Dossiers

AGORH@ : une réussite à transformer

Auteur : Antoine Faure - publié le
Temps de lecture: ≃5 min.
© GND F. Garcia

Treize ans après sa mise en service, le Système d’information R.H. (SIRH) Agorh@ entre dans une nouvelle ère de développement, en demeurant au cœur de la stratégie de la dématérialisation et en permettant, grâce à une optimisation et une gestion dynamique des données, d’avoir une meilleure vision des compétences détenues, ou à détenir, pour chaque gendarme.

Bien que son nom de baptême soit d’inspiration antique, le système d’information Agorh@ n’est pas si vieux que cela. Il est apparu sur nos écrans lors de ce siècle, en 2007, et en l’espace de quelques années a profondément modifié les habitudes des gendarmes, offrant une aide précieuse au gestionnaire R.H. et au commandement dans chaque service.

Le projet de créer un portail numérique ouvert à tous les agents, qui soit à la fois un système de gestion mais aussi un annuaire d’entreprise, est né en 2002. « L’objectif, à travers cet outil, était aussi de centraliser l’attribution des droits à toutes les applications, en fonction des affectations, précise le lieutenant-colonel (LCL) David Flotat, chef de la Mission du système d’information Agorh@ (MSIA). Il s’agissait déjà d’un gain important en termes d’effectifs. Les maîtres-mots étaient et sont toujours : efficacité, simplicité et fiabilisation de la donnée. »

Une réponse aux besoins du terrain

« La feuille de route d’Agorh@ est de répondre aux besoins du terrain, rappelle l’officier. Cela s’inscrit pleinement dans le cadre de notre ambition commune  : “Pour la population, par le gendarme”. L’idée principale est de soulager les gendarmes du terrain et les échelons de commandement, en leur évitant d’avoir à effectuer des tâches annexes, et ainsi de dégager du temps pour leur permettre de se consacrer à leur cœur de métier : le contact avec la population. »

Paramétré à l’origine pour les besoins de la gendarmerie, avec le support d’une SSII (Société de Services et d’Ingénierie en Informatique), le système a ensuite été développé au fil des ans en interne. « Nous avons recruté et formé notre propre personnel technique afin d’être plus réactifs et d’éviter les démarches administratives trop lourdes des appels d’offres », explique le LCL Flotat.

Les 54 agents qui composent à ce jour le service doivent gérer un carnet de commandes de plus en plus important. « Ces dernières années, le principal challenge pour Agorh@ était d’ordre technologique, note le colonel Lionel Bounéou, chef du bureau des outils de soutien et des statistiques. Il fallait conserver l’outil à jour afin de pouvoir facilement le faire évoluer, augmenter son périmètre, réduire les temps de requêtes sur les bases de données. C’est la face immergée de l’iceberg, mais l’amélioration était également visible pour les gestionnaires et les militaires. »

Un outil éco-responsable

À l’horizon 2024, dans le cadre de la stratégie de transformation, le système va désormais devoir relever deux nouveaux défis : la poursuite de la dématérialisation et la mise en place de parcours de compétences.

«  La dématérialisation est très attendue. Une première étape clé a été franchie avec succès l’an dernier pour la solde, rappelle le LCL Flotat. Le processus va se poursuivre au fil de l’eau jusqu’en 2024, grâce notamment à l’ajout de briques techniques comme la signature électronique. On peut prendre pour exemple la demande de mutation avec les avis hiérarchiques, qui doit aujourd’hui être imprimée pour être signée. Demain, cela ne sera plus nécessaire. Il n’y aura plus de dossiers papier et tout se fera numériquement. Les gains en termes de rendement et de budget s’inscrivent aussi dans le cadre d’une démarche éco-responsable. Pour le bulletin de paie, on avait estimé que sa production correspondait à une palette entière de papier chaque mois, soit environ 500 tonnes d’eau ! »

Cette dématérialisation concernera notamment le dossier de l’agent, qui sera entièrement numérisé et le suivra tout au long de sa carrière, « sans qu’il ait besoin de constituer un nouveau dossier papier en cas de mutation ou lors du passage d’un concours interne par exemple », précise le colonel Bounéou.

Une intelligence artificielle au service de l’humain

Le projet Agorh@ Compétences a été lancé début 2020. Une phase d’études sera menée cette année, en partenariat avec la société SAP, pour définir précisément le besoin, à l’issue d’entretiens et d’ateliers d’échanges menés avec des gestionnaires R.H. et des gendarmes. « L’idée est de s’appuyer sur les millions de données existantes et d’ouvrir encore davantage le système, en proposant de nouveaux services pour la gestion des formations, explique le chef de projet, le LCL Alexandre Baillieux.

Aujourd’hui, la demande de formation se déroule en dehors de l’outil. L’un des pans du projet est d’intégrer cette ingénierie dans Agorh@. » « Nous voulons aider le gestionnaire à mieux connaître le militaire et savoir quelle évolution de carrière peut lui être proposée en fonction de sa formation, mais aussi de son expérience et de ses appétences, décrit le colonel Bounéou. Actuellement, nous étudions les compétences uniquement à travers le prisme des formations et des diplômes, en ne tenant pas suffisamment compte de l’expérience du terrain. Avec un peu d’intelligence artificielle, le système pourra fouiller dans l’ensemble des données pour pouvoir proposer des formations adaptées à un profil ou utiliser ce profil pour répondre à un besoin sur un poste spécifique. »

Le SIRH Agorh@ construira ainsi lui-même un C.V. dynamique de l’agent, grâce à des éléments déjà connus de l’Institution ou ajoutés par le gendarme lui-même. « À aucun moment, la machine ne décidera seule, insiste le LCL Baillieux. Le système prendra en considération ces données, et des algorithmes fourniront aux gestionnaires une information qui les aidera dans la prise de décision. » Pour le LCL Flotat, « il s’agit juste d’un filtre destiné à simplifier le travail administratif. Cela permettra de dégager du temps pour des entretiens qualitatifs. L’intelligence artificielle renforcera le facteur humain. »