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Enquêteurs en terrain miné

Auteur : par la capitaine Gaëlle Pupin - publié le
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Dès qu’un incident est signalé, l’équipe Wit de Barkhane est immédiatement projetée sur les lieux afin d’effectuer les constatations. Elle conditionne les prélèvements qui sont envoyés au laboratoire Ciel, afin de définir la provenance et la nature des engins explosifs.
© Equipe WIT - Barkhane

Les engins explosifs constituent un risque permanent, les groupes armés terroristes ayant régulièrement recours à ce mode d’action pour piéger les axes de circulation. Sont indistinctement visées les forces armées maliennes, la Minusma, la force Barkhane, voire même la population civile. Pour lutter contre cette menace, les enquêteurs de la Weapon intelligence team (Wit) et du laboratoire Counter-IED exploitation laboratory (Ciel) sont dotés de savoir-faire spécialisés.

Le 21 février 2018, deux soldats français sont tués dans l’explosion de leur véhicule. Un troisième est gravement blessé. L’adjudant Patrice Guyonnet, membre de la Weapon intelligence team (Wit) de Barkhane, équipe d’analyse des armements, munitions et explosifs employés par l’adversaire, se souvient tout particulièrement de cette intervention, « sa première au Mali ». Arrivé à Gao seulement dix jours plus tôt, après une formation spécifique dispensée à Angers, il a intégré cette équipe de spécialistes en tant que technicien en investigation criminelle. Sa mission : prélever et analyser les ressources retrouvées dans le cadre d’une découverte de munitions, de mines et d’Engins explosifs improvisés (EEI – IED en anglais), afin de déterminer les techniques ainsi que les modes opératoires utilisés par les adversaires.

Premiers maillons de la chaîne contre-IED

Dépêchée immédiatement sur place en hélicoptère, l’équipe Wit prend en compte tous les détails de la scène. Elle s’insère dans le sillage des démineurs, premiers à intervenir sur un engin explosif. « Dès l’explosion d’un EEI, l’équipe est projetée sur les lieux, explique l’adjudant Guyonnet. Le chef d’équipe, un officier du génie, récolte le maximum de renseignements sur les circonstances en discutant avec les différents intervenants, afin de définir la place du véhicule dans le convoi, la personne qui conduisait, la présence d’éventuels témoins et ce qu’ils ont pu voir, etc. Pendant ce temps, je travaille en binôme avec mon collègue EOD (Explosive Ordnance Disposal - spécialiste neutralisation des explosifs et munitions). Il fait le tour des lieux pour essayer de localiser tous les indices matériels, tandis que je prends des photographies de chaque élément. Puis, nous effectuons des constatations au plus près des indices, en les mesurant, en les matérialisant, et en faisant des prélèvements que nous conditionnons sommairement. » Le cratère comme le véhicule touché sont étudiés. Les enquêteurs essayent de définir l’origine des objets et leur procédé de fabrication. Tous les prélèvements (ce jour-là, une batterie, des fils électriques et des prélèvements de terre) sont ensuite acheminés au Counter-IED exploitation laboratory (Ciel), le laboratoire d’exploitation contre les engins explosifs improvisés. Ce travail d’investigation peut permettre de remonter toute la filière de l’EEI, du fabricant au poseur.

 

© SirpaGend - MAJ. Fabrice Balsamo

Acteurs de la lutte contre le terrorisme

« Les EEI sont fréquemment utilisés par les groupes terroristes, explique l’adjudant Olivier Fleith, membre de l’équipe du laboratoire Ciel. S’ils sont souvent fabriqués artisanalement, ils n’en constituent pas moins un danger, notamment par leurs mécanismes non conventionnels. » À la réception des éléments conditionnés par les personnels Wit, un EOD trieur sécurise lesdites « ressources » dans un bunker avant leur entrée dans le laboratoire. « Ensuite, chaque militaire spécialiste réalise une recherche dans son domaine d’expertise : chimie, électronique et technique d’investigation criminelle. » Il s’agit notamment de récolter des indices sur l’origine et la nature des engins explosifs. « Le chimiste a ainsi pu établir qu’il s’agissait d’un explosif artisanal déclenché à partir d’un engin radiocommandé. Pour ma part, j’ai étudié les fils liés entre eux avec des adhésifs et notamment les épissures, sur lesquelles j’ai effectué quatre prélèvements biologiques. » Les conclusions de chaque spécialiste sont consignées dans un rapport global, réalisé par le chef du laboratoire, un officier du génie.

L’ensemble des recherches sur tous les cas soumis au laboratoire depuis son déploiement lui a permis d’accumuler de précieux renseignements, partagés avec les forces de sécurité maliennes et la Minusma, afin de garantir et préserver la liberté de mouvement et de manœuvre des troupes sur le terrain, mais surtout de progresser de concert dans la lutte contre le terrorisme.