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Maître et chien

Auteur : Angélina Gagneraud - publié le
Temps de lecture: ≃3 min.
© Sirpag - MAJ F. Balsamo
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Maître de chien depuis 10 ans maintenant, l'adjudant Céline Besnard est affectée au sein du Groupe d'investigations cynophile de Beynes (78). Avec Loca, elles forment un duo où un regard suffit à se comprendre. Et un mot pour se faire obéir. Rencontre avec un maître qui se livre au travers de son équipier à quatre pattes.

« Loca, cherche ! » Le malinois de six ans quitte son maître des yeux et s'élance dans les allées du garage. Sa tête tourne dans tous les sens, l'odorat en alerte. « Mini-truffe, arrête de me pister... Travaille un peu ! » Avec des cellules olfactives 40 fois plus développées que chez l'homme, Loca repère en moins de 3 minutes une barrette de cannabis, puis une liasse de vraie/fausse monnaie. Elle est formée stup/billets. « Je travaille avec Loca depuis 3 ans et j'adore son côté ''filou''. C'est un petit gabarit, elle se faufile partout, c'est très pratique. » Un arrêt. Loca s’assoit. Elle regarde la « charge », c'est-à-dire l'endroit où la matière a été déposée. Son maître la félicite. Elle attend sa récompense : quelques instants indispensables à son développement. « Le chien associe l'odeur au jeu. C'est donc bien pour jouer qu'elle recherche cette odeur. Si elle n'a pas cet instant récréatif, elle se démotive. Il faut constamment la stimuler. »

Une plus-value opérationnelle

« Une de ses plus belles prises ? 11 000 €. Dans des couches pour bébé. Une fois, elle a également trouvé de la résine sous un évier de cuisine, dans une cache aménagée, derrière les produits d'entretien. » Lors de perquisitions, le maître guide son chien partout, tout en prenant quelques précautions envers les familles, parfois effrayées par les animaux. « S'il y a de la matière, elle trouvera. » Au rythme d'une à deux opérations par jour, l'équipe effectue des missions à bord de trains, participe à des contrôles routiers et autoroutiers au profit de la gendarmerie et de la police nationales. Les interpellations sont régulières et peuvent même être faites conjointement avec le GIGN. « Avec Loca, nous travaillons au profit des unités. Nous devons donc être opérationnellement en capacité de réaliser la prestation. Cependant, mon chien n'est pas une machine. C'est un être vivant. Je ne peux pas la faire saturer. Il lui faut des temps de repos. »

Un « mariage » à Gramat

Le centre national d'instruction cynophile de la gendarmerie, situé à Gramat (46), sélectionne des chiens de moins de 20 mois, joueurs et dynamiques. « Loca est de nature volontaire et sportive. » Maître et chien se correspondent. « Pour avoir eu une femelle et un mâle avant celle-ci, je trouve que les femelles sont plus courageuses. » Au tour du maître de passer des sélections physiques en treillis/rangers, puis des test psychosociaux. « L'objectif des instructeurs est de trouver le meilleur mariage entre le maître et son chien, qu'importe la spécialité souhaitée. » S'ensuivent 14 semaines de stage. « Ma formation n'a pas été simple au début : seule femme dans un milieu masculin et mon chien ne voulait pas que je m'approche de son chenil. » Tenir bon. Aller de l'avant. Un équilibre entre patience, douceur et fermeté.

Une passion née d'une fusion

« Lors d'une journée citoyenneté avec les écoles, j'ai assisté à la démonstration d'une équipe cynophile. » C'est le déclic. Tout devient alors limpide. « Ce métier s'est imposé à moi. J'ai été stupéfaite de cette fusion entre le maître et son chien. Presque magique. C'est ce que je vis tous les jours depuis, avec mes deux précédents chiens, en particulier la toute première, et avec Loca. Quand on est maître de chien, on ''lit'' notre équipier. Un regard suffit pour que je sache ce qu'il se passe. » Quand un militaire embrasse ce métier, ce n'est pas uniquement pour le travail. « Mon investissement envers mon chien dure toute sa vie. Je prends soin de lui au quotidien, avant et après une intervention. Et je l'accompagne jusqu'à son dernier souffle... »