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Outre-mer : un enjeu sécuritaire

Auteur : la capitaine Céline Morin - publié le
Temps de lecture: ≃5 min.
Dans un climat de violence souvent extrême, notamment à leur encontre, les gendarmes font face à un taux de criminalité et une immigration irrégulière en hausse, ainsi qu'à de nombreux troubles à l'ordre public, comme en Nouvelle-Calédonie.
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Taux de criminalité et immigration irrégulière en hausse, troubles à l'ordre public, climat de violence souvent extrême… L’outre-mer est un enjeu de taille pour la gendarmerie.

L’outre-mer représente 5 % de la population française et enregistre proportionnellement cinq fois plus d'homicides que la métropole, deux fois plus de viols et trois fois plus de violences crapuleuses. Des niveaux encore plus marqués aux Antilles et en Guyane, où la gendarmerie participe, depuis 2008, en coopération avec les armées, à l’opération Harpie, visant à lutter contre l’orpaillage illégal.

La situation se détériore également à Mayotte, où l'immigration irrégulière est à l'origine de violents troubles à l'ordre public. Cette violence, aggravée par la présence généralisée d'armes, s'exerce également à l'encontre des forces publiques et plus particulièrement des militaires de la gendarmerie.

Avec 98 % du territoire et 70 % de la population sous sa responsabilité, la gendarmerie constitue la première force de sécurité et de souveraineté outre-mer.

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Des chiffres parlants

L'outre-mer enregistre près de 80 000 faits de délinquance par an en ZGN. Le taux moyen de crimes et délits est de 45 pour 1 000 habitants. En Guadeloupe et en Guyane, il s'élève à 60, avec des communes à 80-85. Entre 2012 et 2016, les atteintes à l'intégrité physique des personnes ont augmenté de 22,3 %, soit 19 154 faits l'an dernier. L'outre-mer totalise 26 % des homicides, tentatives d'homicides et coups et blessures volontaires suivis de mort constatés en ZGN et 10 % des violences sexuelles, qui enregistrent une progression de 35,5 % sur cinq ans.

Les gendarmes ultramarins sont trois fois plus exposés aux agressions physiques, qui ont augmenté de 64,8 % au cours des cinq dernières années, passant de 281 à 463 faits en 2016. 52,7 % des agressions sont commises avec arme par nature ou destination (en hausse de 159,6 %). Le record est détenu par la Nouvelle-Calédonie (58 faits dont 20 par arme à feu) et la Guyane (53 dont 3 par arme à feu), puis Mayotte (42 dont 33 par jet de projectiles) et la Guadeloupe (37).

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En 2016, 288 gendarmes ont été blessés à la suite d'une agression physique, dont 110 avec arme : 25 par arme à feu, 26 avec arme blanche et 59 avec un véhicule. La Guyane, département ultramarin le plus violent avec 89 faits, la Nouvelle-Calédonie et Mayotte (qui passe de 6 à 57 faits et enregistre la plus forte hausse : + 950 %) affichent les taux d'agressions physiques à l'encontre des gendarmes les plus importants d'outre-mer, jusqu'à six fois supérieurs à celui de la métropole.

Un engagement permanent

« Servir outre-mer exige véritablement un engagement permanent, tant professionnel que personnel. Nos unités y sont fortement exposées. Ces territoires totalisent d’ailleurs près de 15 % de l'ensemble des blessés de la gendarmerie, présente le général de division Lambert Lucas, commandant de la gendarmerie d'outre-mer. La circulation d'armes est une réelle problématique. La Nouvelle-Calédonie, par exemple, compte 45 000 armes à feu déclarées en préfecture pour 200 000 habitants, mais on estime à 150 000 leur nombre réel. »

L'appui indispensable de la gendarmerie mobile

Le climat de violence outre-mer nécessite des renforts humains et des capacités d'intervention et de protection spécifiques. La quasi-totalité des huit Comgend disposent ainsi du renfort permanent de la gendarmerie mobile. 21 escadrons sont actuellement engagés outre-mer, les territoires les plus concernés étant la Guyane avec sept unités et la Nouvelle-Calédonie, qui passera de 6 à 8 escadrons à l’horizon 2018, en prévision du référendum d'autodétermination.

