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IRMA : une manœuvre d’exception pour les systèmes d’information et de communication

Auteur : la capitaine Céline Morin - publié le
Temps de lecture: ≃8 min.
L’ouragan Irma a tout dévasté sur son passage. À Saint-Martin comme à Saint-Barthélémy, les réseaux d’eau potable, d’électricité et de communication ont été coupés.
© Sirpa Gend - BRCF. Garcia

6 septembre 2017. L’ouragan Irma s’abat sur Saint-Martin et Saint-Barthélemy. Dès le lendemain, les techniciens Sic sont à pied d’œuvre pour rétablir les communications.

Être technicien des Systèmes d’information et de communication (Sic), c’est être le garant au quotidien de la réussite de la manœuvre opérationnelle et de la sécurité des personnels, en assurant le maintien en condition opérationnelle des matériels et la mise en place de moyens de communication spécifiques à une situation donnée. Ces militaires sont, en effet, amenés à apporter leur expertise lors d’événements d’ampleur, qu’ils soient programmés, comme les Zad, l’Euro 2016, le Tour de France ou encore le prochain référendum en Nouvelle-Calédonie, ou plus imprévisibles, à l’instar du crash de l’avion de la Germanwings ou plus récemment du passage de l’ouragan Irma. Cet épisode climatique de catégorie 5, qui a frappé les Antilles le 6 septembre 2017, a provoqué des dégâts considérables sur les îles de Saint-Martin et de Saint-Barthélemy, détruisant, entre autres, les réseaux d’eau potable, d’électricité et de communication.

Mesures d’anticipation

En prévision de la catastrophe annoncée, les aériens avaient été remisés juste avant le passage du cyclone, permettant de préserver ces précieux moyens de communication et de les réinstaller à l’issue du passage d’Irma. Ce travail collaboratif a été réalisé par les Sic locaux, renforcés par les cellules Sic du groupement tactique de gendarmerie de Dijon, prépositionné à Saint-Martin, et de l’escadron de gendarmerie de Mamers, déplacé sur l’île. Cette mesure a permis de contacter très rapidement le commandement de la gendarmerie de Saint-Claude au moyen de la BLU (capacité de radiocommunication à bande latérale étroite).

Projection de moyens humains et matériels

Les deux Sic de Saint-Martin et de Saint-Barthélemy, eux-mêmes personnellement touchés, ont été renforcés dès le 6 septembre par six militaires venus de Guadeloupe, de Martinique et de Guyane, puis le 7 septembre par deux personnels de la Section Sic projetable (SSP) du CPGC. Tous ont travaillé sans relâche au rétablissement des capacités de communication des services de l’État avec le reste du monde.

Les interventions des Sic se font sur des pylones précaires, souvent bricolés avec des moyens de fortune.

© Sirpa Gend - BRCF. Garcia

La mobilisation s’est également organisée en métropole, avec le Service des technologies et des systèmes d'information de la sécurité intérieur (ST(SI)²), structuré en véritable état-major de crise, pour la conduite globale de la manœuvre Sic, le Service de traitement de l'information gendarmerie (STIG) pour la remise en fonctionnement du réseau de radiocommunication Quartz, opéré par la gendarmerie, et le Service central des réseaux et technologies avancées pour la projection de matériels. Le sixième jour, devant l’ampleur de la tâche, le ST(SI)² a également projeté un de ses officiers à Saint-Martin pour piloter la manœuvre Sic.

Deux îles isolées du reste du monde

« Nous étions intégrés à la cellule de crise pour suivre l’évolution de la situation pendant la nuit, raconte l’adjudant-chef David Garcia, de la SSP du CPGC. Parallèlement, nous avons conditionné notre matériel en mesure d’être rapidement projetables ». La task force du CPGC est en effet partie pour Saint-Martin en avion militaire dès le lendemain du cyclone, avec 1,8 tonne de matériel. Le major Charly Pelletier et l’ADC Garcia ont ainsi rejoint la SSIC renforcée le 7 septembre au petit matin. « Nous sommes arrivés dans un paysage de désolation semblable à une scène de guerre. Tout était complètement dévasté. Plus rien ne fonctionnait, poursuit l’ADC Garcia. Nous étions confrontés à l’isolement total des deux îles en termes de communications téléphoniques GSM et communications sur le réseau radio numérique Quartz, spécifique à l’outre-mer, et accueillant les forces de gendarmerie, de police, du SDIS et des polices municipales ».

Rétablissement d’une visio-conférence

Le soir même de leur arrivée, la task force Sic, avec l’appui, depuis Paris, du ST(SI)² et du Service d'exploitation et de soutien des télécommunications et de l'informatique (Sesti), a mené à bien une mission primordiale : remettre en place une visio-conférence entre l’île et la métropole, afin de permettre notamment à la préfète de Saint-Martin de communiquer avec la cellule interministérielle de crise de Beauvau,.

Dès le deuxième jour, il leur a rapidement fallu dresser un état des lieux des brigades de l’île afin de demander des moyens supplémentaires. À Créteil, la cellule soutien du CPGC s’est alors mobilisée pour faire acheminer 2 tonnes de matériels (moyens satellitaires, multimédia, réseau, radiocommunication, etc.) par voie maritime militaire, pour combler les manques repérés sur place.

