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L’ADN : les évolutions d'une révolution

Auteur : Pablo Agnan - publié le
Temps de lecture: ≃5 min.
© GND F.Garcia

L’ADN est la star incontestée des preuves depuis maintenant une trentaine d’années. Considérées comme une technologie de rupture, les techniques d’analyse n’ont cessé d’évoluer au fil des années. Au cœur de ces mutations, se trouvent l’IRCGN et son département Analyses génétiques traces (AGT), avec quelques innovations qui ne cessent d’optimiser cette révolution.

Pour les non-initiés, le nom d’acide désoxyribonucléique peut occasionner un léger mal de tête. Pourtant, dans le monde de la police technique et scientifique, celui que le grand public connaît mieux sous le nom d’ADN est la star incontestable des preuves, et ce depuis maintenant plus de 30 ans et l’affaire Colin Pitchfork. En 1987, ce citoyen britannique fut confondu à cause de son ADN, à la suite d’une série de viols suivis de meurtres. Depuis, l’ADN est devenu l’élément phare dans les enquêtes criminelles. En France, la dépendance à cette molécule n’a cessé de s’accentuer au fil des années, notamment à partir de 1998 et la création du FNAEG (Fichier National Automatisé des Empreintes Génétiques).

Des évolutions en chaîne

Entre-temps, de nombreuses évolutions sont venues améliorer cette révolution : d’abord en 1984, avec la découverte de la technique PCR (Polymerase Chain Reaction). Ce procédé permet d’ouvrir la voie à l’analyse de micros échantillons pouvant aller jusqu’à une seule cellule. Puis, la décennie suivante voit l’apparition de travaux sur l’analyse de l’ADN mitochondrial. Dans le domaine judiciaire, l’exploitation de cet ADN va apporter la possibilité d’analyser des échantillons plus vieux et très dégradés. Enfin, dans les années 2000, la mise sur pied de méthodes de travail industrielles, avec des chaînes automatisées, va permettre d’augmenter le rendement des analyses. Cette augmentation du rendement, et donc de la vitesse d’exécution pour obtenir des résultats le plus rapidement possible, est l’une des lignes directrices du lieutenant-colonel Sylvain. En 2015, celui qui est aujourd’hui le chef du département Analyses génétiques traces (AGT) a créé le microFLOQ direct, « un outil de prélèvement d’échantillons biologiques qui permet de réduire le temps d’analyse ADN de cinq à deux heures. » Autre outil pour améliorer la productivité : le laboratoire mobile d’analyse ADN ou LabADN. « Comme son nom l’indique, il s’agit d’un laboratoire d’analyse itinérant. Il fournit aux enquêteurs un « labo » clé en main, au plus près de la scène de crime. » Ce laboratoire d’analyse ADN projetable, unique au monde, peut être déployé dans de nombreuses circonstances, lors d’attentats ou de catastrophes naturelles par exemple, comme ce fut le cas après le passage de la tempête Alex dans les Alpes-Maritimes.

© GND F. Garcia

Une course contre la montre

À l’instar du réalisateur britannique Christopher Nolan et de son obsession pour le temps, le lieutenant-colonel Hubac cherche lui aussi à étirer au maximum la dimension temporelle de l’ADN, pour profiter au mieux de tout ce qui pourrait en être retiré par l’évolution des techniques d’analyse, afin de faciliter la résolution des cold cases. C’est ce qu’il a réussi à faire avec Nucléicap, une solution qui permet de conserver des millions d’échantillons d’ADN à température ambiante pour une durée illimitée, dans un espace de quelques mètres carrés. Enfin, l’officier a également déposé deux autres brevets pour « assurer une traçabilité des échantillons et éviter leur contamination. » Avec plus de 200 000 analyses par an, des erreurs humaines de manipulation ne sont pas à exclure. L’officier et son équipe ont donc fabriqué un prototype de machine permettant de placer correctement un échantillon sans qu’il y ait de manipulations humaines.

Le portrait-robot génétique, l’analyse de la dernière chance

Établir le portrait-robot génétique d’un individu était une technique encore interdite en France jusqu’en 2014 et l’affaire du violeur en série lyonnais. À l’époque des faits, en 2012 et 2013, il était impossible pour les victimes d’aider à dresser un signalement précis du violeur, car son visage était masqué et qu’il agressait les victimes dans leur dos. Quant aux empreintes, elles ne correspondaient à rien dans le FNAEG. Face à une enquête au point mort, le juge en charge du dossier va demander à un laboratoire de déterminer les caractéristiques physiques du suspect à partir des traces ADN que celui-ci avait laissé sur les victimes. Alors illégale, cette procédure sera finalement validée par la Cour de cassation. Depuis, cette technique du portrait-robot génétique ne s’est pas démocratisée pour autant. Celle-ci est en effet utilisée « uniquement dans des affaires criminelles et doit être autorisée par un juge d’instruction », précise le chef d’escadron Amaury, expert en empreintes génétiques. « C’est un peu l’analyse de la dernière chance », concède-t-il. Mais concrètement, ce procédé est un véritable atout pour les enquêteurs, surtout lorsque le dossier piétine. Car il permet de définir, sous forme de probabilités, certaines caractéristiques morphologiques d’un individu, comme la couleur de ses yeux, celle de ses cheveux et de sa peau, ainsi que son origine bio-géographique. Mais alors, pourquoi pas plus de caractéristiques, comme la taille ou même la prédisposition à la calvitie ? « Certaines données sont encore trop imprécises et aussi influencées par des facteurs environnementaux », explique celui qui est aussi chef de service adjoint au département AGT. Chaque caractéristique physique n’a pas la même fiabilité de prédiction, « les résultats d’un portrait-robot génétique ne sont donc pas sûrs à 100%. » L’enquêteur ou le magistrat devra bien garder à l’esprit qu’il s’agit là d’une orientation d’enquête et que, dans certains cas, le suspect pourra chercher à modifier son apparence, grâce à des teintures, des lentilles, etc.