« Les spécificités de la gendarmerie mobile, notamment sa robustesse, sa flexibilité et son interopérabilité, en font un appui indispensable pour tenir le terrain et sans lequel nous ne pourrions tout simplement pas remplir la mission », souligne le général Lucas.

L’outre-mer compte par ailleurs sept antennes GIGN, soit une par département, à l’exception de Saint-Pierre-et-Miquelon. À effectif de 36, ces unités d’intervention sont en mesure de mettre en œuvre des capacités blindées (hormis Mayotte, la dernière créée, où cette mission est dévolue au GBGM) et d’observation-surveillance. L’A-GIGN de Guyane, forte de 50 personnels, a, quant à elle, la spécificité d'intervenir tant en appui de missions judiciaires qu'en forêt dans le cadre de la mission Harpie.

Un parc blindé essentiel pour la protection des personnels

Le climat de violence outre-mer nécessite des renforts humains et des capacités d'intervention et de protection spécifiques, comme en Guyane, dans le cadre de la mission Harpie.

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Trente-huit VBRG sont déployés outre-mer. Cette capacité sera renforcée d’ici 2018 en Nouvelle-Calédonie, dont la dotation passera de 10 à 14 VBRG, s’ajoutant aux 8 VAB déjà dans le déploiement. Toutefois, le parc blindé outre-mer est bien plus vaste.

Ainsi, au regard de l’usage régulier d'armes à feu à l’encontre des forces de l’ordre, la Nouvelle-Calédonie dispose, par exemple, de véhicules légers de patrouille blindés jusqu’au niveau des unités territoriales. Les VBRG vont, par ailleurs, bénéficier de dispositifs de renforcement du blindage sur les zones de vulnérabilité.

À Mayotte, où le risque provient davantage du caillassage et de jets de projectiles, la priorité est de renforcer tous les éléments vitrés des véhicules. « Ces capacités de protection supplémentaires garantissent la mobilité et la sécurité des unités engagées. Pour le commandement, c'est la double assurance d'une liberté de manœuvre et de la préservation de l’intégrité physique des personnels », insiste le général.

Anticiper les phénomènes

Outre-mer, tout évolue beaucoup plus vite que ce soit en termes de délinquance, de violence, souvent spontanée, d'ordre public ou de démographie. L'échelle du temps ainsi raccourcie laisse peu de temps à l'adaptation. Un Comgend se doit donc d'être réactif, par exemple aux mouvements contestataires réguliers, comme les blocages qui paralysent la Guyane depuis le 22 mars, mobilisant l'ensemble des unités.

Il doit aussi être dans l'anticipation de certains événements, comme les troubles à l'ordre public pouvant entourer le référendum d'autodéter- mination programmé en Nouvelle-Calédonie en 2018. Le CPGC a d’ailleurs pris une part active dans la préparation de cette échéance, pour laquelle un groupe de planification préfectoral a été créé dernièrement.

Un ultime défi pour l'avenir, est celui de l'anticipation de l'évolution démographique. Comme le précise le général Lucas : 

« Mayotte et la Guyane enregistrent une augmentation de leur population de 4 à 5 % par an.»

«Cela implique une croissance de la population de 20 à 25 % d'ici cinq ans et surtout son doublement sur 20 ans. Cela ne va pas sans réactions communautaires face à des afflux de populations extérieures qui déséquilibrent la vie sociale. Dans le même temps, la Martinique et la Guadeloupe subissent le processus inverse. Le dispositif gendarmerie devra donc s'adapter », conclut le général Lucas.