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Ajuster en permanence la formation aux besoins du terrain

Auteur : le commandant Céline Morin - publié le
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Aux côtés de la direction des opérations et de l’emploi et du commandement des écoles, la sous-direction des compétences joue un rôle pivot dans l’anticipation et l’évolution de la formation, afin d’ajuster, qualitativement et quantitativement, les compétences des personnels aux besoins du terrain. Le colonel Gilles Martin explique les rouages du dispositif.

Comment la sous-direction des compétences intervient-elle dans l’évolution de la formation ?

L’action de la Sous-direction des compétences (SDC) se fonde sur l’agilité et la transversalité. Agilité, parce que la formation n’est pas figée. Tout en suivant les orientations stratégiques fixées par le directeur général, elle doit s’adapter en permanence aux problématiques rencontrées par les unités opérationnelles (évolution des menaces, des modes d’action, etc.), mais également aux nouveaux outils technologiques à la disposition des formateurs.

Transversalité, parce que la SDC joue un rôle pivot dans l’anticipation et l’évolution de la formation, aux côtés de la direction des opérations et de l’emploi, avec laquelle elle élabore les référentiels d’activités et de compétences, et du commandement des écoles de la gendarmerie nationale, avec lequel elle détermine les actions de formation et leurs modalités de mise en œuvre. Les priorités en la matière donnent lieu à un plan annuel de formation, établi en coopération étroite entre ces trois entités et en lien avec les échelons territoriaux de commandement, afin d’adapter les schémas nationaux aux contraintes et aux spécificités locales.

La SDC travaille avec une multitude d’autres acteurs, tels que les forces aériennes de gendarmerie, dans le domaine des drones, le pôle judiciaire de la gendarmerie nationale, pour ce qui a trait à la cybersécurité, à la criminalistique et au renseignement criminel, ou encore le groupe d’intervention de la gendarmerie nationale, dans le domaine de l’intervention et de la protection.

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Les évolutions les plus structurantes, comme celles ayant trait au diplôme d’arme, à la sécurité routière, à la réforme du brevet supérieur de spécialiste ou encore à la formation de gradés recrutés par voie de changement d’armée ou voie de changement de corps, sont présentées et soumises à l’étude et avis des instances de concertation (CFMG, commissions G.M., G.D.), voire de groupes de travail ad hoc (commissions montagne, nautique, G.T. motocyclistes).

La SDC fait donc progresser en permanence la formation au regard des évolutions de la doctrine d’emploi, à l’instar de la mise en place du « pack armement » et de l’autorisation du port de l’arme hors service, qui a donné lieu à la création d’un module dédié dispensé en formation initiale. L’engagement des pelotons de surveillance et d’intervention de gendarmerie dans le cadre du mouvement des gilets jaunes a lui aussi permis d’identifier un besoin en formation, auquel nous avons pu répondre avant même la fin du mouvement.

L’effort de formation se porte également sur l’accompagnement de la transformation numérique. En 2018, deux formateurs relais par groupement ont été formés afin d’animer au sein de leurs unités les formations aux évolutions des applications métier. Parallèlement, en formation initiale, les élèves ont accès à la plateforme PIX, qui leur permet de s’auto-évaluer par rapport à leurs usages numériques. L’idée étant de leur assurer une bonne maîtrise des outils digitaux pour être pleinement opérationnels dès l’affectation en unité.

Pour que la formation soit un facteur de performance, tant individuelle que collective, comment valorise-t-on les différents parcours ?

Les différents parcours de formation, initiale et continue, permettent aux personnels d’acquérir des compétences tout au long de leur carrière. Leur lisibilité est primordiale afin de rendre nos métiers attractifs, par exemple pour le recrutement des gendarmes adjoints volontaires, des réservistes ou des militaires du corps technique et administratif.

La certification et la validation des acquis de l’expérience sont des moyens de valoriser les parcours, en améliorant la lisibilité et la crédibilité externes des titres et diplômes obtenus en gendarmerie, ainsi qu’en reconnaissant les acquis de l’expérience professionnelle dans l’attribution de titres par équivalence. Dernièrement, les textes ont ainsi inclus l’obtention du brevet supérieur de spécialiste par validation du parcours professionnel.

