’est une véritable aubaine pour notre jeune gendarme qui, très concentré et à l’écoute, approfondit ses connaissances. Cela permet aussi le suivi continu de sa formation.

Les deux techniciens poursuivent les constatations scientifiques vêtus de leurs combinaisons blanches qui intriguent les badauds. Photographies du général au particulier, jusqu’à zoomer sur les différents indices, mesures des projections, prélèvement des bouteilles et autres résidus suspects… un enchaînement d’actes méticuleux est réalisé au moyen de matériels bien spécifiques. Cette première phase s’achève par la saisie et la mise sous scellé de ces divers éléments.

Des perquisitions ont lieu dans l’appartement, les véhicules, la cave et la boutique d’un individu en lien avec les interpellés de l’été. Les gendarmes de la S.R. fouillent chaque recoin.

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La complexité pour révéler certaines traces, notamment sur les bouteilles en plastique, oblige le major Bohler à emporter des éléments de preuve pour les exploiter au plateau technique situé dans les locaux de la Cic. Après bris des scellés, les traces d’ADN seront prélevées et les empreintes digitales présentes seront révélées, photographiées et envoyées au fichier national des empreintes digitales à Pontoise (95).

Le type de produit utilisé par les auteurs pourra également être déterminé grâce à un essuyage complémentaire à l’intérieur des contenants. L’ensemble des écouvillons sera transmis pour analyse à l’IRCGN, qui, selon la sensibilité de l’enquête, pourra les traiter sous le signe de l’urgence. Les opérations du Tic prendront fin avec la rédaction du rapport détaillé des résultats qui sera remis au directeur d’enquête.

Cocrim : appui au D.E. des investigations… jusqu’au jugement

Pendant toute cette phase de PTS, le major Raphaël Thomas, Cocrim, cadence le traitement de la scène d’infraction. Gardant un œil attentif sur les opérations menées, il s’assure du bon conditionnement des traces, de la validité des prélèvements et de la valeur probante des indices. Il coordonne le travail en équipe du major Bohler et du gendarme Pierrat. Les affaires de Minorville et de Nomeny présentant des similitudes criminalistiques, le Cocrim centralise la gestion des indices et des traces de ces deux affaires. Il va devoir déterminer un probable rapprochement technique entre les explosions.

Véritable conseiller auprès du D.E., il définit avec lui les objectifs et les priorités en matière d’exploitation des indices, planifie les examens de laboratoire et élabore des hypothèses. Le Cocrim établit le lien entre les enquêteurs, les experts et les magistrats. Possédant une réelle maîtrise criminalistique et judiciaire, il propose des stratégies d’analyse au magistrat. Il peut être cité à comparaître en cas de procès afin d’exposer les résultats techniques et de soutenir les thèses du directeur d’enquête.