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Les sciences et la technologie au service de l'offre de sécurité

Auteur : commandant Céline Morin - publié le
Temps de lecture: ≃19 min.
Le général de division Patrick Touron.
© GND F.Garcia

Appui quotidien aux unités de terrain, à travers un vaste panel d’expertises et une capacité de projection, formation des enquêteurs, recherche et innovation… Le pôle judiciaire de la gendarmerie, ainsi que l’explique son commandant, le général de division Patrick Touron, est un outil à la pointe du progrès, en phase avec les besoins opérationnels, permettant d’optimiser l’offre de sécurité au service des citoyens.

Comment présenteriez-vous, 10 ans après sa création, le rôle et les missions du PJGN ?

Dès la conception du PJGN, la gendarmerie a souhaité associer deux unités dissemblables au premier abord : l’Institut de recherche criminelle (IRCGN), une unité à vocation expertale, dont l’objectif est d’exploiter les indices matériels retrouvés sur les scènes de crime, et le Service central de renseignement criminel (SCRC), structure à compétence judiciaire nationale, qui, lui, a vocation à exploiter, voire anticiper, les éléments de données d’enquête. Ces deux unités supportent quatre grandes missions. Ce sont tout d’abord deux centres de production, tournés vers l’appui aux unités de terrain. L’IRCGN traite ainsi chaque année entre 200 000 et 240 000 dossiers sous réquisition judiciaire et le SCRC plusieurs dizaines de dossiers par semaine, qu’il s’agisse d’enquêtes, d’appuis techniques à l’investigation ou de fiches de renseignements anticipatifs, sans parler des milliers de contrôles opérés sur les fichiers. Leur deuxième grande mission consiste à former les enquêteurs aux nouveaux outils et modes d’exploitation du renseignement ou des indices que nous développons et à les sensibiliser aux modes de saisine. Le troisième point clé de notre action réside dans notre capacité de projection opérationnelle, afin d’appuyer les unités lorsqu’elles sont confrontées à une scène de crime complexe, nécessitant de nombreuses investigations, ou lorsqu’elles doivent faire face à un important volume de renseignements ou de données judiciaires à exploiter. La projection d’experts et d’enquêteurs spécialisés, mais aussi d’outils plus performants, va permettre d’apporter plus rapidement des éléments d’information au plus près des enquêteurs, ce qui non seulement démultiplie leur action, mais aussi leur permet d’améliorer les orientations de leur enquête. C’est un gain en temps et donc d’efficience. En moyenne, une ou deux équipes du PJGN sont déployées sur le terrain chaque jour, et ce à proportions égales entre l’IRCGN et le SCRC. Enfin, le dernier point qui caractérise le PJGN dans son ensemble, c’est sa capacité de recherche et d’innovation. Il est en effet primordial de coller aux évolutions techniques, technologiques, voire disruptives, afin de permettre à la gendarmerie de toujours avoir un outil à la pointe du progrès, pour une meilleure réponse auprès des services. Cet ancrage opérationnel, couplé à une maîtrise de la technologie de pointe, constitue notre squelette, sur lequel s’appuie notre action quotidienne.

Le PJGN met donc quotidiennement un vaste champ d’expertises au service des unités de terrain. Concrètement, quelles capacités est-il en mesure de leur apporter ?

