Dossiers

Police judiciaire : la brigade en première ligne face aux crimes et délits

Auteur : capitaine Céline Morin - publié le
Temps de lecture: ≃5 min.
Audition d’un gardé à vue à la brigade.
© Sirpa Gend - BRC F. Garcia

Au cours de ses affectations, l’adjudant Charles Pelte a su conjuguer le travail de brigade et sa fibre judiciaire. Portrait d’un brigadier « Pjiste » dans les Vosges.

La gendarmerie, l’adjudant Charles Pelte est tombé dedans quand il était petit ! « À 18 ans, mon choix était fait. J’ai commencé par la réserve avant de présenter le concours sous-officier. Je voulais vraiment aller en G.D. », confie ce fils de gendarme, qui depuis sa sortie d’école, en 2007, a toujours évolué en brigade. L’an dernier, dans le cadre de l’avancement, il a rejoint la brigade de proximité de Senones (Cob de Raon-l’Étape).

« Ici, la police judiciaire est ma principale mission. L’activité de la brigade nous permet de consacrer du temps à nos dossiers et de les approfondir. Les affaires trop longues ou complexes sont traitées par les unités de recherches, mais au niveau de la brigade, nous avons vraiment de quoi faire. On a de belles affaires », s’enthousiasme cet Officier de police judiciaire (OPJ) de 32 ans, adjoint au commandant de la brigade.

« Être prêt à gérer n’importe quelle situation »

OPJ et chef de groupe enquêteurs, il est généralement directeur d’enquête quand son unité est saisie d’une affaire. Ce n’est toutefois pas la seule casquette de ce jeune sous-officier toujours en quête de compétences supplémentaires.

« Je suis Technicien en identification criminelle de proximité (TICP) depuis la création de cette formation. Cela me permet d’assister le Technicien en identification criminelle (Tic) sur de grosses affaires et de me perfectionner. J’interviens sur les scènes de cambriolage pour relever les empreintes et effectuer les prélèvements biologiques. Je prends les empreintes des mis en cause, je vérifie la conformité des relevés effectués par mes camarades non techniciens et celle des réquisitions pour l’analyse des prélèvements. »

Sa casquette de TICP, il la coiffe également lors d’une découverte de cadavre : « Nous assistons le médecin lors de l’examen du corps et figeons l’état des lieux dans l’attente de l’intervention d’un Tic si cela est nécessaire. » Dans le cadre d’une convention avec la SNCF, l’ADJ Pelte a également suivi une formation pour apprendre à gérer, en toute sécurité, une scène d’accident de personne sur une voie ferrée.

Enfin, une qualification pour l’exploitation de la téléphonie complète son C.V. « Depuis que je suis en gendarmerie, j’essaie d’évoluer et de me diversifier pour être prêt à gérer n’importe quelle situation. En intervention, je peux ainsi traiter sans attendre pas mal de choses à mon niveau. »

Cambriolages, stupéfiants, violences, accidentologie rythment le quotidien de la brigade.

© Tous droits réservés

Travail dissimulé, stupéfiants et cambriolages

Parmi ses belles affaires, il se souvient notamment d’une enquête relative au travail dissimulé : « À la suite d’une intervention dans un établissement de nuit, nous avons obtenu un renseignement que nous avons approfondi. Nous avons travaillé sur la comptabilité et découvert 70 000 euros de salaires non déclarés. Notre collaboration avec les impôts et l’Urssaf a abouti à un redressement.

Cependant, en brigade, nous avons rarement le temps pour ce type de dossier. » Notre OPJ possède également une expérience notable en matière de lutte contre le trafic de stupéfiants. « À Neufchâteau, nous avions la chance d’avoir un chien stup’ à proximité, ce qui nous permettait de procéder à des contrôles routiers avec fouille sous réquisition et d’engager sans délai une perquisition au domicile d’un automobiliste contrôlé en possession de stupéfiants. Lors des auditions, on essayait d’obtenir des renseignements afin d’arrêter le trafiquant. » Et de raconter l’interpellation « en flag » d’un individu qui livrait quotidiennement sa marchandise à Neufchâteau.

L’audition, la perquisition du domicile, l’examen de la téléphonie ont permis de confirmer le trafic. « Ce sont de petites enquêtes qui n’en sont pas moins intéressantes. Nous avons saisi les produits, de l’argent et démantelé un petit réseau en 48 heures. » La brigade traite aussi les cambriolages dans les résidences principales ou secondaires.

« Nous effectuons les constatations et les prélèvements avant de procéder aux auditions. Si les auteurs sont des locaux, nous parvenons généralement à les retrouver », explique l’enquêteur, en précisant que pour les gros cambriolages, notamment dans les entreprises, il est rapidement appuyé par la brigade de recherches.

« Les affaires de mœurs sont complexes et délicates »

Pour ce jeune adjudant, l’avantage de travailler en brigade est de pouvoir traiter tout le panel de la délinquance. « Nous dirigeons ici une dizaine d’affaires de mœurs par an : notamment des agressions sexuelles sur mineurs, parfois commises dans le cadre familial. Nous travaillons à partir de signalements effectués par des proches ou des professionnels (tuteur, médecin, enseignant...) Ce sont des enquêtes complexes, qu’il faut traiter rapidement en raison des risques de récidive. »

Se remémorant les différentes affaires à son actif, l’OPJ se confie : « Au début, on ressent une gêne pour poser certaines questions, mais avec l’expérience, ça devient moins difficile. Quand la victime est une jeune fille ou une femme, je lui explique que les questions peuvent être directes et je demande si elle préfère être entendue par un personnel féminin. Ce sont des auditions délicates. Il faut emprunter le bon langage. »

Le quotidien sous le prisme de la P.J.

La police route et les interventions quotidiennes, l’adjudant Pelte les considère aussi à travers le prisme de la P.J. : « Les contrôles de police route nous permettent de connaître les gens et les véhicules sur notre circonscription et de faire des rapprochements entre certains individus. On peut identifier un véhicule repéré sur un cambriolage, enquêter à partir d’une conduite sous l’emprise de stupéfiants… »

Après dix ans d’une carrière bien remplie, le sous-officier estime avec lucidité avoir encore « beaucoup de choses à faire et à apprendre en brigade, notamment en termes de commandement. Il faut savoir évoluer, s’adapter et apprendre en permanence, notamment des anciens. Et si plus tard je peux rejoindre une unité de recherches, j’en serai très heureux. »

Le TIC et le TICP s’équipent afin de ne pas polluer la scène de crime durant les constatations.

Les acteurs de la police technique et scientifique de la gendarmerie

La Police technique et scientifique est assurée par une chaîne criminalistique aux compétences complémentaires. ..

Lire la suite...