Tandis que le reste de la task force Sic se consacrait la remise à niveau des réseaux Intranet et de téléphonie fixe, ainsi qu’à l’installation d’un P.C. opérationnel, le major Pelletier et l’ADC Garcia ont concentré leurs efforts sur le rétablissement des radiocommunications. « Pendant les quatre premiers jours, il nous a fallu traiter l’urgence, rétablir les communications a minima et remettre en condition les différents matériels, explique l’ADC. Nous étions là pour épauler les Sic locaux et travailler avec eux, en leur apportant notre expertise et du matériel supplémentaire et plus spécifique ».

L’installation de valises RIP permet, dans un premier temps, de créer des relais de circonstance et de rétablir la communication opérationnelle entre les unités déployées sur les deux îles.

© Sirpa Gend - BRCF. Garcia

Mise en place de relais de circonstance

« Nous avons commencé par installer les deux valises RIP (Relais Indépendant Portable) que nous avions apportées sur les deux seuls pylônes toujours en place bien que bancales. Nous avons ainsi pu constituer deux bulles tactiques de circonstance pour la gendarmerie et les services de l’État, l’une à Saint-Martin et l’autre à Saint-Barth’, pour pallier le réseau Quartz inopérant. Nous avons également distribué des TPH 700 aux unités afin de leur permettre de dialoguer avec les autorités sur ce réseau.

Parallèlement, nous avons déployé des moyens satellitaires BGAN pour accéder à l’Intranet », précise le major Pelletier. Dans le même temps, les Sic de la gendarmerie ont également installé des valises RIP au profit d’autres acteurs de la sécurité intérieure, à savoir la sécurité civile, les pompiers et la police nationale (PAF et GIPN).

Construction de pylônes de fortune

Après avoir assuré la mise en place de ces relais de circonstance, les techniciens se sont ensuite attelés à la remise en état du réseau Quartz. « Au pic Savane, par exemple, le pylône étant au sol, il a fallu faire preuve de beaucoup d’ingéniosité pour fabriquer des mâts de fortune en se servant de l’existant, afin de supporter les aériens (antennes), poursuit le major. Il fallait se relayer nuit et jour sur ce site non sécurisé afin de surveiller les installations et alimenter le groupe électrogène sur lequel fonctionnait le réseau. Les gendarmes mobiles ont rapidement pris cette mission à leur compte. »

Les Sic s’attachent à remettre à niveau les réseaux Intranet et de téléphonie fixe en dépit des nombreux problèmes électriques endommageant les serveurs et les autocom.

© Sirpa Gend - BRCF. Garcia

Le 11 septembre au soir, cinq jours après le passage de l’ouragan, le réseau quartz était opérationnel. « Nous devions toutefois rester vigilants aux problèmes électriques et aux pannes d’essence. Nous avons par ailleurs eu à résoudre d’importants problèmes électriques à La Savane, qui ont endommagé les serveurs et les autocom, occasionnant des coupures intempestives et des surtensions », souligne le major Pelletier.

Pérenniser les installations

L’urgence passée, la task force Sic s’est attachée à pérenniser au mieux l’ensemble des installations. « Au bout de trois semaines et demie de présence, tout fonctionnait, mais cela reste du provisoire. D’ailleurs, à l’issue de notre mission d’un mois, nous avons été remplacés par des Sic en mission de courte durée pour assurer la maintenance de ce dispositif somme toute fragile, précise le major. Tout reste à reconstruire. Mais pour cela, nous devons attendre que les propriétaires des pylônes les remettent en état pour pouvoir y installer nos aériens. »

De nouvelles reconnaissances menées sur le terrain leur ont également permis de fournir aux autorités compétentes un état des besoins en vue du renouvellement des matériels détériorés.

Des conditions de vie précaires

Pendant les deux premières semaines, les militaires ont ainsi enchaîné des journées de 17 à 18 heures, dans des conditions de travail et de vie très rustiques, en termes d’hygiène, d’alimentation en eau et en nourriture et d’hébergement. Pour les deux militaires de la SSP, pourtant rodés aux situations complexes, celle-ci est de loin la plus marquante : « C’était véritablement de la gestion de crise. Nous étions en plein dans notre cœur de métier, même si nous travaillons le plus souvent à la planification des gros événements. Nous étions intervenus auparavant dans des contextes difficiles, comme le crash de la Germanwings, mais jamais dans des conditions aussi précaires. Sur le terrain, nous avons tous travaillé dans un véritable esprit d’équipe et de cohésion au bénéfice de la mission. C’était vraiment enrichissant, humainement et professionnellement », estime l’ADC Garcia, qui sera muté à Saint-Martin l’été prochain.

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Et le major Pelletier de conclure : « Chaque mission a ses spécificités techniques et environnementales propres. Ce genre d’événement montre bien le caractère opérationnel de toute la chaîne sic, de la DGGN jusqu’au terrain ».