L’IRCGN et le SCRC doivent couvrir l’ensemble du spectre des capacités ou des outils susceptibles d’être utilisés dans la résolution d’une affaire judiciaire, car nul ne sait à l’avance quels indices ou éléments collectés seront déterminants. La stratégie du PJGN est donc de ne négliger aucune des techniques existantes, en favorisant, au travers de la chaîne criminalistique ou du renseignement de la gendarmerie, la formation et le développement d’outils de détection et de collecte adaptés. Le rapprochement des deux unités a également permis de développer de nombreuses compétences transverses, sous forme de plateaux spécialisés, afin de mieux répondre aux besoins des enquêteurs. Je pense ainsi au Plateau d’investigation véhicules (PIV), qui fait désormais office de point d’entrée unique dès lors que les enquêteurs rencontrent une problématique liée à un véhicule. Le PIV se charge de les orienter vers les spécialistes idoines, facilitant ainsi l’accès aux différentes capacités. Plus récente, la division des cold cases a elle aussi déjà fait ses preuves. Elle permet de retravailler sur des dossiers qui n’ont pas abouti, en recherchant dans les scellés des éléments d’enquête qui auraient pu être insuffisamment exploités au regard des capacités techniques de l’époque. Cela peut aussi être un réexamen de l’ensemble de la procédure avec des outils ou logiciels plus performants, qui permettent de faire des rapprochements et d’émettre de nouvelles propositions, qui pourraient offrir un nouveau point d’approche aux enquêteurs. Le Plateau d’investigation sur les explosifs et les armes à feu (PIXAF), point d’entrée national pour l’Europe, est également intéressant, puisqu’au-delà des analyses, il facilite les croisements entre les enquêteurs et les experts en explosifs ou en balistique. Par exemple, ce qui semble n’être qu’un simple vol de produits chimiques, peut alerter le PIXAF sur le fait que ledit produit peut entrer dans la composition d’explosifs. Nous avons également un plateau traitant de la fraude à l’identité, avec le volet enquête et le volet expertise des faux et contrefaçons, conduit par le département documents de l’IRCGN. Enfin, le dernier plateau d’investigation, peut-être le plus annonciateur de l’avenir, traite des objets connectés (PIOC). Aujourd’hui, toute personne est porteuse d’objets communicants, qui peuvent contenir des informations potentiellement utiles lors d’une constatation d’infraction. Dans les années à venir, et même déjà maintenant, la résolution d’un certain nombre d’affaires criminelles passera par la capacité à interroger ces objets connectés. L’exemple le plus flagrant est celui des véhicules, qui détiennent de nombreuses informations dans leurs calculateurs et leurs ordinateurs de bord. Mais cela peut aussi être un pèse-personne, une cafetière ou un système d’allumage électrique, dont l’interrogation permettra de dire si une personne était ou non présente dans une pièce. Dans le même ordre d’idée, nous avons aussi un Observatoire central des systèmes de transport intelligent (OCSTI), qui porte auprès des constructeurs, ingénieurs ou de l’Europe, les besoins spécifiques des forces de sécurité. Il est primordial que la gendarmerie dispose d’une expertise sur la communication entre ces véhicules intelligents, ainsi qu’entre eux et la route, et surtout qu’elle s’attache à faire prendre en compte, en amont, les spécificités qui la concernent en matière de sécurité, pour que les véhicules intelligents soient en mesure de détecter et de comprendre le rôle d’un agent sur la voie publique, mais aussi pour améliorer leur contrôle ou la protection contre les vols.

Récemment, en plus de ses missions traditionnelles, le Pôle a également été largement impliqué dans la crise sanitaire…

Le PJGN a su faire preuve d’une adaptation, d’une résilience même, très forte sur le volet de la crise sanitaire. Cette année, bien que vraiment particulière, n’a que peu impacté l’activité traditionnelle de l’IRCGN et du SCRC. Si ce n’est un peu moins de déplacements, nous avons enregistré le même nombre de dossiers. Dans le même temps, nous avons su mettre des moyens au profit de la communauté nationale. Cela s’est d’abord traduit par la transformation de notre capacité pour conduire des analyses par QPCR en génétique humaine, que l’on a mise à la disposition des hôpitaux français au profit de la détection du coronavirus. Au début de la crise, nous avons ainsi pu augmenter la capacité globale de détection sur la plaque parisienne de 5 à 10 %. Nous nous sommes aussi rapidement rendu compte qu’on pouvait avoir besoin de multiplier les centres d’analyses. La gendarmerie a donc conçu en quelques semaines un laboratoire mobile transportable dédié à la détection de la COVID. Cette COVID Box a été réalisée en moins de quatre mois et mise en place sur l’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle début août 2020, signifiant ainsi au monde scientifique que la gendarmerie dispose d’une expertise du haut du spectre.

