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De l’Intérieur vers l’extérieur

Auteur : Antoine Faure - publié le
Temps de lecture: ≃6 min.
Afghanistan, 2009-2013.
© O. Pezeyre

Bien que leurs effectifs engagés actuellement en OPEX soient réduits au déploiement de quelques militaires, les gendarmes mobiles ont été fortement sollicités ces dernières années pour assurer, à l’extérieur du territoire national, des missions de maintien de l’ordre, de protection des intérêts français et d’accompagnement des forces de police et de gendarmerie locales, dans une logique de stabilisation « infra guerre ».

C’est peut-être au Mexique, sous le second Empire, que s’est déroulée la première OPEX (OPération EXtérieure) de la gendarmerie, tel qu’on l’entend aujourd’hui. En 1861, l’empereur Napoléon III, soucieux de ne pas laisser le Mexique aux mains des États-Unis, et désireux d’y mettre en place un régime favorable à la France, entreprend une expédition militaire. La gendarmerie y prend naturellement part, initialement pour y exercer sa seule mission de prévôté. Mais, à partir de 1864, cette mission évolue vers la création d’une gendarmerie mexicaine, sur le modèle de celle de la France, afin de participer à la pacification du pays.

Des guerres sans ennemis

« Après la guerre, qui est du ressort des armées, se déroule la phase de sécurisation et de stabilisation, où la gendarmerie peut permettre de remettre une police en ordre de marche, dans le bon sens, au service de sa population, afin d’assurer une transition entre l’état de guerre et l’état de droit », décrit le colonel Jean-Philippe Demange, chef du bureau J1 du Centre national des opérations (CNO), qui programme l’emploi des unités projetées.

Cette mission « infra guerre » de la gendarmerie nationale a pris une importance considérable ces trente dernières années. En effet, la plupart des conflits contemporains ne s’inscrivent plus dans le cadre d’un affrontement « classique » entre deux États, mais relèvent davantage de situations de crise interne, dans lesquelles la France se retrouve impliquée sans y avoir d’ennemis, et dans lesquelles la dimension de sécurité publique constitue un enjeu déterminant.

« Par son caractère hybride et sa capacité à agir sur l’ensemble du spectre, la gendarmerie est un outil efficace en matière de gestion de crise », relève le lieutenant-colonel (LCL) Alban Delalonde, adjoint au chef du bureau de la sécurité et de l’ordre publics. C’est donc en toute logique que les gendarmes mobiles ont été fortement sollicités, sous mandat national, international (U.E., ONU, OTAN), ou de la Force de gendarmerie européenne (FGE), pour intervenir, parfois aux côtés des armées, en Afghanistan, au Liban, au Kosovo, en Bosnie, au Tchad, en République de Côte d’Ivoire (RCI), en République centrafricaine (RCA), en République démocratique du Congo (RDC) et au Mali.

Il s’agit d’une évolution majeure pour la gendarmerie, dont l’emploi à l’international ne se limite plus au rôle discret de force prévôtale, mais compte celui plus visible de force de police à statut militaire robuste, qui peut être tenu en particulier par ces unités mobiles.

Un savoir-faire reconnu

« Quand il y a une déliquescence partielle ou totale de l’État, à la suite d’un conflit ou d’une catastrophe naturelle, comme lors du séisme de 2010 en Haïti, la gendarmerie mobile est parmi les premières forces à être projetées, car se pose toujours un problème sécuritaire, explique le colonel Demange. Ces militaires sont déployés pour exercer leur métier de gendarme au profit d’une population qui en a besoin, et à la disposition d’une police locale qui connaît des difficultés plus ou moins fortes. Leur expérience en ville, en milieu rural et en outre-mer leur permet de s’adapter rapidement à tous les terrains. »

La gendarmerie mobile, déployée en unités constituées, peut alors apporter une plus-value en matière de sécurité ou d’ordre public, dans un contexte particulièrement dégradé. « Un savoir-faire totalement reconnu », souligne le LCL Delalonde. À l’extérieur du territoire national, les « mobiles » peuvent être projetés aux côtés des armées ou insérés au sein d’un groupement tactique. « Mais, bien qu’il reste un soldat sachant se défendre, le gendarme mobile n’est pas projeté en OPEX pour monter à l’assaut ou réduire une résistance isolée, insiste le colonel Jean-Philippe Demange. En revanche, interpeller un trafiquant d’armes ou un fabricant de bombes artisanales, il sait faire. Il est essentiel de savoir qui on est. Ce n’est pas parce qu’on porte un treillis qu’on est un fantassin ! »

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Apporter une expertise

Les missions des gendarmes mobiles en OPEX sont variées. Elles comprennent la participation aux opérations de secours d’urgence, lorsque l’acheminement de ces secours, dans un environnement sécuritaire dégradé, nécessite l’emploi d’une force dédiée à la sécurité.

Autre mission essentielle : la protection des intérêts français, si le pays d’accueil n’est plus en mesure de l’assurer, notamment la sécurité et l’éventuelle évacuation des ressortissants nationaux, ainsi que la protection des ambassades et des hautes personnalités. Ce fut le cas, par exemple, en Côte d’Ivoire, lors des élections d’octobre 2020, où un peloton avait été déployé afin de renforcer la surveillance de l’ambassade et de la résidence de l’ambassadeur.

Enfin, en fonction du mandat international confié, les gendarmes mobiles, parfois renforcés par des gendarmes départementaux disposant de compétences particulières, vont soit accompagner, soit former, soit se substituer aux forces de police ou de gendarmerie locales. « Ce fut notamment le cas en Afghanistan, entre 2009 et 2013, illustre le colonel Demange. Dans un pays souverain, il n’était évidemment pas question de se substituer à la police afghane, mais plutôt de lui apporter notre expertise sur la manière de conduire une opération de police judiciaire, de perquisitionner, de mener une audition, de rédiger un procès-verbal, etc. Ces conseils sont généralement très appréciés. Il ne faut pas se poser en donneurs de leçons, mais simplement montrer, concrètement, comment on procède et pourquoi on agit ainsi. Libre à eux ensuite de s’en inspirer. »

À l’heure actuelle, sur les 557 militaires de la gendarmerie servant à l’étranger au 1er janvier 2021, seuls 13 gendarmes mobiles sont engagés en OPEX. Ils sont affectés à la protection d’ambassades, notamment en Irak. « Il s’agit d’un seuil historiquement bas, confirme le LCL Alban Delalonde. De tels engagements opérationnels sont décidés, de manière très centralisée, par les autorités gouvernementales, parfois en réponse à des sollicitations d’organismes internationaux. Nous projetons pour le moment uniquement des pelotons pris sur le reliquat des escadrons engagés en outre-mer. Mais les volumes sont susceptibles d’évoluer très rapidement en fonction de l’actualité. »

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Chaque mois, des gendarmes mobiles partent également pour des missions Frontex, l’agence européenne de gardes-frontières et de gardes-côtes, dans les pays de l’U.E. possédant les frontières extérieures de l’espace de libre circulation. Ils étaient ainsi quatre au mois d’août 2021 dans le sud de l’Espagne, pour participer à des opérations de lutte contre l’immigration clandestine.

Enfin, les G.M. engagés à titre individuel peuvent aussi être placés sous la tutelle du Commandement de la gendarmerie pour les missions extérieures (CGMEX), qui gère tous les militaires de la gendarmerie déployés à l’étranger, à l’exception de ceux en charge de la protection des hautes personnalités, voire du Commandement de la gendarmerie prévôtale, pour disposer de prévôts arabisants.

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