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Un seul engagement : « agir ensemble »

Auteur : le commandant Céline Morin - publié le
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Stéphane Bouillon, directeur de cabinet du ministre de l’Intérieur, a notamment souligné la modernité portée par la concertation.
© MDL F. Garcia

Un colloque s’est tenu à la direction générale de la gendarmerie, le 2 avril, pour célébrer les « 30 ans de la concertation ». Plusieurs tables rondes ont permis de porter un regard historique mais surtout prospectif sur le modèle de dialogue social de la gendarmerie. À cette occasion, les deux groupes de travail ont d’ailleurs présenté le fruit de leurs réflexions pour améliorer encore la portée et l’efficacité de toute la chaîne de la concertation.

« La concertation a sa place dans la totalité du biotope gendarmerie, jusqu’à l’unité la plus proche du terrain : la brigade territoriale. Elle contribue grandement à la cohésion de notre maison, cohésion qui fait sa force. [...] La gendarmerie marche sur deux jambes : l’autorité hiérarchique et la concertation. C’est un tandem. Les deux doivent progresser de concert pour rester en équilibre. [...] La concertation n’est pas une option, c’est une obligation », a insisté le général d’armée Richard Lizurey, en ouverture du colloque, soulignant toutefois le rôle difficile de la hiérarchie d’allier l’exercice du commandement et de l’écoute. « La concertation, ce n’est pas le partage de l’autorité. En revanche, le commandement doit se nourrir du dialogue, de l’écoute des personnels, de cette concertation, ce qui le rend encore plus légitime, plus fort, plus efficace. » La clé, pour le directeur général, d’un commandement « agile, bienveillant et éclairé ».

Et d’approfondir son analyse : « La concertation, c’est la rencontre de deux réflexions qui s’alimentent l’une l’autre et qui, au final, en mettant l’humain au cœur des discussions, et en plaçant l’efficacité opérationnelle au cœur du problème, permettent à la gendarmerie, force humaine, d’avancer. C’est un modèle éminemment constructif, qui permet de dégager des solutions partagées, respectées par tous. […] La gendarmerie n’est pas dirigée par le haut, elle est dirigée et inspirée par le terrain. C’est lui qu’il faut arriver à associer, ses idées qu’il faut arriver à capter. La concertation est l’un des moyens de les récupérer, de les synthétiser et de les acheminer au niveau central pour que la maison soit encore plus efficace. »

À cette occasion, le général Lizurey a également rappelé que « la concertation est un point d’ancrage fort à la communauté militaire », soulignant que l’identité et les valeurs militaires ancrées dans « l’ADN » de la gendarmerie sont le gage de son efficacité présente et à venir. Revenant sur les différents anniversaires marquant cette année 2019, il a estimé que ces rendez-vous étaient « l’occasion de faire le point sur les perspectives de progression, de modernisation et d’évolution.» Concernant plus particulièrement la concertation, « l’ambition est qu’elle continue son chemin, se développe et se pérennise[…] La gendarmerie nationale est l’une des administrations qui s’est le plus réformée ces dix dernières années. Nous n’aurons jamais peur du changement. En revanche, il doit se faire dans l’intérêt général et dans l’intérêt de la population que nous sommes chargés de protéger. En cela, la concertation est une force supplémentaire parce qu’elle doit être associée à l’évolution de la maison. »

Toujours dans le domaine du dialogue interne, le directeur général a également signalé la qualité des échanges entretenus avec les organisations syndicales des personnels civils de la gendarmerie, traduisant là encore l’appartenance de tous les personnels de l’Institution à un collectif œuvrant ensemble au quotidien pour la même mission. « La totalité des personnels sont imprégnés de cet esprit de cohésion qui fait notre honneur et notre force. »

Une vision prospective de la concertation

Présenté comme « un laboratoire d’idées » par le directeur général, le colloque marquant les 30 ans de la concertation s’est articulé autour de plusieurs tables rondes, permettant de porter un regard à la fois historique mais surtout prospectif, sur le modèle de dialogue interne que la gendarmerie a su adapter par touches successives depuis 1989, et ce toujours dans le strict respect de son statut militaire.

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L’une d’elles était particulièrement consacrée aux associations en lien avec la gendarmerie et à leur contribution au dialogue interne au regard de leur différente sensibilité.

Les contributions de hautes personnalités issues de la gendarmerie, de la communauté militaire ou du monde civil, dont Bernard Pêcheur, président de section honoraire au Conseil d’Étatou encore le général d’armée aérienne (2S) Jean-Paul Palomeros, ancien chef d’état-major de l’armée de l’air et ancien commandant suprême de l’OTAN pour la Transformation, ont permis d’apporter de riches éclairages.