© Sirpa gendarmerie

Les avancées scientifiques et technologiques ont largement modifié le travail des enquêteurs sur le terrain, mais aussi au sein du PJGN. Plus largement, elles permettent de faire évoluer notre offre de sécurité en ouvrant le champ de nouvelles potentialités…

Le champ de la science est nécessairement évolutif. L’objectif est de « coller » aux avancées technologiques pour répondre aux besoins opérationnels, en réduisant les contraintes des gendarmes de terrain, qui gagnent ainsi en temps et en efficience. Un gain de temps qui peut ainsi se reporter sur d’autres missions. C’est d’ailleurs une évolution qui a lieu au sein même du PJGN, où le travail technique, désormais automatisé, laisse plus de place à l’interprétation. Les évolutions techniques et technologiques permettent donc d’aller beaucoup plus vite et de recueillir beaucoup plus d’informations qu’avant. Ce faisant, on doit aussi accepter qu’elles modifient la façon dont on exploite les indices. Certaines spécialités ou technicités disparaissent au profit de nouvelles. Notre travail est d’orienter cette expertise vers les nouveaux besoins. Par exemple, la capacité d’exploitation de l’ADN ou des empreintes digitales sur certains supports n’était pas aussi performante il y 20 ans. Il fallait alors une tache de sang pour identifier une personne, dix ans plus tard, une simple goutte suffisait, et, aujourd’hui, nous sommes capables d’extraire l’ADN à partir de cellules recueillies sur une empreinte digitale déposée sur un verre. C’est une question de sensibilité. Et cela fait partie des grandes évolutions technologiques. D’ailleurs, nous continuons à travailler dans le domaine des empreintes digitales, en association avec des chercheurs de l’École normale supérieure (ENS) et des industriels, pour développer des outils qui nous permettraient de nous affranchir des notions de température et d’humidité, et donc de réduire les contraintes de révélation et d’exploitation pour les personnels de terrain. De même, nous sommes passés du croquis à la main à l’automatisation de la gestion d’une scène de crime, en la fixant grâce à des moyens lasers ou optiques, qui reconstituent la scène en trois dimensions et de manière assez simplifiée et surtout très rapide. Si l’on prend l’exemple d’un accident de voiture. Aujourd’hui, en exploitant les calculateurs, le GPS et autres, nous obtenons beaucoup plus d’informations qu’en examinant les structures de déformation, les traces ou le système de freinage, etc. C’est une autre approche, moins mécanique, davantage tournée vers l’informatique et l’électronique, même s’il y a toujours une utilité pratique à démonter un véhicule, puisque récemment, cela nous a conduits à découvrir des sacs de cocaïne dans les portières. L’une des conséquences est que les données récoltées sont souvent trop nombreuses pour être exploitées dans leur globalité par un individu. Donc, nous développons et déployons sur le terrain de nouveaux outils pour effectuer ce traitement d’informations de manière automatisée et adaptée à nos besoins de gendarmes. Dans cet esprit, le département des applications cyber développe des outils qui vont permettre aux enquêteurs de traiter de manière quasi automatique ces milliards ou millions d’informations désormais disponibles, de manière à les regrouper, les lier, les classer et les exploiter. Le temps ainsi gagné pourra être utilement reporté sur la partie analyse. Nous travaillons aussi, en lien avec le monde universitaire, sur des outils d’analyse sémantique, basés sur la reconnaissance des mots, leur positionnement dans la phrase…

Une autre grande mission du PJGN est en effet de participer à la conduite de la politique de recherche et d’innovation de la gendarmerie. Comment cela se traduit-il concrètement ?

