Dossiers

Protéger les publics vulnérables

Auteur : le commandant Céline Morin - publié le
Temps de lecture: ≃4 min.
Lors d’événements comme le salon des seniors, ou dans le cadre de l’opération tranquillité senior, les gendarmes sensibilisent cette population particulièrement vulnérable. Les réunions publiques conduites par les unités territoriales permettent également de toucher d’autres franges de la population.
© J. Rocha et J. Groisard

Dans le cadre de son dispositif de prévention, la gendarmerie cible prioritairement les publics les plus vulnérables : les jeunes et les seniors.

Les premiers subissent une surexposition de plus en plus précoce au cyberespace et à ses dangers. Les seconds, inversement, pâtissent d’une appréhension très tardive et d’une méconnaissance du monde cyber. Le jeune public et les seniors sont donc au cœur du dispositif de prévention contre les cybermenaces mis en œuvre par la gendarmerie. Dans chaque unité, le Correspondant territorial de prévention (CTP), qui concentre les fonctions de correspondant sécurité école et de référent aînés – violences intrafamiliales, veille à la mise en œuvre, au niveau local, de la politique générale de prévention, notamment dans le domaine cyber. Cheville ouvrière du dispositif, il coordonne ces missions au sein de son unité.

« Dans le cadre de l’opération tranquillité senior, les gendarmes sensibilisent cette population particulièrement vulnérable aux arnaques sur Internet, en les informant sur les différents phénomènes et modes opératoires, présente le chef d’escadron Vincent de L’Estang du Rusquec, de la section prévention partenariat du Bureau de la sécurité publique (BSP). Ils ont également une action poussée à destination de la jeunesse, notamment à travers le permis Internet, qui cible les CM2. » Les CTP, les militaires des Brigades de prévention de la délinquance juvénile (BPDJ), parfois secondés par des engagés du service civique, voire des réservistes opérationnels, peuvent également développer leurs propres supports de sensibilisation. « Les acteurs de terrain sont très impliqués et nous encourageons leurs initiatives, notamment à travers le Prix de la prévention, poursuit l’officier. De nombreuses actions, certaines primées, sont ainsi développées, notamment par les BPDJ, afin de sensibiliser les différents publics aux dangers d’Internet, comme le harcèlement en milieu scolaire, notamment via les réseaux sociaux. »

Le BSP suit d’ailleurs avec intérêt l’expérimentation du projet PROTECT (PROgramme Territorial Éducation à la Cyber Tranquillité), menée par le groupement de gendarmerie départementale des Yvelines (GGD 78). Répondant aux besoins du terrain, celui-ci a en effet élaboré un outil de communication adapté aux collégiens, une population plus âgée que celle du permis Internet et plus présente sur le cyberespace.

De nombreuses unités développent leurs propres supports en complément du permis Internet. Celui-ci, conduit en partenariat avec AXA, a dépassé le millionième élève en 2017. Son contenu a été adapté au contexte de menace terroriste pour sensibiliser les plus jeunes aux techniques d’endoctrinement sur Internet.

© J. Rocha et J. Groisard

PROTECT en expérimentation

Le GGD 78 a fait de la cyberprévention un axe fort de sa stratégie territoriale de sécurité. Fort de constater que les supports à la disposition de sa BPDJ n’étaient pas adaptés à un public de collégiens, et que les gendarmes n’étaient pas tous acculturés à ce volet de cybercriminalité et de cyberprévention, il s’est attaché à trouver un moyen pédagogique motivant pour le jeune public et valorisant pour les gendarmes. Le commandant de groupement a alors contacté une start-up spécialisée dans la pédagogie par le jeu, pour mener à bien la partie technologique du projet, et s’est rapproché de l’association “E-enfance” pour son expertise dans le domaine de la cyberprévention et du cyberharcèlement.

« Le partenariat avec E-enfance nous confère également un support juridique nous permettant de recevoir des fonds. Dès le départ, nous avons choisi de nous adosser à une association nationale dans l’idée d’élaborer un projet exportable dans d’autres groupements. D’ailleurs, nous réfléchissons déjà, en lien avec le BSP, au modèle économique qui permettrait sa généralisation, souligne le colonel Loïc Baras, commandant le GGD 78. La gendarmerie apporte, quant à elle, des moyens humains, son expertise pédagogique, un réseau robuste garantissant que la formation sera réalisée dans les classes et, enfin, une notoriété et une crédibilité qui assoient la démarche. » Intégré par l’académie de Versailles au titre de la prévention, ce projet transverse a été étendu à la direction départementale de la sécurité publique des Yvelines.

Le mois de décembre 2018 a vu la finalisation du support. La formation des formateurs, par l’association E-enfance, est prévue à la rentrée de janvier 2019, permettant de programmer le début de l’expérimentation en février, avec un lancement officiel lors du FIC. Les sessions de prévention dans les collèges seront dès lors conduites par la BPDJ des Yvelines, dotée de dix tablettes gracieusement mises à disposition par un mécène privé. « Les élèves seront répartis en trinômes et seront acteurs de la sensibilisation aux risques d’Internet à travers deux ou trois sessions de jeux. L’intervenant, gendarme ou policier, supervisera les résultats des différents groupes et pourra ainsi détecter les notions qui n’ont pas été correctement intégrées. Entre chaque séquence de jeu, un petit débriefing permettra de revoir ces points, explique le COL Baras. Nous ciblons particulièrement la protection des données personnelles, le cyberharcèlement et le libre arbitre, c’est-à-dire notamment les fake news et le complotisme, ce qui est également un biais pour aborder la prévention de la radicalisation sur les réseaux sociaux. C’était un souhait du comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation, qui finance le projet à hauteur de 30 000 euros, soit près de 50 %. » En complément, le GGD 78 a obtenu des fonds du conseil régional d’Île-de-France (fonds de prévention victimes) et du conseil départemental des Yvelines, au titre de l’aide aux victimes.