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L’innovation par et pour le gendarme

Auteur : le capitaine Éric Costa - publié le
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© MAJ F. Balsamo

La gendarmerie poursuit sa politique d’innovation pour répondre aux besoins exprimés par les militaires du terrain. Pour que ce travail soit pleinement efficient, elle s’appuie sur un plan stratégique de recherche et innovation et met en œuvre une réflexion capacitaire qui apporte une cohérence opérationnelle dans la recherche et le développement.

Un des objectifs de la gendarmerie est, au travers des besoins exprimés par les gendarmes du terrain, de gagner en performance dans l’accomplissement des différentes missions mais également d’améliorer le bien-être des personnels grâce aux innovations, technologiques ou non.

Préparer l’avenir

« La démarche capacitaire a pour objectif de préparer l’avenir. C’est un cycle itératif, qui associe le plus grand nombre dans un esprit collaboratif : personnels du terrain, officiers concepteurs de la Direction des opérations et de l’emploi (DOE), du Service des technologies et des systèmes d’information de la sécurité intérieure ST(SI)2, du Service de l’achat, de l’innovation et de la logistique du ministère de l’Intérieur (SAILMI), financiers, spécialistes, industriels, etc. Il s’agit de mettre en cohérence les nombreux projets portés par la DOE », explique le colonel Loïc Baras, chargé de mission auprès du DOE.

La gendarmerie met en œuvre une cinquantaine de capacités : observation & surveillance, cyber-renseignement, planification et gestion de crise, prévention technique de la malveillance, e-contact, etc. Cet ensemble permet de remplir une ou plusieurs missions, grâce à des personnels formés, une doctrine établie dans un cadre légal bien défini, tout en agissant au sein d’une organisation dédiée et équipée des moyens logiciels et matériels nécessaires.

Le terrain toujours au centre

« Face à une nouvelle menace ou l’émergence d’une nouvelle technologie, nous enclenchons une revue capacitaire. Le travail commence par un état des lieux précis de la capacité et de ses évolutions connues. L’apport du terrain et la veille technologique sont primordiaux à cette étape pour identifier les améliorations souhaitables et possibles, comme par exemple les évolutions de la capacité 3D avec l’émergence du drone et du besoin croissant de renseignement optronique « haut du spectre » retransmis depuis nos hélicoptères », poursuit le colonel Baras.

En complément, un échange régulier organisé avec les industries œuvrant dans le domaine de la sécurité, permet de définir des axes stratégiques d’évolution de la gendarmerie.

Coordonner les programmes

Ces orientations permettent de susciter des besoins et donc de nouveaux programmes de modernisation et de nouveaux projets de Recherche et Innovation. Une feuille de route permet de se projeter sur la situation souhaitée, tout en respectant les processus d’arbitrage budgétaire.

Pour traiter ces nombreux programmes, la DOE s’est organisée autour d’un groupe d’officiers en charge de la cohérence opérationnelle. « À l’été 2020, trois Officiers de cohérence opérationnelle (OCO) seront en charge des travaux nécessaires au maintien de la cohérence des capacités qui leur seront attribuées au niveau de la DOE. À charge pour eux de conduire la prospective, identifier les innovations nécessaires, assurer le suivi des nombreux programmes et être en lien étroit avec le terrain et tous les partenaires, comme le ST(SI)2 ou le SAILMI pour les équipements, ainsi que les industriels et les référents métiers des sous-directions de la DOE », conclut le colonel Loïc Baras.

L’innovation au service du capacitaire et des moyens du terrain !

« Les innovations peuvent être le résultat de travaux académiques conduits par la communauté des 78 docteurs, 40 doctorants et 408 ingénieurs de la gendarmerie, par ailleurs soutenus par de nombreux partenariats désormais institués auprès de grandes structures de recherche (CNRS, CEA DAM, INRIA, ONERA, conférence des présidents d’université). Ces travaux prennent place dans notre plan stratégique recherche-innovation soumis annuellement au conseil scientifique de la gendarmerie, qui, à travers les personnalités et les structures de haut niveau qui y siègent, colle à l’actualité technologique et établit une programmation crédible et surtout dédiée au développement d’outils de terrain ! » détaille le colonel Benoît Tonanny, chargé de mission au cabinet du directeur général de la gendarmerie nationale.