La place occupée aujourd’hui par le PJGN dans le monde de l’investigation et de l’expertise judiciaires est reconnue dans toute l’Europe, voire au niveau mondial. Cette réussite repose en grande partie sur notre politique de gestion des Ressources humaines (R.H.), qui nous permet de recruter des scientifiques et des chercheurs en qualité de gendarmes, de valoriser leur expertise, notamment à travers le port d’un insigne de docteur, et de les accompagner dans des parcours universitaires ou doctorants. D’ailleurs, cette valorisation des innovateurs dépasse largement, et ce depuis des années, la sphère du PJGN, pour concerner tous les personnels de la gendarmerie, que ce soit au travers des Ateliers de performance, de l’accompagnement des brevets, ou de la valorisation de chaque inventeur qui travaille au profit de la gendarmerie, etc. Douze officiers ou sous-officiers du PJGN accomplissent actuellement leur doctorat, en plus de tous ceux qui en détiennent déjà un, et trois personnels ont débuté une procédure d’habilitation à diriger les recherches. Cela nous permet d’intégrer complètement le monde scientifique français. Nous sommes d’ailleurs fortement sollicités par le monde universitaire pour faire des recherches dans le cadre de projets européens ou français. Pourquoi ? Parce que nous apportons deux garanties importantes pour le monde académique : la réputation d’une grande fiabilité dans nos engagements et une forte expertise opérationnelle, c’est-à-dire la capacité de conduire des projets qui auront une finalité applicative. C’est d’ailleurs aussi le fruit de notre politique R.H. Pour identifier nos axes de recherche, il est en effet impératif de s’appuyer sur des gendarmes qui ont une pratique professionnelle. C’est pourquoi les officiers du PJGN, bien que scientifiques, font un passage sur le terrain, en qualité de commandant de compagnie, où ils sont confrontés aux besoins des enquêteurs. À leur retour, ils deviennent membres du conseil de division de l’IRCGN ou du SCRC, strate de décisions plus stratégiques sur les acquisitions de matériels ou la définition des travaux à conduire, et intègrent le directoire scientifique du pôle judiciaire. Au sein de cette structure, nous définissons les axes de recherche à venir et nous réfléchissons aux projets qui seront utiles à la gendarmerie. Cela nous permet de ne jamais être hors-sol. Par exemple, sur la base de mon expérience en tant que commandant de compagnie en Côte-d’Or, nous avons développé une technique permettant d’identifier des munitions de chasse, non pas en s’appuyant sur les déformations liées au passage du projectile dans le canon, inexistantes avec les canons lisses des fusils de chasse, mais sur la composition des alliages de plomb, de manière à pouvoir rapprocher les projectiles retrouvés dans la victime avec un lot de munitions détenu par l’un des chasseurs présents. De la même manière, dans le domaine du renseignement, afin de pouvoir exploiter les milliers d’informations dont nous disposons, pour arriver à faire du prédictif ou du prévisionnel, le SCRC développe des outils de gestion et de création de liens quasi automatiques, de manière à détecter, le plus en amont possible, les signaux faibles annonciateurs d’un phénomène. Bien entendu, la R&I s’appuie sur de nombreux partenariats forts aux plans national et international. L’Observatoire national des sciences et technologies de la sécurité (ONSTS) est à l’origine d’une politique d’échanges et de collaboration avec des établissements publics comme le Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA), l’Office national d’études et de recherches aérospatiales, le Centre national de la recherche scientifique (CNRS), l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer... Nous avons bien entendu noué des liens forts avec le monde universitaire et académique, qui nous permettent notamment de recevoir des stagiaires très pointus dans l’ensemble des domaines, que ce soit les mathématiques appliquées, la chimie, la physique, l’exploitation de la sémantique, le renseignement criminel, les algorithmes, l’intelligence artificielle, le data mining… Un accord-cadre a d’ailleurs été signé début 2019 avec les présidents d’université. Bien entendu, nous travaillons aussi avec les structures judiciaires européennes telles qu’Europol ou Interpol, etc. Et nous avons créé un réseau d’échanges comprenant plus de 70 laboratoires mondiaux spécialisés dans les sciences forensiques. Enfin, nous avons un comité d’éthique, composé de personnels de tous statuts, dans le respect de la parité, y compris des réservistes citoyens issus de la magistrature ou du monde académique, qui s’interroge, de manière « non scientifique », sur la portée de nos recherches et nous oriente pour que nos innovations s’intègrent dans un monde respectueux du droit, de l’éthique, et aussi parfois du bon sens. C’est particulièrement important dans les domaines de la génétique ou de l’intelligence artificielle. Là encore, nous travaillons en lien avec les comités d’éthique du monde universitaire.

Quelles sont les dernières grandes avancées et les prochaines priorités en matière de R&I dans le domaine de la police judiciaire ?

