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Les technologies au service de la transformation opérationnelle

Auteur : l’aspirante Morgane Jardillier - publié le
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© Sirpa Gend - MAJ. F Balsamo

Afin d’assurer la sécurité des personnes et des biens, tout en poursuivant sa démarche de modernisation, la gendarmerie s’approprie des technologies innovantes, permettant de répondre aux besoins opérationnels.

Qu’il s’agisse de sécurité du quotidien, de sécurité en temps de crise, de sécurité des mobilités ou encore des nouvelles frontières (cyber-espace, monde numérique, données et algorithmes), toutes les priorités missionnelles de la gendarmerie peuvent bénéficier des avancées technologiques. Forte de sa transformation numérique déjà engagée, l’Institution dispose de données sur lesquelles elle compte bien s’appuyer pour voir apparaître de nouveaux projets.

Le plateau d’investigation des objets connectés

Bien qu’anodins et pleinement intégrés dans la vie quotidienne, les objets connectés soulèvent de nombreuses interrogations, notamment en ce qui concerne l’importance et le risque des données personnelles stockées sur Internet. Afin de détecter et d’analyser les nouvelles menaces liées à leur utilisation, le Centre de lutte contre les criminalités numériques a créé, début 2019, le Plateau d’investigation des objets connectés (Pioc).

Ses personnels s’intéressent à l’ensemble des objets connectés (montre, équipement de surveillance, téléviseur, réfrigérateur…) pouvant contenir des informations et des renseignements utiles aux enquêteurs, notamment dans les affaires de crime, de délit ou de cyber-attaque. Avec cet outil d’aide à l’enquête, les militaires du C3N interviennent en moyenne tous les trois jours, que ce soit en métropole, en outre-mer et même à l’étranger, afin de venir en aide aux unités locales.

L’intelligence artificielle, un outil d’aide à la décision

Tous les domaines liés à l’activité opérationnelle peuvent bénéficier de l’Intelligence artificielle (I.A.). Souvent considérée comme ayant vocation à remplacer l’homme, l’I.A. est surtout un outil d’aide à la décision destiné à tous les échelons de commandement sur le terrain, s’appuyant sur des algorithmes d’optimisation sous contrainte, sur du croisement de données de masse et sur du « machine learning ».

Ainsi, un projet de patrouille augmentée a pour objectif d’optimiser l’exécution de la mission de sécurité publique, à partir de l’analyse croisée de données internes, externes et contextuelles. Dans le domaine judiciaire, les avancées liées à l’analyse sémantique des procédures permettront d’appuyer les enquêteurs. D’autres projets ont également l’ambition d’apporter au chef opérationnel une aide à la décision, comme l’assistance à la réalisation du service, la détermination de la sensibilité d’une intervention ou encore la proposition d’un dispositif intelligent lors de la recherche et de l’interception de personne.

L’aspect opérationnel n’est pas le seul domaine impacté par les avancées technologiques. Les ressources humaines sont également en cours de transformation, avec l’exemple de Vi@Po, une application d’aide à la mobilité des officiers de gendarmerie, faisant apparaître, sur une carte géographique interactive, les postes éligibles en fonction des compétences. Les applications d’intelligence augmentée sont également nombreuses : chatbot, optimisation de la gestion des compétences, de la mobilité, de la formation ainsi que du recrutement.

La 5G

La 5G apporte une double rupture par rapport à la 4G, avec des performances décuplées (débit, latence, nombre de connexions simultanées), et une capacité à gérer des services différenciés, sur mesure, en fonction des besoins. Elle apporte la connectivité nécessaire au développement d’usages et d’objets connectés, comme le véhicule autonome, la télé-médecine, la ville intelligente…

La 5G poursuit aussi un objectif environnemental, avec la volonté de limiter les flux en traitant la donnée au plus près de son utilité. Son déploiement, initié en 2023 pour sa version complète, priorisera des plaques à fort potentiel commercial ou industriel. La gendarmerie est concernée à plusieurs titres par la 5G : pour ses propres utilisations, pour la cybercriminalité avec une sensibilité accrue, et pour sa capacité d’interceptions légales et de traitement des données récupérées dont le volume va exploser. Les années à venir vont ainsi être décisives pour anticiper toutes les dimensions juridiques, techniques et opérationnelles de ces bouleversements.

Il s’agit, par exemple, d’exploiter une capacité à redéfinir en temps réel l’utilisation du réseau par rapport à une situation, de concevoir des outils intelligents de tri et d’indexation pour l’enquêteur, ou encore d’obtenir des bandes de fréquences supplémentaires pour garantir une connectivité tactique à très haut débit, en complément des réseaux opérés.

L’innovation scientifique de rupture

La gendarmerie cherche à disposer d’une capacité accrue de captation des nouvelles solutions technologiques, notamment celles de rupture. Elle a donc créé, en 2018, un programme baptisé Disrupt, ayant pour objectif de soutenir les innovations les plus prometteuses d’un point de vue opérationnel comme technologique. Les projets sont orientés autour des sept axes scientifiques et technologiques identifiés comme cruciaux pour la modernisation de la gendarmerie : le numérique, le big data, le cyber, l’intelligence artificielle, la robotique, l’humain augmenté et l’identification humaine.

Tous donnent lieu à des rendez-vous concrets (thèses, études, preuves de concept, expérimentations...). Parmi les premières solutions soutenues figurent GendScraper (un outil pour débusquer la criminalité sur des sites protégés du net et du darknet et conserver les preuves numériques), Alice (un procédé de recherche assistée d’images, notamment utilisé dans les affaires de cyberpédophilie), Genbones (un programme d’analyse d’ADN sur ossements), un procédé d’analyse d’empreinte olfactive, un prototype d’exosquelette permettant d’accroître les capacités physiques et diminuer la fatigue des gendarmes en opération, ou encore l’anticipation des problèmes de sécurité liés aux voitures autonomes.

Disrupt a pour objectif de permettre, en moins de deux ans, de porter chacun des projets jusqu’à un niveau de maturité permettant, au travers d’une phase d’expérimentation, de mesurer pleinement leur pertinence opérationnelle. Certains seront alors proposés soit pour des travaux complémentaires de consolidation, soit pour un déploiement opérationnel partiel, voire total, soit encore pour un abandon, le droit à l’échec faisant partie intégrante de la démarche Disrupt.