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Une transformation concertée de la gendarmerie

Auteur : la capitaine Sophie Bernard - publié le
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© MAJ F. Balsamo

Depuis près de 30 ans, la gendarmerie nationale développe et adapte son modèle de dialogue interne. Parce que la concertation est associée aujourd’hui à la construction de l’avenir, elle contribue à la conduite du changement, à travers le Conseil de la fonction militaire de la gendarmerie (CFMG) et la Chaîne de conseillers concertation (CC), mais aussi via d’autres instances participatives.

Alors que le nouveau Directeur général de la gendarmerie nationale (DGGN), le général d’armée Christian Rodriguez a décliné sa stratégie de transformation, son credo « Pour la population, par le gendarme » traduit sa volonté d’y associer tous les personnels de l’Institution, dès la phase de réflexion. « Un dialogue interne franc et vivace constitue donc un facteur de succès de cette ambition », observe le général Louis-Mathieu Gaspari, secrétaire général du CFMG.

La concertation au service de la transformation

La concertation est aujourd’hui perçue comme une vraie ressource pour le commandement, notamment dans la conduite du changement. « En s’appuyant sur l’intelligence collective et l’esprit de corps, elle nourrit la réflexion de l’administration centrale à travers le partage et la confrontation des idées, avec toujours pour seul objectif l’intérêt général. En lui apportant une vision complémentaire, elle se met au service de la transformation », explique le général Gaspari.

Par ailleurs, en intervenant bien en amont, la concertation permet de faciliter, par la suite, la mise en œuvre des différents changements. « La transformation a plus de chance d’aboutir si elle s’appuie sur la concertation que si elle est décrétée verticalement. Le dialogue interne donne du sens aux décisions et permet d’obtenir plus facilement l’adhésion des personnels. Ils deviennent ainsi acteurs du changement au lieu de le subir. » La concertation sait aussi être force de propositions. Pleinement consciente de la nécessité pour une Institution comme la gendarmerie de se transformer, elle joue alors totalement son rôle de partenaire proactif du commandement.

Le rôle clé de la chaîne de concertation

Élus par leurs pairs pour une durée de quatre ans, tous les maillons de la chaîne de la concertation (CC1, CC2, CC3, membres du CFMG et du conseil supérieur de la fonction militaire) portent la voix des 100 000 militaires de la gendarmerie. En sa qualité de garant du dialogue interne, le secrétaire général du CFMG doit veiller à son bon fonctionnement.

Au niveau national, le CFMG émet des avis sur toutes les questions concernant les conditions de vie, d’organisation du travail et d’exercice du métier de gendarme. Pour ce faire, il s’appuie sur les réflexions formulées par les conseillers concertation avant le déroulement d’une session.

« En amont des sessions, les conseillers concertation sont sollicités pour sonder les personnels et échanger sur les sujets qui seront étudiés par les membres du Conseil. Depuis le mois de septembre 2019, le CFMG a dû faire part de l’état de ses réflexions sur plusieurs projets importants portés par l’administration centrale. Je fais notamment référence aux majors à responsabilité supérieure, à la gestion rénovée de l’attractivité territoriale, au changement de subdivision d’arme miroir, explique le général Gaspari. Ces réflexions nourrissent la DGGN et se soldent généralement par la formulation de propositions concrètes du CFMG, dont certaines, jugées pertinentes, sont reprises par l’administration centrale. »

La conduite de ces travaux peut être utilement facilitée par l’utilisation de différents outils collaboratifs qui sont également au service de la transformation concertée. C’est le cas, par exemple, des listes de diffusion, de RESOgend, réseau social interne à l’Institution qui favorise la communication transversale sur des thématiques spécifiques, mais aussi des différents forums de discussions sur le site Gendcom. Par ailleurs, depuis quelques années, des commissions et des groupes sont mis en place conjoncturellement pour approfondir la réflexion collective sur certains sujets.

Commissions, G.T., GUR : d’autres laboratoires d’idées

Afin de traiter les problématiques propres à certains corps dans leur globalité, des commissions techniques Gendarmerie mobile (G.M.) et départementale (G.D.) ont été instituées. Prenant la forme de réunions semestrielles, elles permettent d’anticiper les évolutions propres au métier, d’identifier les difficultés génériques aux unités de la dominante et de proposer des pistes d’amélioration. Présidées par le Major général de la gendarmerie nationale (MGGN), leur composition se veut la plus représentative possible. Pour ce faire, elles rassemblent des militaires servant dans des unités territoriales, des titulaires d’un commandement opérationnel et des conseillers concertation.

Plusieurs sujets majeurs ont ainsi fait l’objet d’une réflexion en commission : la fonction contact, la gestion des interventions, la formation, le matériel, etc. Face à la richesse de ces structures, le modèle de commission a été étendu aux corps militaires de soutien et à la réserve.

Au-delà, des Groupes de travail (G.T.) sont institués ponctuellement, sous l’impulsion du DGGN ou du MGGN, pour traiter de questions plus spécifiques pouvant poser difficulté et examiner les solutions possibles en la matière. Ces G.T. sont déjà intervenus dans de nombreux domaines : la sécurité des motocyclistes, le transport des procès-verbaux électoraux, les conditions de logement des corps de soutien, etc. Enfin, des Groupes d’utilisateurs référents (GUR) peuvent être formés, lorsqu’il s’agit de doter les unités de nouveaux outils ou matériels, afin d’anticiper les besoins opérationnels et les problématiques liées à l’usage.

« Cela démontre la volonté de l’administration centrale d’interroger des gens de terrain. Le fait de les associer permet de savoir si le cahier des charges correspond à leurs attentes », observe le général Gaspari. Ces GUR ont notamment été employés dans la conception et l’utilisation d’applications comme Pulsar et Agorh@, mais aussi dans le test d’équipements tels que des lampes criminalistiques, des gilets pare-balles ou des tenues d’intervention.

Et après ?

« Nous réussirons si nous bâtissons ensemble toutes les transformations nécessaires, en cohérence avec les réformes déjà initiées, et toujours dans l’intérêt de la population. Ces transformations seront menées par vous, avec vous, pour vous. Car je crois encore et toujours à l’intelligence collective, à notre force humaine, et je dirais même à notre richesse humaine », a exprimé le général d’armée Rodriguez, fin 2019.

Si la force de la concertation dans la conduite du changement ne semble plus devoir être démontrée, il s’agit néanmoins d’agir ensemble pour que ce modèle perdure. « Le virage est pris, c’est un signe de maturité pour l’Institution. Il faut à présent poursuivre en ce sens pour conserver la dynamique et que cela devienne le plus naturel possible », insiste le général Gaspari.