Dossiers

Ambassade sous protection

Auteur : la capitaine Gaëlle Pupin - publié le
Temps de lecture: ≃4 min.
© SirpaGend - MAJ Fabrice Balsamo

Pour les emprises diplomatiques françaises, cibles privilégiées des attaques terroristes en Afrique, la vigilance est vitale. Le détachement de sécurité opérationnelle de l’ambassade de France à Bamako multiplie ainsi les mesures de sûreté, afin d’assurer la sécurité de l’ambassadrice et des agents qui y travaillent.

« À Bamako, quatre attentats majeurs ont eu lieu en quatre ans, ciblant tout particulièrement des lieux fréquentés par les occidentaux, explique le major Christophe Guignon, chef du détachement de sécurité opérationnelle de l’ambassade de France. Et rien ne nous permet d’envisager une quelconque évolution favorable de la situation… » Ainsi, à l’image d’autres emprises diplomatiques sensibles implantées en zone rouge, l’ambassade de France de Bamako est « bunkérisée ». Pour pouvoir y pénétrer, il faut passer par plusieurs sas de sécurité et des détecteurs de métaux. Une défense en cercles concentriques, du plus large jusqu’au dernier cercle, celui de l’ambassadrice, multiplie les mesures de filtrage.

Vigilance quotidienne

« Si la mission de tout garde de sécurité diplomatique est sensiblement la même d’une ambassade à l’autre, les conditions d’exercice de cette mission peuvent varier très distinctement selon la sensibilité du pays et la vulnérabilité du poste diplomatique. » Le major Guignon est formel : « Le poste au Mali est particulièrement exigeant et le niveau d’engagement élevé. Chaque personnel doit faire preuve d’une très grande disponibilité et d’une certaine rusticité ». Si bien que le recrutement s’oriente exclusivement vers des personnels célibataires sans enfant, et de préférence dotés d’une solide expérience professionnelle. Ils doivent en effet assurer, en permanence, de jour comme de nuit, la garde de l’ambassade et de la résidence de France. Outre le contrôle du travail des gardiens, des accès et de l’activité permanente de la résidence et de l’ambassade, ils mettent systématiquement en place un dispositif d’appui à chaque arrivée et départ de l’ambassadrice. Ils effectuent également des patrouilles, des rondes de sécurité, et interviennent sur tout incident (fonctionnement, individu récalcitrant au consulat, etc.). « Lors de chaque événement particulier, comme une réception, nous modulons et réadaptons le dispositif afin de garantir la sécurité optimale des lieux et des personnes. » Une vigilance de tous les instants qui les oblige à rester attentifs, à anticiper la menace pour être prêts « au cas où ». L’expertise des gendarmes est particulièrement appréciée, notamment leurs capacités d’analyse (conception et mise en œuvre des procédures de sécurité concernant l’emprise, la gestion des flux, les modalités d’accès, les différents filtres exercés, etc.), d’anticipation et de gestion des situations dégradées. « La menace est réelle. Elle se traduit notamment par un haut niveau des moyens mis en œuvre, en termes de structures et de défense passive. De même, nous évaluons régulièrement les procédures de sécurité et les plans de défense. » Tirs, secours opérationnel, exercices de progression ou d’investigation à la recherche d’un individu qui aurait pénétré dans l’infrastructure… Les militaires s’entraînent régulièrement. « Plusieurs fois par an, nous effectuons des exercices majeurs avec l’ensemble des acteurs de la sécurité de l’ambassade. Le plan de défense est intégralement éprouvé, jusqu’au confinement des agents en salle. »

Sécurité rapprochée

 

© SirpaGend - MAJ Fabrice Balsamo

Afin d’assurer la protection de l’ambassadrice, une équipe de Techniciens en escorte d’autorités et sécurisation de site (TEASS) est mise à sa disposition. Tous issus de la gendarmerie mobile, ils ont suivi un stage de six semaines, encadré par le GIGN, avant d’être projetés à l’étranger pour assurer la sécurité d’une autorité. Au programme : des mises en situation permettant de se préparer aux futures contraintes liées à un contexte local ou à un environnement défavorable, principalement à l’étranger. Dotés d’une solide expérience professionnelle dans divers pays, ils confirment la particulière exigence de leur mission au Mali. « Il s’agit d’un accompagnement renforcé, du fait des risques liés au théâtre et à la personnalité protégée, expliquent-ils. Fonctionnant en trinôme (l’épaule, le chef d’équipe et le conducteur), nous l’assistons dans tous ses déplacements professionnels et privés sur Bamako, 24 heures/24, de jour comme de nuit. » Une mission délicate, nécessitant tact et diplomatie en toutes circonstances. « Il nous appartient d’éclairer l’ambassadrice sur la pertinence d’un déplacement, notamment si la situation ne permet pas d’assurer sa sécurité et la nôtre. Pour autant, elle reste décisionnaire. Nous devons faire preuve de discernement, de discrétion et de loyauté. Autant de valeurs portées par la Gendarmerie. »

Le point de vue de l’ambassadrice

Madame Évelyne Decorps, ambassadrice au Mali, est particulièrement satisfaite des services du détachement de sécurité opérationnelle. « Bien plus que de simples gardes-barrières, ils sont particulièrement impliqués dans la défense de l’ambassade, reconnaît-elle. Je suis consciente qu’en cas d’incident, ils sont le dernier rempart. » Signalant le moindre dysfonctionnement dans les protocoles de sécurité, ils se coordonnent avec les TEASS qui assurent sa protection. Elle laisse toute latitude à ces derniers pour remplir leur mission, tant d’un point de vue tactique que technique. « J’interviens peu dans leur mode d’organisation. C’est leur métier. Prévenants, attentionnés et professionnels, ils sont d’une grande disponibilité et me facilitent la vie. »