62 propositions d’évolution

Ce grand rassemblement du dialogue interne s’est conclu par la présentation des pistes de progrès identifiées par les deux Groupes de travail (G.T.) mis en place depuis le mois de janvier dernier, en présence de Martin Briens, directeur du cabinet civil et militaire de la ministre des Armées, et de Stéphane Bouillon, directeur de cabinet du ministre de l’Intérieur.

Composés d’une quinzaine de membres du CFMG, de la chaîne de concertation et de titulaires de commandement, ces deux G.T., respectivement pilotés par le général de corps d’armée Alain Pidoux, commandant la région de gendarmerie de Bretagne et la gendarmerie pour la zone de défense et de sécurité Ouest, et par le colonel Louis-Mathieu Gaspari, secrétaire général du CFMG, ont été missionnés pour travailler sur « les relations entre les échelons territoriaux de commandement et la chaîne de concertation » et « les perspectives d’avenir pour le modèle de dialogue interne de la gendarmerie ». Ils ont chacun émis trente et une propositions concrètes visant à améliorer encore la portée et l’efficacité de la chaîne de concertation.

« Au-delà des réflexions conduites par les membres du G.T., nous avons pris en compte les remarques et les propositions émises à la suite de la consultation nationale lancée par le CFMG. Nous avons aussi consulté des commandants de formation et des conseillers concertation afin de nous assurer que nos propositions seraient bien en cible, a détaillé le général Pidoux. Partant du postulat que la circulaire 186.000 de mars 2017 répondait parfaitement aux besoins et cadrait bien l’exercice du dialogue interne, le G.T. a jugé qu’il ne serait pas pertinent de proposer un amendement des textes réglementaires. « Nous nous sommes donc efforcés d’élaborer, dans une approche pragmatique, des outils permettant de faciliter au quotidien l’exercice de la concertation, notamment au niveau élémentaire, a-t-il expliqué, présentant en illustration de ses propos un projet d’organisation optimale de la concertation dans les formations, élaboré sur la base de huit leviers d’action, ainsi qu’une mallette pédagogique rassemblant une série d’idées et d’outils.

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« L’idée maîtresse qui a soutenu notre réflexion était d’asseoir la légitimité, la crédibilité et la visibilité du CFMG, dans le seul objectif d’améliorer son efficacité, a déclaré à son tour le colonel Gaspari, avant de présenter quelques propositions concernant le fonctionnement du Conseil et la professionnalisation de ses processus de travail, notamment ceux du groupe de liaison (G.L.), ou encore la communication de ses messages.

La prochaine étape sera de mettre en œuvre ces 62 propositions, en associant l’ensemble de la chaîne de la concertation.

« La concertation fait partie intégrante de votre ADN »

« La concertation participe à l’âme de la gendarmerie, a déclaré le directeur de cabinet du ministre de l’Intérieur à l’issue du colloque. La concertation, c’est la confiance [...] C’est aussi le respect de chacun au sein de l’institution [...] et la loyauté qui permettent de dire les choses franchement mais de respecter les décisions prises pour permettre au chef d’assurer son devoir, dont celui si important de veiller sur ses hommes afin que ceux-ci puissent accomplir leurs missions. »

Il a également souligné la modernité portée par la concertation, qui n’a eu de cesse d’évoluer et de faire évoluer la gendarmerie, en phase avec la société : « Plus de transparence, plus d’explications, plus de considération. […] C’est comme ça que la concertation permet à la gendarmerie de donner le meilleur de ce qu’elle est. Elle fait partie intégrante de votre ADN. […] Nous avons besoin de cette concertation pour que vous puissiez nous faire remonter vos attentes, vos craintes, vos inquiétudes, et nous avons besoin de vous pour pouvoir faire redescendre sur le terrain les choix qui ont été faits, expliquer, présenter la politique qui a été conduite, les décisions qui ont été prises.[…] Il faut garder intact l’esprit de la concertation : élément de cohésion, aide au commandement… La concertation, c’est en quelque sorte une boussole pour comprendre, analyser, traiter toutes les questions humaines, matérielles, fonctionnelles, qui permettent à la gendarmerie de remplir l’ensemble de ses missions.»

Pour Stéphane Bouillon, la concertation doit conserver sa liberté de ton, son absolue loyauté, la proximité avec le terrain et le respect pour les chefs : « C’est ce qui fait la force de la concertation, son originalité. Et c’est ce qui fera sa pérennité ! » Il a enfin souhaité porter un message d’innovation, soulignant à ce titre la pertinence de l’ensemble des propositions faites par les deux groupes de travail, ainsi que l’engagement quotidien de l’ensemble des acteurs de la concertation, « à la fois pour leur patrie et pour leurs camarades ».