Je dirais que la plus grande révolution est liée à l’optimisation des processus d’exploitation des données et de gestion de liens. Désormais, ce sont des téraoctets de données qui sont recueillis et un individu ne peut plus les appréhender dans leur globalité ; les algorithmes vont devoir appuyer les enquêteurs. Récemment, nous avons réussi à infiltrer et à déchiffrer un grand réseau criminel qui utilisait des téléphones cryptés devant leur assurer une impunité totale. Face aux 130 millions de messages ainsi collectés, nous avons dû concevoir un logiciel, baptisé Orion, qui permet de recontextualiser les données et d’effectuer des rapprochements judiciaires adaptés à la judiciarisation des éléments. Sur une autre affaire, ce sont des centaines de scellés qui ont dû être exploités ou des milliers d’heures de vidéo. Les nouveaux outils doivent nous permettre de les exploiter utilement, sans quoi leur recueil s’avère inutile. Demain, avec l’arrivée de la 5G et les milliers d’objets connectés, communiquant entre eux, ces informations numériques ou cyber, lorsqu’elles sont sur le réseau, constitueront la matière qui nous permettra de résoudre les affaires criminelles. La deuxième grande avancée concerne l’identification des personnes. De manière traditionnelle, celle-ci se fait sur la base des empreintes digitales et de l’ADN. Au sein du PJGN, nous travaillons sur un nouvel axe de recherche, celui de l’empreinte olfactive d’un individu. L’objectif est de disposer, grâce à l’odeur humaine, d’une nouvelle donnée biométrique d’identification individualisante. Le projet devrait aboutir d’ici deux ou trois ans. À l’heure actuelle, nous pouvons individualiser un profil. Mais pour procéder à une identification formelle, il faut aussi être capable de démontrer que chaque odeur est unique. L’ADN, même si ce n’est plus aussi disruptif, réserve encore de nombreuses évolutions et sera sans nul doute l’indice le plus exploité à l’avenir. Là encore, pour correspondre aux besoins des enquêteurs, souvent amenés à exploiter des traces d’ADN dégradées, nous développons, en lien avec des universités, de nouvelles technologies, afin de pouvoir utiliser de plus petites parties d’ADN pour individualiser une personne à partir d’un ADN dégradé. Nous travaillons aussi sur la masse d’informations portée par l’ADN, pour donner des probabilités de couleur des yeux, de cheveux, de peau, mais aussi des indications sur l’âge, la taille, la forme de la mâchoire, de l’oreille, etc. Avec ce portrait-robot génétique, nous sommes dans l’orientation d’enquête et non plus dans l’identification. Ce sont deux techniques particulièrement utiles dans le traitement des cold cases. Un autre de nos projets, Shuttle, est développé dans le cadre de la lutte contre les violences faites aux femmes. Il s’agit d’un appareil qui centralisera les différentes analyses de prélèvements, afin d’établir ou non le lien entre un auteur présumé et la victime, au regard des traces et indices souvent infimes recueillis par transfert entre victime, auteur et lieux de l’agression.

Vous avez évoqué les nombreux partenariats que le PJGN a noués dans le cadre de ses recherches. Cette ouverture se retrouve également dans la contribution que ses travaux sont en mesure d’apporter au monde de la recherche…

Nous avons en effet été approchés pour nos travaux sur l’empreinte olfactive par l’Institut Curie, dans le cadre du projet Kadog, sur la détection des cancers du sein par les chiens. Après l’aval du comité d’éthique, nous avons monté un partenariat pour conduire des recherches sur l’identification des molécules qui signent ou signalent l’apparition d’un cancer avant même qu’on ne les voit de manière radiologique. Nous travaillons également avec l’hôpital Foch sur la détection des cancers ou des maladies des poumons. Enfin, nous avons mis toute une chaîne d’analyses au profit de la recherche sur la détection de la maladie de Lyme. C’est un véritable tournant, qui touche également le domaine du cyber ou de l’analyse d’images. Là encore, dans le cadre de conventions avec des universités, nous travaillons sur de nouveaux logiciels, par exemple sur la reconnaissance d’images avec l’Université de Cergy-Pontoise. Nos travaux sont publiés et partagés avec les chercheurs du monde entier. Nous l’avons également fait pour la COVID Box. En matière de conception d’outils logiciels, le SCRC est lui aussi un acteur majeur, avec un certain nombre de projets à son actif, notamment en matière de déchiffrement, à l’instar de la plate-forme Cerberus. Financée sur fonds européens, elle est mise au profit des forces de police ou d’enquête européennes pour les aider à déchiffrer certaines données, que des délinquants cherchent à cacher aux enquêteurs et aux magistrats. Aujourd’hui, pratiquement 90 % des projets que nous proposons au niveau européen sont retenus par nos pairs scientifiques. Pendant longtemps, la criminalistique était la somme des sciences utilisables au procès pénal dans la recherche de la vérité, désormais la science forensique que porte le PJGN est une science à part entière, qui apporte plus d’informations que la somme des autres sciences. La gendarmerie scientifique contribue désormais à l’effort global de la recherche nationale et même internationale, puisqu’elle s’exporte en dehors de nos unités ou de nos laboratoires. Notre engagement, combattre le crime.

À noter : retrouvez en pièce jointe une infographie présentant les domaines d'expertises du PJGN.