C’est à l’observatoire national des sciences et technologies de la sécurité qu’il revient alors de s’assurer que les échanges se font entre les différents acteurs et que chacun dispose de la bonne information, tant dans les projets qui sont conduits, que dans les financements disponibles (européens par exemple) ou encore à travers différents appels à projet qui pourraient intéresser la gendarmerie, notamment via le programme d’investissements d’avenir que le gouvernement a mis en place pour répondre aux défis majeurs que doit relever la France.

« La deuxième forme d’innovation, dite participative, vient du terrain et est fondamentale. Par exemple, un gendarme, confronté à une difficulté au cours d’une mission, imagine la solution à apporter. Il peut s’agir d’un processus à adapter ou d’un outil à développer. Le dispositif en place est désormais mature et permet de faciliter la remontée de ces idées de grande valeur, notamment à travers la hotline « Cap Modernisation » ou les Ateliers de performance », poursuit le colonel.

Enfin, il existe l’innovation captée ou dirigée, qui consiste à exploiter une technologie existante ou émergente et qui intéresserait l’Institution, ce qui fut le cas de NÉOGEND, développé par le ST(SI)2.

« Cette innovation dirigée n’est possible qu’en lien étroit avec le terrain et par l’alternance des postes opérationnels et d’état-major des directeurs de programme de la DOE, dont l’expérience fait toute la richesse de ces projets. Elle est également servie par les cultures très diverses des personnels (juristes, scientifiques, etc.), qui permettent de couvrir l’ensemble des champs des programmes et, notamment, le développement technologique, grâce à une communauté scientifique bien développée. La combinaison de ces dispositifs et leurs résultats, assez uniques dans le service public, doit nous inciter à aller encore plus loin dans la prise en compte des besoins du terrain. Si les innovateurs deviennent très souvent des « serial innovateurs », selon les mots du colonel Frédéric Huguet du service de la transformation, il faut que cet esprit d’inventeur puisse se diffuser toujours plus dans nos rangs et former ainsi une véritable communauté de la transformation ! »

Le développement d’un véritable réseau social gendarmerie pour échanger toujours plus facilement est simplement essentiel. Le service de la transformation y travaille activement en lien avec le ST(SI)2. Pourquoi ne pas imaginer également une formation à l’innovation ? Au final, c’est l’engagement de terrain qui doit bénéficier en premier lieu de cette dynamique pour apporter le meilleur service à la population.

Les perspectives

Aujourd’hui, les perspectives sont doubles. Le projet GEND 20.24 prévoit la mise en place d’une capacité de prototypage rapide, comme le font déjà bon nombre d’entreprises. Il s’agit de donner corps à une idée le plus rapidement possible. Le gendarme qui solutionnerait une difficulté du quotidien, en imaginant un nouvel équipement, pourrait rapidement disposer d’un prototype. La gendarmerie mène actuellement une réflexion en ce sens pour disposer de son propre « Lab » ou s’abonner aux nombreux déjà existants.

« L’incubation des solutions est le deuxième projet porté par GEND 20.24. Véritable dialogue fort avec l’industrie, elle doit avoir lieu le plus tôt possible après l’identification d’un besoin particulier du terrain. À ce sujet, les matinales de la gendarmerie sont l’occasion, pour deux gendarmes de terrain, de présenter les difficultés concrètes du quotidien à un public d’industriels, et ce toutes les six semaines. Ces derniers peuvent alors orienter leurs propres recherches de manière optimale. Ainsi, les produits proposés sont toujours plus adaptés et développés plus rapidement, pour satisfaire au mieux les gendarmes et réduire les coûts », conclut le colonel Tonanny.