La certification d’une formation au Registre national des certifications professionnelles (RNCP) est la reconnaissance au niveau national et civil des compétences acquises. Elle donne une équivalence de niveau européen allant des niveaux 3 (CAPBEP) à 7 (master/MBA). Remettre une certification professionnelle atteste que la personne a bien acquis, durant la formation initiale, continue ou par son expérience professionnelle, un ensemble de compétences nécessaires à l’exercice d’un métier.

L’enregistrement au RNCP des formations de la gendarmerie est gage de reconnaissance des métiers qui y sont exercés. En valorisant les parcours professionnels, la certification est un levier de gestion des ressources humaines, à la fois individuel et collectif. Elle est aussi un vecteur de fidélisation et d’ascension sociale, permettant aux gendarmes d’obtenir un niveau de compétences supérieur à celui détenu à leur arrivée. En outre, la reconnaissance des compétences facilite l’adaptabilité, l’employabilité et la mobilité des gendarmes en interne, dans le cadre d’une reconversion ou bien pour passer des examens et des concours.

L’affirmation de compétences positionne la gendarmerie sur le marché de la formation en tant qu’experte dans le domaine de la sécurité. Aujourd’hui, 22 titres sont certifiés, dont 12 mutualisés avec la police nationale. La procédure d’instruction des dossiers de certification est rigoureuse et exigeante. C’est pourquoi nous structurons plus avant notre stratégie dans ce domaine, en associant davantage les directions et les services à la définition des besoins de certification.

De nombreuses formations ont également une incidence juridique pour les personnels…

La formation a pour objectif d’attribuer aux personnels les compétences nécessaires à l’exercice de responsabilités diverses. Parmi les qualifications pouvant être obtenues, certaines confèrent des pouvoirs importants, voire exorbitants, à l’instar de l’aptitude à l’emploi d’une arme. En corollaire, elles imposent des obligations juridiques mais aussi morales. C’est le cas de l’officier de police judiciaire, qui engage sa responsabilité lorsqu’il prononce un placement en garde à vue, du militaire qui procède à une interpellation avec usage de la force, ou encore du chef qui prend au quotidien des décisions de commandement au sujet desquelles il peut être amené à rendre des comptes. L’objectif de la formation est de préparer les personnels à l’exercice de ces responsabilités, et plus particulièrement à la prise en compte de leur incidence juridique. En cas de contentieux, un juge peut interroger la formation la plus récente du militaire dans le domaine concerné, certaines étant bornées par des dates de validité. Une traçabilité que la gendarmerie est en capacité de garantir avec Agorh@.

Peut-on chiffrer le coût de la formation?

La gendarmerie investit beaucoup, et à juste titre, dans la formation. Au budget spécifique (5,20 M€ en 2019), géré par le bureau de la formation de la DGGN, s’ajoutent le budget formation d’autres services de l’administration centrale, le budget de fonctionnement des écoles et centres rattachés au CEGN, celui des centres rattachés à des formations administratives (force formation du GIGN, centre national d’instruction de la gendarmerie maritime, centres régionaux d’instruction) et, enfin, les frais occasionnés par les initiatives locales.

Le bureau de la formation fait office de tour de contrôle de la justification des besoins exprimés et de la rationalisation de l’offre. Aujourd’hui, les efforts portent sur l’allégement du temps de « présentiel » en école, l’enseignement à distance et les mutualisations avec nos partenaires à chaque fois que possible. D’autres pistes d’économie sont à l’étude, comme le recours à davantage de simulation ou de réalité virtuelle. À travers un enseignement individualisé et des entraînements plus fréquents, ces technologies offrent une préparation optimale, pour un coût inférieur à celui du déplacement de toute une promotion.

Chaque évolution en matière de moyens pédagogiques doit faire l’objet d’un chiffrage budgétaire précis. Ces données sont indispensables dans le cadre des arbitrages proposés pour la priorisation des dépenses d’investissement et d’équipement.