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Sur la trace des empreintes

Auteur : Pablo Agnan - publié le
Temps de lecture: ≃4 min.
© GND F. Garcia

Qu’elles soient biométriques, génétiques ou numériques, les empreintes sont toujours activement recherchées sur une scène de crime. Une information qui n’a pas échappé aux criminels, qui trouvent souvent le moyen de les dissimuler. Qu’à cela ne tienne, les gendarmes du PJGN répondent aux innovations des délinquants grâce aux découvertes scientifiques. Et leur imagination n’a aucune limite.

Les empreintes digitales : la doyenne des preuves

Elles sont présentes sur toutes les scènes de crime et sont devenues, au cours du siècle dernier, l’une des principales preuves lors des enquêtes : les empreintes digitales. En France, la résolution du premier crime grâce aux empreintes digitales remonte à 1902, lors de l’affaire Scheffer. Depuis, les techniques de recherche et de révélation de traces papillaires ont beaucoup progressé. L’arrivée de l’informatique et, notamment, la création du Fichier automatisé des empreintes digitales (FAED) en 1987, marque une rupture dans le domaine de l’identification.

Les algorithmes d’amélioration d’images et de comparaison ne cessent de progresser, pour permettre l’analyse de traces plus partielles. « En matière de révélation, il y a moins d’évolution dans les techniques, déjà très performantes, depuis quelques années », confirme la capitaine Marianne, chef du département Empreintes digitales de l’IRCGN.

Dans son quotidien, l’officier et ses collègues reçoivent des scellés provenant de tout le territoire, sur des affaires relevant plutôt du « haut du spectre », pour les analyser. Et c’est lors de ces travaux journaliers que de petites évolutions apparaissent : « On observe l’apparition de nouveaux supports, comme le papier thermique (tickets de caisse) ou des supports biodégradables par exemple. » De son côté, l’IRCGN répond aussi à l’innovation par l’innovation, notamment en matière de détection optique et de photographie, « avec une progression aussi dans les capteurs. » Si les criminels sont de plus en plus prudents et prennent garde à ne pas laisser de trace, la doyenne des preuves scientifiques conserve encore aujourd’hui toute sa pertinence.

© GND F. Garcia

L’empreinte olfactive : vers une future révolution ?

La gendarmerie pourra-t-elle, à l’instar des empreintes digitales, génétiques et numériques, reconnaître un suspect grâce à son odeur ? C’est le projet mené par le lieutenant-colonel Guillaume, chef du Département environnement incendie explosifs à l’IRCGN et expert auprès de la Cour d’appel de Versailles et de la Cour de cassation. Un procès, en 2013, montrant les limites de la preuve obtenue par l’odorat du chien, lance le projet, qui devient un programme en 2018. Encore aujourd’hui, le fonctionnement de l’odorat du chien reste méconnu des scientifiques, comme le reconnaît l’officier : « On sait que ça marche mais pas comment. » La seule certitude dont disposent les spécialistes est que l’odeur peut se décomposer en trois composantes : « Une partie primaire, génétiquement déterminée et supposée stable dans le temps. Une secondaire, plus variable, et influencée par l’activité humaine, l’alimentation ainsi que l’environnement. Enfin, une composante tertiaire, où les autres composés exogènes viennent s’ajouter au corps, comme les cosmétiques ou le savon. » Voilà pour la partie théorique. En pratique, il s’agit de développer, « une stratégie analytique constitutive d’informations complémentaires à celles révélées par les chiens, dans le but de produire, devant les tribunaux, des résultats ayant plus de force probante. Des partenariats entrepris avec le milieu médical ouvrent également des perspectives diagnostiques, avec la recherche de descripteurs pertinents. »

En résumé, l’un des objectifs serait, à terme, de pouvoir dresser un « portrait-robot olfactif » d’un individu, à l’instar de ce qui se fait déjà avec l’ADN. « À défaut d’identification, la classification serait déjà une forte valeur ajoutée, ce que ne peut pas faire le chien. » À l’heure actuelle, les scientifiques sont déjà capables de différencier l’odeur entre un homme et une femme. Mais l’opération prend du temps. Pour l’instant, ils ont récolté 600 échantillons d’autant de personnes différentes, de manière aléatoire et anonyme. L’idée est de pouvoir distinguer quels types d’odeurs peuvent constituer une empreinte olfactive bien définissable. Si les résultats de ce pro - gramme sont « très encourageants et qu’ils laissent entrevoir de nombreuses possibilités », l’intéressé préfère n’avoir aucune certitude : « Jusqu’où pourra-t-on aller ? Je suis incapable de vous le dire. » Pour l’instant, ce projet, commencé en 2012, en est à la phase 4 de son développement, sur une échelle de maturité technologique allant de 1 à 9. L’empreinte olfactive pourra-t-elle, à l’instar des empreintes digitales, être considérée comme une preuve lors d’un procès ? Réponse dans plusieurs années.